
Maud Villaret est une créatrice née en Casamance et qui a sillonné toute l’Afrique ou presque. Son parcours, ses rencontres lui ont permis de créer sa marque de bijoux et de parures « Toubab Paris ». Des créations d’inspiration africaine d’une rare beauté qui ont séduit des artistes comme Angélique Kidjo, Dee Dee Bridgewater ou encore Rihanna.
Difficile de décrire les parures et bijoux de Maud Villaret, si ce n'est pour dire que ces assemblages de tissus africains, de pierres, de perles et de broderies sont spectaculaires. Un métissage soigné de culture occidentale et africaine que cette ancienne élève de l'école Duperré en France a développé à Dakar. Le Sénégal, un choix pas tout à fait anodin. Ce serait même plutôt un retour aux sources pour Maud Villaret.
« Comme je dis toujours, j'ai été " maraboutée " avant d'être née. J'avais mes parents qui travaillaient en Casamance quand ma mère était enceinte de moi. Donc, j'ai été conçue au Sénégal mais née en France et j'ai toujours voulu faire une passerelle entre l'Afrique et l’Occident, quel que soit le support artistique. Je pense que mes parents m'ont transmis le goût du voyage, de la diversité et des rencontres qui nous enrichissent, le goût pour l'aventure. Et pendant mes études de design textile, en fait, je cherchais une excuse pour repartir en Afrique de l'Ouest. J'ai trouvé un stage de teinture indigo avec le designer calligraphe Aboubakar Fofana au Mali. Et j'ai découvert ce que c'était que le travail de textile traditionnel et cela m'a passionnée. J'ai commencé à partir effectivement au Burkina Faso pour collaborer avec des artisans sur mes premières pièces, mes premières séries ».
Passion du travail textile« J'ai de tout, je collectionne tout, je récupère tout ! J'ai des collections de perles anciennes, j'ai des choses, j'ai beaucoup de raphia à tisser de Madagascar, j'utilise des éléments du Congo, j'utilise des soies qui viennent du Cambodge, vraiment tout ce qui passe entre mes mains, quoi ».
Certaines pièces de Toubab Paris peuvent prendre des centaines d'heures d'assemblage, de broderies, de sertissage. Une minutie qui séduit des célébrités comme Rihanna, Angélique Kidjo, Sonia Rolland ou encore Erykah Badu, qui ont décidé de s'approprier l’un de ces bijoux et par là-même un peu de leur culture. Tabue Nguma est chef de secteur sciences sociales et humaines pour l'UNESCO au Sénégal.
« C'est aussi un marqueur esthétique très fort, avec des références très fort et très positif au niveau du continent. Et ça dit aussi qu'en fait, au niveau de tous ces artistes à la fois africains et afro-américains, ils sont très intéressés par des gens comme Maud pour s'intéresser aussi sincèrement et avec respect à l'Afrique. Intéressés par ce que l'Afrique a créé et le réutiliser. Je pense que les artistes sont sensibles en fait à ce travail qui n'est pas qu'un simple travail esthétique. Maud, quand elle vend un collier, quand elle vend une broche, c'est aussi une émotion qu'elle amène auprès de vous. C'est un sentiment et c'est tout cela, je pense, qui intéresse ces artistes ».
Les colliers, broches, parures de Toubab Paris se vendent à Dakar, dans sa galerie Moumkeen à l'hôtel Sokhamon, mais aussi en France, où Jean-Paul Blachère [décédé quelques jours après cette interview, NDLR] , créateur de la fondation du même nom, a décidé d'exposer et de vendre ses créations.
« Maud a été rencontrée dans un premier temps par des responsables de la fondation qui venaient à la Biennale de Dakar repérer les artistes sur lesquels nous voulions apporter une aide ou les exposer. Et elles ont été sidérées par l'énergie de cette jeune femme et la créativité de ses bijoux. Tout ce métissage de tissus, de perles, de fils, de quatre ou cinq matières différentes, mises avec goût et avec personnalité, donne un sens nouveau. Elle a innové un nouveau style par la dimension, par la grandeur, par son savoir-faire ».
Maud Villaret fait dans l'excellence avec ses bijoux mais propose des ateliers grand public de création à partir d'objets personnels. Récemment, elle a aussi animé un atelier de confection de lampes à partir de bidons plastiques usagés pour en faire des œuvres d'art.