
La loi Rixain oblige les grandes entreprises françaises à féminiser leurs instances dirigeantes
Reportage France
En France, depuis le 1er mars, les grandes entreprises, c'est-à-dire celles de plus de 1 000 salariés, doivent compter au moins 30 % de femmes dans leurs comités exécutifs et autres instances dirigeantes, un quota qui sera rehaussé à 40 % en 2029. Les amendes prévues en cas de non-respect de la loi Rixain, du nom de la députée à l'origine du texte, sont conséquentes : jusqu'à 1 % de la masse salariale, avec un délai de deux ans pour se mettre en conformité. Alors les quelque 1 500 entreprises concernées s'empressent de recruter.
Chez AFA - A Female Agency, un cabinet spécialisé dans le recrutement de femmes à des postes stratégiques, les chasseuses de tête font le point ce matin, par visio, avec de potentielles futures candidates. Alexia Boeckx, co-fondatrice du cabinet, aime se comparer à une détective à la recherche de perles rares qui pourront endosser des postes à très haute responsabilité, par exemple dans la défense. « Moi, je suis en train de finaliser le recrutement pour Thales d'une nouvelle directrice de la stratégie, explique-t-elle. Et c'est un parmi des dizaines de recrutements qu'on a en cours. »
Sur un grand tableau sont réunies toutes les « chasses » en cours à des postes de direction commerciale, direction stratégie, direction patrimoine. « Donc, nous, les candidates qu'on recrute, poursuit Alexia Boeckx, elles visent des salaires annuels qui vont de 100-150 000 euros jusqu'à 350-400 000 euros par an. C'est uniquement des postes avec un niveau de complexité assez élevé, sur des industries assez complexes. C'est toujours des fonctions sur lesquelles les employeurs se disent qu'ils vont avoir du mal à recruter une femme. »
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« Les équipes RH en interne ne savent pas trouver de profil féminin »Et pourtant, depuis le 1ᵉʳ mars, les entreprises de plus de 1 000 salariés doivent avoir au moins 30 % de femmes dans leurs instances dirigeantes. « Les équipes RH en interne ne savent pas trouver de profil féminin, estime la consultante. La statistique est assez parlante : aujourd'hui, si on veut recruter féminin, il faut avoir un vivier de talents 100 % féminin. Si vous n'avez pas un vivier de talents 100 % féminin, vous avez 10 à 30 % de chances de recruter une femme sur un poste à responsabilités. Si vous êtes L'Oréal, une industrie très féminine, c'est plutôt 30 % de chances, mais si vous êtes Thales, JC Decaux, Bouygues, vous avez plutôt 10 % de chances de recruter une femme. »
Augmenter les chances de recruter une femme, cela passe en partie par la sensibilisation des plus jeunes aux filières scientifiques, où elles sont sous-représentées.
Des femmes surdiplômées qui n'osent pas candidaterMais pour Sarah Huet, l'autre co-fondatrice du cabinet, il ne faut pas sous-estimer que certaines femmes qualifiées n'osent pas candidater, il faut donc aller les chercher. « On a quand même des profils féminins, c'est un petit peu du conditionnement social, qui sont très loyales, qui ont un sentiment de trahison à aller chercher un emploi ailleurs, défend-elle. Donc, on est là aussi pour les rassurer. »
« Les femmes aujourd'hui sont surdiplômées, la coupe Alexia Boeckx. Et donc il n'y a pas d'autre choix que d'avoir une mesure forte et de corriger artificiellement cette inégalité pour qu'elle devienne naturelle à un moment donné. »
Dans leur portefeuille de clients, au 1ᵉʳ mars, aucun ne sera conforme à la loi. Selon une récente étude de Skema Business School, si les entreprises du CAC 40 ne sont plus très loin des 30 % de femmes dirigeantes en moyenne, seuls 7 % des 80 postes de président ou de directeur général sont occupés par des femmes.
À écouter dans Le Grand invité internationalQuotas de femmes dans les comités d’entreprise: «Les lois aident lorsque vous avez des siècles d'inégalité»