
Les exportations d'avocats du Kenya, victimes collatérales de la guerre au Moyen-Orient
Chronique des matières premières
La guerre au Moyen-Orient perturbe depuis plusieurs semaines le transport maritime, et donc le commerce des matières premières. Parmi les pays qui subissent cette crise, il y a le Kenya, dont les exportations d'avocats sont en chute.
Les chiffres de la dernière semaine de mars – semaine 13 de l'année 2026 – montrent que les exportations kényanes ont diminué de moitié par rapport à l'année dernière. Or, la période de mars-avril est LE créneau que doit saisir le Kenya, pour trouver une place sur le marché européen car ensuite arrive l'avocat du Pérou, le géant de la saison d'été, et la concurrence devient beaucoup plus rude.
Les difficultés logistiques actuelles sont dramatiques pour ce pays d'Afrique de l'Est. Les temps de transport ont explosé. Quand tout va bien, il faut une trentaine de jours pour le trajet de Mombasa à Rotterdam – c'est déjà plus long que le temps que met un avocat du Pérou pour arriver en Europe. Aujourd'hui, les délais de transbordement se sont allongés dans le port de Salalah à Oman, endommagé à plusieurs reprises depuis le début de la guerre. Pour arriver à Fos-sur-Mer, un des points d'entrée de l'avocat kényan dans l'Union européenne, il faut compter entre 50 et 56 jours, relève Eric Imbert, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), un temps de transit devenu rédhibitoire.
Coup dur pour une filière « prometteuse »C'est un vrai coup dur pour la filière kényane de l'avocat, une filière qui avait gagné en crédibilité ces dernières années. « Une origine pleine de promesse », explique Eric Imbert, avec des producteurs mieux structurés qui ont mis en place des techniques de production commerciales permettant au fruit kényan de gagner en qualité et d'être plus adapté à l'export.
En 2024, le Kenya a exporté environ 130 000 tonnes, ce qui lui a permis de devenir le 3e exportateur, à égalité avec le Chili et la Colombie. L'avocat kényan n'est pas essentiel au marché européen, mais sa présence se justifie par les efforts mis en place par le secteur, relève l'expert du Cirad.
La solution : transformer plus en huile ?Pour compenser les volumes qui ne partiront pas en Europe et n'atteindront pas certains pays du Golfe persique, l'alternative pour le Kenya est d'exporter plus en Turquie, un point d'entrée vers le marché russe, et de renforcer aussi ses ventes vers l'Asie.
L'autre option pour les producteurs, c'est d'envoyer plus de fruits à la transformation. Déjà l'année dernière, la crise du canal de Suez a fait baisser les exportations et a alimenté les nouvelles huileries du pays. Entre 2024 et 2025, les quantités d'avocats valorisées en huile ont triplé, selon le ministère américain de l'Agriculture (USDA). Elles pourraient encore augmenter cette année, même si ce débouché est moins rémunérateur pour les producteurs, pointe Eric Imbert.
La Tanzanie mieux lotieEn Afrique de l'Est, un pays producteur d'avocat s'en sort un peu mieux que le Kenya : la Tanzanie. Les volumes en jeu sont plus faibles, mais pas négligeables puisque l'année dernière, la Tanzanie a exporté environ 30 000 tonnes.
Le pays bénéficie d'un débouché commercial privilégié en Inde, qui n'applique pas de droits de douane sur l'avocat tanzanien, ce qui lui permet d'être moins pénalisé par la crise actuelle.
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