![L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4]](/_ipx/_/https://images.zeno.fm/kmcisreCxxJaGB6NzuZY0yPbUHyKXOS1KLYAzAUtkkg/rs:fill:512:512/g:ce:0:0/aHR0cHM6Ly9zLnJmaS5mci9tZWRpYS9kaXNwbGF5LzIyMGM0ODZjLWM4NjItMTFlYi1hYmU2LTAwNTA1NmE5MTdiOS93OjE0MDAvcDoxeDEvaXR1bmVzXzE0MDB4MTQwMF9SZXBvcnRhZ2VBZnJpcXVlLmpwZz91PTE3NzE0NTY2MTQwMDA.webp)
L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4]
Reportage Afrique
En Centrafrique, ils ont attendu douze longues années. Douze années d'exil, d'incertitude et de survie loin de leur terre natale. Ce mois de février 2026 marque la fin d'un chapitre douloureux pour 286 réfugiés centrafricains, qui ont fui la crise militaro-politique de 2013 pour se réfugier au Cameroun voisin. Après plus d'une décennie passée loin de chez eux, ils ont officiellement regagné la République centrafricaine, dans le cadre d'un retour volontaire organisé et encadré par les autorités des deux pays, sous la coordination du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies.
De notre envoyé spécial,
À l'aube, la frontière entre le Cameroun et la Centrafrique s'éveille dans un silence chargé d'histoire. Une dizaine de bus de transport en commun s'immobilisent devant la barrière qui sépare les deux pays. À leur bord, 286 réfugiés, pour la plupart des femmes et des enfants.
Assis au premier rang du bus, Adamou tient fermement un drapeau centrafricain, tandis que son fils Nabil brandit celui du Cameroun. Tous deux regardent à travers les vitres : sur leurs visages, se lisent la fierté et une émotion difficile à contenir.
« Mon fils est né au Cameroun dans un camp de réfugiés. Il y a passé treize années de sa vie. On lui montrait son pays à travers des photos. Aujourd'hui, il est fier d'être de retour dans son pays, comme s'il retrouvait une partie de lui qu'il n'avait jamais connue », raconte le jeune père.
Lorsque la portière s'ouvre, Nafissa Zara se lève aussitôt. Elle se précipite pour descendre, la première, son sac serré contre elle. L'instant est chargé d'émotion. « J'ai fui la guerre. J'avais abandonné mon village dans l'urgence, laissant derrière moi des maisons détruites, des champs incendiés et des proches tués. Les souvenirs sont douloureux. Mais ce retour triomphal marque un signe d'espoir. Je suis là pour reconstruire mon pays », affirme-t-elle.
Environ 600 000 Centrafricains ont trouvé refuge dans les pays voisins, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU. Son représentant, Williams Chemaly, affirme que plusieurs dizaines de milliers ont déjà pu regagner le pays.
« En Centrafrique, nous avons 75 000 Centrafricains qui sont revenus d'asile durant les trois, quatre dernières années. En plus des rapatriés, il y a des personnes déplacées internes, presque 400 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays. Notre travail est d'appuyer le gouvernement à servir les réfugiés étrangers, les personnes déplacées internes et les rapatriés », détaille-t-il.
Une fois rapatriés et réinstallés, ces Centrafricains de retour bénéficient de plusieurs programmes de relèvement socio-économique. « De la nourriture, de la protection immédiate, des interventions sociales et des besoins sanitaires. Il y a des interventions de fonds pour aider les personnes à ouvrir les fenêtres pour l'avenir. Il y a un travail structurant avec le gouvernement pour que le retour ne marque pas la fin de l'assistance, mais le début du développement », affirme Williams Chemaly.
À ce jour, au moins 14 pôles de développement ont été créés par le gouvernement, le HCR et les bailleurs de fonds. Ceux-ci visent à permettre aux réfugiés de devenir acteurs de leur avenir, portés par l'espoir de reconstruire leur pays.
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