
«Ce n'est pas encore le bon moment»: le difficile retour des Soudanais réfugiés en Égypte
Reportage Afrique
Après trois longues années de guerre et d'exil, beaucoup des 1,5 million de Soudanais réfugiés en Égypte souhaitent désormais rentrer. Si le gouvernement de Khartoum déploie tous les moyens pour rapatrier ses forces vives, le choix reste difficile pour la plupart, tant la situation sur place demeure instable.
Reportage de notre correspondant au Caire,
Un terrain vague en plein centre du Caire : c'est ce qui sert de parking à une compagnie affrétant des bus pour le Soudan. En ce vendredi après-midi de fin mars, plus d'une heure avant le départ, les voyageurs s'agglutinent déjà autour du véhicule. Comme cette femme, qui patiente, assise sur une imposante valise : « Je suis arrivée environ 20 jours après le début de la guerre. Maintenant, je veux retourner au Soudan. Dieu soit loué, la situation s'est améliorée, ça va, il n'y a plus de problème. C'est pour ça qu'on veut rentrer. Ça suffit, on est épuisés et on a beaucoup souffert. »
Pour ce jeune homme, venu accompagner son père, le retour attendra : « Ce n'est pas encore le moment pour nous, il vaut mieux attendre. » Quand on lui demande ce qu'il attend pour quitter l'Égypte et rentrer au pays, il répond : « Que la situation se calme. Que les universités et les écoles réouvrent. Alors, on rentrera si Dieu le veut. »
Depuis le petit bureau de la compagnie, une employée remarque un afflux récent de candidats au retour : « Depuis le début du Ramadan, de plus en plus de Soudanais souhaitent rentrer, surtout après que l'armée a repris le contrôle de nombreuses zones. »
« Ce n'est pas sûr pour eux de rentrer »Mais ce discours de retour au calme est largement entretenu par le gouvernement soudanais, alors que sur place, la guerre continue et la situation reste précaire pour les civils. Najda Mansour, militante des droits humains réfugiée au Caire, met en garde : « Bien sûr, beaucoup de personnes ont fui le pays, donc le gouvernement veut qu'ils reviennent. Mais nous continuons de leur dire que ce n'est pas sûr pour eux de rentrer. »
Après la reprise de Khartoum par l'armée régulière en mars 2025, le gouvernement soudanais avait même affrété des trains gratuits pour encourager le retour de la diaspora. « Ce retour volontaire n'a pas fonctionné pour eux. Ils ont trompé les gens en les convainquant de revenir. Mais quand ils ont vu la réalité sur place, beaucoup sont revenus. Le gouvernement a besoin de recruter des gens pour se battre », explique Najda Mansour.
Un risque d'autant plus grand que le billet pour Khartoum coûte entre 100 et 150 euros. Et le retour au Caire plusieurs milliers.
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