SmartFin, une appli ivoirienne qui développe le sens de l'économie et de l'épargne
L'Afrique en marche
Gérer ses revenus, économiser et même investir dans des produits d'épargne grâce à une seule application, c'est ce que propose à Abidjan la startup SmartFin depuis 2022.
Dans une Côte d'Ivoire où la classe moyenne augmente avec des revenus parfois conséquents, il est apparu pertinent à Colombe Djirebo de créer un outil de gestion et d'éducation financière. C'est ainsi qu'après avoir travaillé dans le domaine de la gestion de patrimoine en France, elle décide de retourner en Côte d'Ivoire pour créer, en 2022, SmartFin, une application et un site web où les salariés peuvent s'exercer et s'améliorer dans la gestion de leurs revenus.
« SmartFin, c'est une fintech spécialisée dans la gestion de patrimoine », nous explique la cofondatrice de la start-up. « Donc, on les aide à pouvoir gérer leurs dépenses, faire un budget, épargner et investir, donc à développer un patrimoine. Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, on a 30 % de fonctionnaires surendettés parce que les gens, justement, ne savent pas comment gérer l'argent dans le quotidien. Ils savent gagner de l'argent, ils ne savent pas comment le gérer. On a aujourd'hui des personnes en Côte d'Ivoire qui vont, par exemple, prendre des crédits bancaires pour des urgences de famille, pour faire la fête, pour offrir des cadeaux, par exemple. Et ils vont se retrouver malheureusement dans des situations où, une fois que le crédit passe, ils n'arrivent plus à faire face à leurs charges. C'est juste des notions liées au bon crédit, au mauvais crédit par exemple. Le bon sens financier n'est pas très élevé en Côte d'Ivoire. Le niveau d'éducation financière est hyper bas, donc ça crée encore plus le besoin. »
Niveau d'éducation financière hyper basUn besoin que tâche de combler l'application conçue par Colombe. SmartFin propose par exemple des challenges comme le dépôt mensuel d'une somme déterminée et bloquée pendant un an, afin de générer un pécule qui, entre-temps, aura été rémunéré, comme l'explique Colombe Djirebo.
« C'est-à-dire que, par exemple, là, on a un marathon qui s'appelle "gbèssè". En Côte d'Ivoire, cela signifie 500 francs en langage nouchi. Dans ce challenge-là, chaque semaine, il faut pouvoir épargner 500 francs de plus que la semaine précédente. Le but, c'est d'avoir 689 000 FCFA à la fin de l'année, on va dire à peu près 1 200 €. C'est rémunéré à un taux de 4 %. En fait, là, on recherche surtout la discipline financière. Tous les mois, je me donne une certaine discipline pour pouvoir commencer à épargner. On est en partenariat avec ADEC, qui est une microfinance ivoirienne qui a un agrément, donc ce sont eux qui gèrent les fonds. Ce sont eux qui rémunèrent parce que nous, on n'a pas la possibilité de rémunérer. »
SmartFin faisait partie de la délégation ivoirienne présente au dernier salon VivaTech de Paris, une start-up qui, selon le ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, représente le virage que doit prendre la fintech ivoirienne.
« En tout cas, en ce qui concerne la démarche, c'est véritablement ce type de démarche que je souhaite pour les start-ups ivoiriennes. Partir d'une idée sur la base de son expérience personnelle et de son savoir. Ensuite, lorsqu'il y a des opportunités de financement qu'on obtient, on continue de croître et d'investir dans l'affaire. Et je suis convaincu que c'est ce qui peut faire impact parce qu'elle s'adresse au fond à une masse importante de la population ivoirienne en termes d'éducation financière. Et, c'est bien ainsi ! »
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L'épargne, une compétence à développerParmi les 20 000 utilisateurs réguliers de l'application en Côte d'Ivoire, il y a Larissa Koidio. Elle est sociologue et patronne elle-même d'une société de conseil en coaching de 2SC Transform-action.
« Je me suis rendu compte que l'épargne, ce n’est pas forcément parce qu'on gagne beaucoup qu'on sait épargner. Je me suis retrouvée dans des entreprises où la femme de ménage épargnait plus que l'informaticien ou le comptable. Les comptables, des personnes seniors dans leurs titres, recouraient à l'épargne du petit personnel pour pouvoir se dépanner. Donc, on comprend que l'épargne, c'est une attitude, c'est une compétence à développer. Donc, j'ai décidé en tout cas d'appliquer l'épargne comme attitude. Et je pense que plus les Ivoiriens feront, mieux ils se comporteront. »
Pour le moment, l'application s'adresse à un public essentiellement ivoirien. Mais, le projet de SmartFin à terme, c'est de s'étendre plus largement à l'Afrique de l'Ouest.