
Municipales: pourquoi Saint-Denis a plébiscité Bally Bagayoko, élu maire dès le premier tour
Reportage France
Il n'y aura pas de second tour des municipales à Saint-Denis, deuxième plus grande ville d'Île-de-France. Le candidat de La France insoumise, Bally Bagayoko, l'a emporté dès le 1ᵉʳ tour, avec un peu plus de 50% des voix. Une claque pour le socialiste sortant, Mathieu Hanotin, arrivé 20 points derrière, à l'issue de son seul mandat à la tête de la ville. Un mandat marqué notamment par les Jeux olympiques, dont Saint-Denis était l'une des capitales. Les électeurs de cette ville populaire de 150 000 habitants lui ont préféré un candidat qui leur ressemble.
Sur le marché de Saint-Denis, à la seule évocation du nom de Bally Bagayoko, de nombreux visages s'illuminent. « Franchement, c'est une fierté. C'est une fierté pour la nouvelle jeunesse d'aujourd'hui », confie une habitante. Une autre renchérit : « Oui, j'ai vu les résultats sur internet. C'est génial ! Il a gagné. Ça nous a fait plaisir. »
Pourtant, Olivia et Fanta ne sont pas allées voter dimanche. L'abstention a encore battu des records dans la deuxième plus grande ville d'Île-de-France, après Paris : 57%, soit 13 points de plus qu'au niveau national. Mais ceux qui se sont déplacés ont fait un choix très clair : celui d'un enfant de Saint-Denis.
« Effectivement, il a grandi aussi ici. J'avais des amis qui ont pu bénéficier de son aide à l'époque », argumente une Dionysienne. « J'ai des amis à moi qui le connaissent. Je suis contente. C'est mon nouveau maire », lâche tout sourire une autre. Un habitant relève : « On le connaît. On le voyait souvent à Saint-Denis. On espère que ça sera mieux que l'ancien. Il n'était pas proche des gens. ».
Le maire sortant « n'a pas su écouter sa jeunesse »À 52 ans, Bally Bagayoko comptabilise près de 25 ans d'engagement politique à Saint-Denis, notamment comme adjoint à la Jeunesse et aux Sports. Il a aussi longtemps entraîné le club de basket de la ville. Et malgré tout, il incarne pour beaucoup « le changement, un peu de changement ». Nacera Bakhti, sexagénaire, a roulé pour le nouveau maire : « Moi, j'ai voté pour lui. J'ai fait partie de sa campagne et j'ai mon fils qui est sur sa liste. » « Madame, vous êtes obligée, c'est forcé », réagit un commerçant en découvrant son implication politique.
« Non, ce n'est pas forcé, rétorque-t-elle. Parce que moi, je suis depuis 1981 à Saint-Denis. Donc j'en ai vu défiler. Quand on a des soucis dans le quartier, il a toujours répondu. Moi, M. Hanotin, je l'ai sollicité : il ne m'a jamais regardé dans les yeux. Pourquoi il a perdu aujourd'hui ? C'est parce qu'il n'a pas su écouter sa jeunesse. », souligne Nacera Bakhti.
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« Pour une fois, il y a un candidat comme moi, qui me ressemble »« Le maire sortant n'avait pas du tout les jeunes avec lui », confirme Tahirou Diallo, militant au sein du collectif Ma cité va voter. « Le fait de fermer des espaces jeunesse, de réduire le budget pour les jeunes... Un maire qui a besoin d'un gilet pare-balle pour aller dans une cité, dans un quartier de sa ville, c'est qu'il n'est pas à sa place, tout simplement », renchérit-il.
Lui qui a arpenté les quartiers pour tenter de convaincre d'aller aux urnes le confirme : Bally Bagayoko a su créer un élan chez les jeunes. « Moi, j'ai même des gens de mon âge qui m'ont dit : "Je n'ai jamais voté, mais j'ai voté pour la première fois parce que je me suis rendu compte que la seule arme qu'on avait vraiment pour avoir un maire qui nous comprend, qui nous écoute surtout, c'est l'arme du vote." »
Et il suffit de remonter l'avenue qui mène au lycée du centre-ville pour croiser tous les jeunes électeurs de 18 ans. « C'est une personne dont les parents sont issus de l'immigration. Il y a 150 nationalités différentes à Saint-Denis, donc les gens se disent que pour une fois, il y a un candidat ''comme moi, qui me ressemble''. Et tout de suite, ça facilite les choses », explique Tahirou Diallo.
Cela suscite aussi beaucoup d'espoirs. Pour Bally Bagayoko, il s'agit de faire de l'ancien cœur des Jeux olympiques, celui désormais de l'insoumission.
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