
Énergie solaire en Afrique: «Le continent a les meilleures données d'irradiation solaire de la planète»
Le grand invité Afrique
L'année 2025 a été particulièrement ensoleillée pour le secteur énergétique en Afrique. L'an dernier, le continent a enregistré une progression inédite selon le Global Solar Council. Le groupe qui réunit de nombreux acteurs du secteur indique une hausse de 54 % d'installations en énergie solaire par rapport à l'année précédente. Un record qui montre tout l'intérêt de l'industrie du solaire dans la région la plus ensoleillée au monde. Une énergie dont les équipements tendent à se généraliser à travers l'Afrique. Gilles Parmentier est le fondateur et directeur général du groupe Africa REN.
RFI : Toutes les études indiquent un marché du solaire en expansion en Afrique. Quels sont les facteurs de croissance de cette énergie verte ?
Gilles Parmentier : De toute évidence, l'énergie solaire en Afrique fait vraiment sens. Premièrement, elle est abondante. Le continent a les meilleures données d'irradiation solaire de la planète. Ensuite, elle est gratuite par définition, une fois qu'on a installé une centrale solaire. Et aujourd'hui, c’est une énergie extrêmement compétitive. Le prix au kilowatt/heure, le prix de revient de la centrale, tout cela rend le solaire plus compétitif qu'une centrale thermique ou autre type de technologie.
Quand on pense énergie, on pense généralement à de l'électrification. Quels sont les usages les plus fréquents du solaire sur le continent ?
Il y en a deux principalement : la production électrique d’une part, et d’autre part il y a tout ce qui est chauffe-eau solaire, four solaire, où on vient transformer l'énergie solaire en chaleur. On va la retrouver dans des usages domestiques et résidentiels sur la maison. Par contre, l'énergie électrique sert pout tout type d'usage. On a des centrales raccordées au réseau national, donc qui vont se brancher sur les lignes à haute tension et alimenter les villes. On a des centrales solaires en site isolé par exemple, qui vont alimenter des mines, des cimenteries, etc. Et il y a des centrales solaires en toiture destinées par exemple à des supermarchés ou à des entrepôts. Et puis il y a également les centrales solaires en microgrid : on vient alimenter un village de façon autonome avec du solaire qu'on doit complémenter par du diesel. Et enfin le solaire domestique, là c'est le panneau solaire sur la maison ou le kit solaire dans les zones très rurales.
Cette croissance est aussi due à la hausse de la production décentralisée de l'énergie solaire. C'est un peu ce que vous venez de décrire. Alors que d'habitude on produit à grande échelle pour raccorder l'énergie au réseau électrique national du pays. Expliquez-nous la différence entre les deux systèmes…
Ça c'est la grande promesse du solaire ! Jusqu'à récemment, une centrale électrique était de grande capacité. On la reliait avec des lignes à haute tension vers les centres de consommation, les villes. La difficulté du continent, c’est que la population à électrifier est encore énorme, 700 millions d'habitants sur le continent n'ont toujours pas accès à l'électricité, et par ailleurs on est sur des distances à couvrir très importantes. Il a fallu prendre conscience que le réseau électrique n'allait pas pouvoir aller partout rapidement. Le solaire étant beaucoup plus modulable qu'une centrale à charbon, une centrale diesel ou une centrale hydro, on est arrivé à une technologie qui permet d'installer des centrales solaires de capacité moyenne, voire petite, dans des villages, des villes moyennes, sans attendre que les lignes à haute tension arrivent. C’est un peu ça la grande révolution : les minigrid ou microgrid et c'est ce qui permet d'électrifier des populations sans avoir à tirer des lignes sur des centaines de kilomètres pour amener l'électricité qui serait produite ailleurs. On vient produire directement à l'endroit de la consommation.
Cela peut sembler un peu curieux de parler d'une progression de l'énergie solaire aujourd'hui en Afrique, qui est la région la plus ensoleillée au monde, avec du soleil durant les deux tiers de l'année dans une bonne partie du continent. Dès les années 1980, le Niger s’est distingué par la fabrication de chauffe-eau, capteurs et autres équipements solaires par exemple. Voyez-vous une difficulté à faire accepter l'énergie solaire sur le continent ? Ou est-ce vraiment une question d'accès à la technologie ?
Peut-être qu’une des difficultés principales, c'est la difficulté à mettre sur pied un projet où on va vendre l'énergie pendant 20 à 25 ans à une société publique nationale d’énergie. On doit arriver à mobiliser des financements et à les sécuriser pendant une durée très longue. Le défi, il est là : c'est vraiment d'arriver à mobiliser ces ressources sur un très long terme, puisqu'on va chercher à emprunter sur des durées allant de 15 à 18 ans. Donc c'est très long et ça implique de prendre quand même des risques importants sur des pays qui peuvent parfois traverser des transitions politiques ou des cycles économiques qui mettent en difficulté ces projets-là.
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