
Mercredi 4 mars est sorti en France le film La Maison des femmes, inspiré de la première maison de soin et d’accompagnement des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, ouverte à Saint-Denis en 2016. Un hommage aux soignants autant qu’un rappel de la fragilité de ces structures uniques en France.
C’est une habitude bien connue des cinéphiles. Quelques jours avant la sortie d’un film, des avant-premières sont organisées dans une poignée de cinémas. Mais celle organisée, mardi 3 mars, à Saint-Denis, a une saveur particulière. Dans la salle, des soignantes et soignants de la Maison des femmes de Saint-Denis ont pris place. Pour la première fois, ils découvrent leur histoire portée à l’écran par la réalisatrice Mélisa Godet, qui signe avec La Maison des femmes son premier long-métrage.
Le résultat est une double immersion. Pendant 1h50, la réalisation ballotte le spectateur entre, d’un côté, la solidarité et les atermoiements de l’équipe médicale qui tente de sauver la structure menacée de fermeture, et de l’autre, les récits parfois difficiles de certaines patientes.
Le film s’inspire d’un projet bien réel et unique en France : la Maison des femmes de Saint-Denis, au nord de Paris, créée en 2016. Isabelle y a travaillé durant sept ans comme agente d’accueil. « J’étais en première ligne, je recevais les appels des femmes victimes de violences et je les accueillais physiquement », explique-t-elle. Présente à l’avant-première, elle l’assure : elle a trouvé le film « magnifique ». « Ça reflète bien notre travail. On a la chance d’avoir une super équipe, c’est ce qui nous permet de tenir, car ce n’est pas tous les jours facile », poursuit Isabelle, en écho à l’histoire racontée dans le film.
À l'origine de la maison des femmes de Saint-Denis, la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, interprétée par l’actrice française Karine Viard dans le film. Pour cette ambassadrice de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le film est un hommage rendu aux équipes de soins. « Je trouve que le quotidien des soignants est raconté avec beaucoup de justesse et de tendresse, confie l'actrice. C'est un métier qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas, et ça, c’est très bien raconté ».
À lire aussi« La Maison des femmes » portée sur grand écran par Mélisa Godet
Un modèle économique toujours fragileLe film rappelle aussi à quel point les équipes ont bataillé pour imposer cette structure dans le paysage médical français. Le modèle est désormais reconnu par les autorités avec une trentaine de structures en France, rattachées à des hôpitaux publics.
Mais le modèle économique demeure fragile. Ces maisons dépendent très majoritairement de fonds privés, via des mécènes. « Ce pour quoi on plaide, c’est pour un financement public conséquent afin de prendre en charge un socle pluridisciplinaire, donc des médecins, des psychologues, des assistantes sociales, explique Violette Perrotte, qui a succédé à Ghada Hatem à la tête de la maison des femmes de Saint-Denis. Ensuite le privé peut nous permettre de compléter certaines missions comme les groupes de parole, ateliers en tout genre, qui sont aussi essentiels à la reconstruction de ces femmes. »
Un rééquilibrage nécessaire, car les dons privés ne perdureront peut-être pas, estime Violette Perrotte. D'autant plus nécessaire que des soignants la sollicitent régulièrement pour ouvrir de nouvelles maisons. « On a une nouvelle demande par mois, donc on espère que le film montrera à quel point on est dépendant des dons privés et la nécessité de ces fonds », ajoute-t-elle.
Des fonds qui ont prouvé leur efficacité : depuis la création de la maison des femmes de Saint-Denis, 40 000 patientes y ont été accompagnées et soignées.
À lire aussiLes femmes intéressent-elles la recherche médicale ?