Le projet d’un méga-incinérateur de déchets fait polémique à Vitry-sur-Seine
Reportage France
Le projet d’un méga-incinérateur de déchets, baptisé « Thermo-sur-Seine », suscite l’inquiétude des habitants et associations à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Le 16 juillet, ils ont manifesté devant l’Hôtel de Ville pour faire part de leur opposition. L’installation doit contribuer à alimenter en chaleur des logements et des établissements, notamment des hôpitaux, à Paris et en petite couronne. Ses défenseurs estiment que le projet participera « à la décarbonation du réseau de chaleur francilien ». Pour la mairie de Paris, à l'initiative du projet, c'est un « pilier de la transition énergétique du réseau », mais se pose la question de la santé et de l'environnement.
« C’est contre l’incinérateur qu’ils veulent construire… » Dans les rues de Vitry-sur-Seine, Lucie, membre du collectif ACID-Vitry, distribue des tracts aux passants sans relâche : « On souhaite que le maximum de personnes soit au courant, afin qu’elles s’expriment sur le sujet auprès de la mairie, car elle a mis en place une forme de concertation », explique-t-elle.
Le projet d'incinérateur, porté par la Ville de Paris, est présenté comme un moyen pour « verdir son réseau de chauffage urbain ». L'usine a pour but de produire de la vapeur en chauffant de l’eau pompée dans la Seine en brûlant notamment du bois faiblement traité et des CSR – des combustibles solides de récupération –, comprenez ici des déchets textiles, plastiques ou cartons. Pas de quoi rassurer cette autre habitante de Vitry nommée Lucie : « On ne peut pas me faire croire que les combustibles solides de récupération ne vont pas polluer », raconte-t-elle à la sortie de la gare du RER sur son vélo. « Cela n’a pas de sens, on peut très bien prendre le problème à la racine et réduire nos déchets. Je suis préoccupée par le projet, car cela va impacter la santé de ma fille, c’est sûr et certain ».
Ce projet d'incinérateur n'est pas le premier dans la région. Le département du Val-de-Marne en possède déjà trois, dont un qui a fait l’objet de plusieurs études et où la présence de PFAS – de polluants éternels – proche du site industriel a été notamment démontrée. « Pour certains habitants, c'est une injustice sociale et environnementale de plus », souligne ainsi Amélie, membre du collectif 3R, qui a donné rendez-vous à RFI devant la gare RER des Ardoines. « Ici, c’est une ancienne zone industrielle en pleine reconversion urbaine. Vous pouvez voir les nouveaux bâtiments et également ceux en construction... Ce qu’on dénonce, c’est un phénomène cumulatif car les habitants de Vitry vont respirer non seulement l’air de l’incinérateur de Vitry, mais aussi la pollution de l’incinérateur d'Ivry qui est la ville juste à côté, et également celui de Créteil… »
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« Nous sommes vraiment très inquiets par ces effets cocktails »À ses côtés, Myriam Goujjane, co-présidente de l'association ACID-Vitry, acquiesce : « Ce projet veut se construire sur des terrains qui ont déjà extrêmement souffert, et qui sont déjà pollués. Nous avons peur de "l’effet cocktail", c’est-à-dire le fait de mettre de nouvelles pollutions qu’on ne connaît pas vraiment. On nous fait croire que l’on connaît tout ça, que tout ça est maîtrisé... Mais le CSR concerne des produits relativement nouveaux et il n’y a pas tant de retours d’expérience que ça, alerte-t-elle. Donc on ne sait pas exactement ce qu’on va brûler et ce que ça va faire de brûler ces produits. On va mélanger cette pollution à d’autres pollutions plus anciennes... Nous sommes vraiment très inquiets par ces effets cocktails. »
Depuis le début du mois de septembre, une période de consultation a été lancée jusqu'à fin octobre. Pour Benoît Guiblin, représentant du projet de Thermo-sur-Seine, cela va permettre de répondre aux inquiétudes des habitants pour « faire connaître le projet ». « D'abord, ce n’est pas un incinérateur d’ordures ménagères, c’est une chaufferie. Elle a pour vocation de produire de la chaleur et de l’eau chaude sanitaire, autrement dit de la vapeur. Deuxième élément : c’est un combustible normé. C’est-à-dire qu’il est trié et qu’il répond à des normes définies par des décrets », a-t-il répondu à RFI. « Donc la concertation est un ensemble de moments où on invite l’ensemble de la population, des citoyens, des parties prenantes et des entreprises à s’exprimer et à faire part de leurs questionnements pour donner toute l’information et toute la transparence sur le projet. Cela va se dérouler pendant les deux prochains mois, mais il y aura également un suivi derrière avec un bilan qui sera établi à l’issue de cette concertation. » Ce 15 septembre, une réunion publique a lieu à Vitry pour informer les riverains et répondre à leurs interrogations. Pas de quoi convaincre pour l'instant celles et ceux opposés au projet.
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