
Présidentielle en Ouganda: «La répression est toujours très claire»
Le grand invité Afrique
Voilà presque quarante ans jour pour jour que Yoweri Museveni préside aux destinées de l'Ouganda. Et à la présidentielle de ce 15 janvier 2026, il va briguer un septième mandat à la tête du pays. Face à lui, il y a l'ex-chanteur populaire Bobi Wine, qui avait réussi à obtenir officiellement 35% des voix en 2021. À l'âge de 81 ans, Yoweri Museveni s'engage-t-il pour un dernier tour de piste ? Une alternance est-elle possible ? Kristof Titeca est professeur à l'université d'Anvers, en Belgique, où il enseigne à l'Institut de gouvernance et de développement. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : De nombreux opposants et défenseurs des droits de l'homme sont en prison. Est-ce que la répression est aussi forte que lors de la campagne électorale de 2021 ?
Kristof Titeca : En fait, au début de la campagne électorale pour ces élections, c'était plutôt calme et ça a surpris pas mal de monde. Mais donc, dès que Bobi Wine et le NUP, son parti politique, ont vraiment commencé à faire campagne, là, la répression est montée. Donc en effet, il y a eu pas mal d'arrestations. Le NUP, ils disent qu'il y a entre 300 et 400 personnes qui ont été arrêtées. Des analystes disent que c'est plutôt autour de 200. Mais donc on a vraiment essayé d'empêcher Bobi Wine et le NUP de faire campagne, d'organiser des meetings, tout simplement. Donc la répression est toujours très claire.
Et l'on vient d'apprendre l'arrestation d'une grande avocate, Sarah Bireete...
Oui, tout à fait. Donc il y a quelques jours, il y a Sarah Bireete qui a été arrêtée, ça ne s'est pas passé les élections précédentes. Donc c'est la première fois qu'une figure comme Sarah Bireete a été arrêtée sur des accusations qui étaient un peu floues.
Et dans cette répression, quel rôle joue le fils du président, le général Muhoozi Kainerugaba, qui est le chef de l'armée ougandaise ?
La seule consigne vraiment claire qui a été donnée par lui, mais aussi par des autres responsables, c'est que les électeurs doivent rentrer directement chez eux après avoir voté. Et ça, ça veut dire deux choses. Donc, d'une part, évidemment, c'est un message du type « ne créez pas de troubles », mais d'autre part, pour beaucoup de gens, cela suscite des inquiétudes sur un possible bourrage des urnes ou des manipulations du vote, parce que d'habitude, il y a des observateurs civils qui restent sur place pour surveiller le dépouillement, et là, ce ne sera plus possible.
Alors, dans le pays voisin, la Tanzanie, la présidentielle du 29 octobre dernier a été marquée par des manifestations violemment réprimées. Plus de 2 000 morts selon l'opposition. Est-ce que le même scénario pourrait se reproduire en Ouganda ?
D'abord, il faut toutefois dire que la répression en Tanzanie a été extrêmement brutale, donc plus que 2000 morts. Donc, c'était une échelle qui est différente de ce qu'il se passe en Ouganda pour le moment. Cela dit, on observe un rapprochement entre l'Ouganda et la Tanzanie et dans une certaine mesure aussi avec le Kenya sur ces questions. On parle d'une sorte d'externalisation de la répression entre ces différents gouvernements. Par exemple, il y a eu un cas de torture visant quelqu'un qui est ougandais, donc c'est la militante des droits humains qui est la plus connue en Ouganda, Agather Atuhaire. Elle s'est rendue en Tanzanie, c’était une supporter des militants des droits humains en Tanzanie. Là-bas, elle a été arrêtée, elle a été brutalement torturée et puis elle a été abandonnée par les services de sécurité tanzanienne à la frontière ougandaise. Donc, on voit clairement apparaître ces dynamiques transfrontalières de répression.
En Tanzanie, en octobre dernier, les principaux adversaires de la présidente sortante, Samia Suluhu Hassan, étaient exclus du scrutin. Alors qu'en Ouganda, certes, Kizza Besigye est en prison, mais Bobi Wine peut se présenter. Est-ce que ce n'est pas une différence ?
Oui, il y a cette différence qualitative entre les deux pays en fait. Donc l'Ouganda a toujours été considéré comme un régime hybride, c'est-à-dire il y a des tendances autoritaires, mais il y a aussi des tendances démocratiques. Ça veut dire que le gouvernement et le président Museveni, ils ont toujours besoin du soutien de la communauté internationale, c'est-à-dire de l'Union européenne, des États-Unis, c'est-à-dire du support financier et politique de ces acteurs internationaux.
Voilà exactement 40 ans que Yoweri Museveni est au pouvoir. Il a aujourd'hui 81 ans. Est-ce que c'est sa dernière élection ?
En fait, oui, c'est ça la question qui est la plus importante pour les Ougandais, c'est qu'est-ce qu'il va se passer après le président Museveni ? Et donc il y a son fils Muhoozi Kainerugaba, qui est un peu vu comme son successeur.
Mais en tout cas, le clan Museveni va tout faire pour empêcher Bobi Wine ou Kizza Besigye d'être élu président ?
Oui, tout à fait. Et c'est ça la grande difficulté ou le grand danger pour le pays. Comment cette transition va se dérouler ? Est-ce que l'armée, est-ce que la population vont accepter que de nouveau il y ait quelqu'un du clan de Museveni qui va rester au pouvoir ?