
En France, la pratique du carême connaît un nouvel essor chez les jeunes catholiques
Reportage France
En 2026, le carême et le ramadan tombent au même moment : le mois de jeûne du ramadan et les 40 jours du carême commencent ce mercredi 18 février. Les deux rites n'ont pas tout à fait le même sens, ni les mêmes traditions. Le ramadan est marqué par un jeûne total du lever du soleil au coucher, et des temps de prière, alors que le carême entraîne seulement des restrictions alimentaires, un renoncement au superflu pour mieux se consacrer à Dieu. En France, peu de catholiques pratiquent le carême. Mais cette tradition trouve depuis quelques années un écho chez les plus jeunes, et jusque sur les réseaux sociaux où ils échangent leur vécu et s'encouragent.
Juste derrière l'église Saint-Louis, la maison paroissiale est en ébullition. Dans quelques jours, pour les vacances d'hiver, salariés et bénévoles accueilleront des enfants pour des activités périscolaires. C'est là que nous rencontrons Baptiste, 18 ans et Alexandra, 24 ans. Ils s'apprêtent tous les deux à respecter le carême. « C'est la première année où je me lance vraiment à fond. On va dire que j'ai eu un petit accident l'année dernière, donc j'ai envie de remercier le Seigneur en lui montrant que je fais énormément d'efforts pour lui, comme il en a fait pour nous », raconte-t-elle.
Pour l'un comme l'autre, le carême n'est pas un héritage familial, mais une démarche personnelle. « J'ai commencé à m'y intéresser depuis pas longtemps. J'ai une famille de traditions catholique, mais qui ne pratique pas. J'ai beaucoup été inspiré par ma sœur. Dans le lieu de vie où l'on travaille, cela nous aide », estime Baptiste. « Ma famille respecte ce choix mais ne m'encourage pas forcément. Du côté de mes amis, c'est un peu compliqué d'assumer devant tous mes copains qui ne sont pas forcément croyants. Je le fais de manière assez discrète. Je ne dis pas à tout le monde que je suis catho », affirme Alexandra.
En France, seuls 15% des 18-29 ans se disent catholiques croyants. Mais paradoxalement, ceux-ci sont très attachés à la pratique religieuse, comme le carême. Edwige Decker, qui dirige le centre de loisirs de la paroisse, l'a constaté : « Je pense que c'est un retour aux sources. Moi, j'ai 50 ans, je viens d'une école catholique où on faisait carême. Ce que je vois, c'est qu'on ne force plus les jeunes à faire quoi que ce soit, à recevoir le baptême, à participer à une retraite. Donc les jeunes que nous avons sont volontaires, sont heureux de le faire, pour retrouver les copains notamment, car la foi passe par la communauté. »
Anne-Gaëlle, la responsable d'aumônerie, ne peut s'empêcher de faire le lien avec un engouement récent pour le baptême. Les nouveaux baptisés sont passés d'environ 4 000 en 2023 à 18 000 en 2025. La moitié d'entre eux ont moins de 25 ans. « Un environnement pas du tout catholique, rappelle-t-elle. Ils n'ont pas du tout de connaissances religieuses. Dans un monde dur aujourd'hui, des jeunes recherchent un sens à leur vie et qui ont envie de découvrir Jésus. »
Pour ce qui est du carême, il faut peut-être y voir l'influence des copains musulmans, suggère l'une d'elle. Ces copains qui pratiquent plus couramment le ramadan. « C'est vrai qu'au lycée, c'est un grand sujet de discussion, le ramadan, le carême. J'ai des amis musulmans qui le font en famille. Alors que le carême, si on n'a pas une famille très pratiquante, cela se perd un peu », constate Alexandra. C'est donc avec des copains de la paroisse que Baptiste et Alexandra partageront le carême. Alexandra s'engage à consommer moins de sucre et à prier davantage. Pour Baptiste, ce sera moins de sport pour plus de messe.
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