
Au Cameroun, les petites ruches font le grand bienfait des Pygmées Baka
L'Afrique en marche
Au Cameroun, les populations pygmées Baka sont de plus en plus contraintes à la sédentarisation. Un phénomène qui a pour conséquence d’entraîner des problèmes de malnutrition chez ces cueilleurs-chasseurs. Pour lutter contre, des pasteurs camerounais et l'association française Apiflordev ont décidé de mettre en place un système de ruches adaptées pour leur permettre d'avoir une meilleure alimentation, générer des revenus, et favoriser la flore locale.
Les Pygmées Baka vivent au Congo, en RDC, dans certaines zones de Centrafrique et au Cameroun. C'est là, dans les villages de Payo et de Nomedjoh, dans l'est camerounais, que l'association Apiflordev et deux pasteurs, Martin Atangana et Jean-Paul Goufo, eux-mêmes apiculteurs, ont décidé d'initier ce projet de ruche kenyane, une ruche un peu particulière, tressée en osier et plus horizontale que verticale. Cette ruche kényane présente l'avantage d'être peu coûteuse et facile à construire. Dès lors, initier les Bakas à leur construction et à la culture du miel prend tout son sens, selon Alain Chevalier, président de l'association Apiflordev.
Apiculteurs militants« Dans tous nos projets, les apiculteurs deviennent les premiers militants. De la préservation de la biodiversité, parce que l'apiculteur comprend très vite qu'il a besoin de l'abeille pour produire du miel. Pour avoir des abeilles, il faut de la biodiversité. L'apiculteur va reboiser. L'apiculteur va défendre la biodiversité, mais va aussi réfléchir aux pratiques agricoles. En particulier quelquefois l'utilisation des pesticides, qui est quand même un véritable fléau en Afrique. L'apiculteur comprend très vite que s'il utilise des insecticides, les insectes meurent, ses abeilles meurent, et que la quantité de miel produite diminue », raconte-t-il.
Le pasteur Martin Atangana, membre du projet Ruches tressées pour les Bakas, fait office de lien entre les Pygmées et l’association.
« Le miel est devenu rare. Nous avons constaté avec beaucoup de désolation que les abeilles sont en voie de disparition tout simplement parce que le Baka, lorsqu'il va en forêt et qu’il trouve une ruche sauvage, va utiliser le feu et tuer toutes les abeilles avec l’objectif principal de recueillir le miel. Il se moque de la colonie. Résultat: au fur et à mesure, les abeilles sont en voie de disparition », déplore-t-il.
Fabriquer une ruche tressée sans dépenser un euro« Nous voulons voler au secours des abeilles et veiller à la préservation de la nature par leur élevage. Nous avons besoin que les Bakas eux-mêmes élèvent les abeilles à leur niveau et que la production de miel serve à la fois à la consommation locale et à obtenir des revenus financiers pour leurs propres besoins », affirme-t-il.
« L’avantage de la ruche tressée, c’est qu’on a juste besoin d'un petit couteau, d'entrer dans la forêt et d'y chercher tout ce dont on a besoin pour fabriquer une ruche tressée sans dépenser un euro. C'est profitable à leur niveau et nous croyons que ça porte beaucoup de fruits », explique-t-il.
D'autant plus de fruits que l'apprentissage de l'apiculture, prodigué par Martin Atangana et Apiflordev, s'accompagne d'un volet agroforesterie qui profite à l'environnement des Pygmées et à l’environnement au Cameroun. Florent Huard est apiculteur en France, dans les Pyrénées, et formateur pour Apiflordev : « Nos projets s'accompagnent d'une agroforesterie, c'est-à-dire que l'on essaie simultanément de planter des arbres et des arbres fruitiers. On l'intègre dans nos projets, donc on va amener des safoutiers ou des avocatiers en différentes essences qui leur permettront d'avoir des fleurs mellifères et aussi fructifères. On les sensibilise aussi à cette capacité de pollinisation par les abeilles. Grâce aux abeilles, les fleurs vont être plus visitées, seront mieux fécondées et vont donner de meilleurs fruits. On fait ce lien entre l'abeille et les arbres ».
Pour financer des tenues d'apiculture, le reboisement de parcelles ou bien l'achat de matériel de récolte, l'association a lancé un financement participatif. Un lien est d'ailleurs disponible sur le site d'Apiflordev pour que les abeilles camerounaises et les Pygmées Bakas vivent en parfaite harmonie.