
Le coton retrouve des couleurs sur fond d'incertitudes sur l'offre
Chronique des matières premières
Dans le contexte mondial tourmenté, un secteur retrouve des couleurs : celui du coton. Les cours mondiaux ont commencé à remonter avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, sans lien direct donc avec le conflit qui a éclaté le 28 février.
Les prix du coton se sont redressés depuis le début du mois de février, sans lien direct avec le conflit au Moyen-Orient. Le premier moteur de cette hausse, c'est l'offre : la dernière récolte chinoise pourrait être, dans les faits, plus basse que ce qui a été officiellement annoncé. Les autorités seraient même prêtes, dit-on, à délivrer de nouvelles autorisation d'importation, à hauteur de 300 000 tonnes. Ce n'est encore qu'une rumeur, mais elle est prise au sérieux par les marchés.
L'autre tension sur l'offre concerne la ceinture cotonnière américaine, qui a subi des températures record en mars. Si les sols ne sont pas assez humides, ce n'est pas de bon augure pour les semis. Face à ces craintes sur la production, il y a une demande qui n'est pas mauvaise et qui suffit à dynamiser un marché qui a été atone pendant des mois, pour ne pas dire plus.
Hausse des engrais, un impact à retardementÀ ce stade, le conflit du Moyen-Orient n'a pas eu d'impact sur la filière, mais ce n'est peut-être qu'une question de mois : le blocage du détroit d'Ormuz perturbe fortement le commerce de gaz et la production d'engrais dans les pays du Golfe. Or, le coton est une culture très consommatrice d'intrant. Donc, la hausse des prix aura un impact sur les prochaines commandes des cotonculteurs, en particulier ceux qui ne lésinent pas sur les quantités, à l'instar des Brésiliens. Avec une moyenne d'1,5 tonne d'engrais à l'hectare, ils risquent de voir leur facture bondir et pourraient soit utiliser moins d'engrais, soit limiter leurs surfaces.
Pour l'instant, le ministère américain de l'Agriculture annonce des surfaces en hausse pour cette année, mais « les chiffres ont surpris tout le monde », confie un de nos interlocuteurs, et sont pris avec des pincettes, en attendant la réalité des semis. On ne connaît pas les intentions chinoises ni indiennes pour cette année, mais il n'est pas exclu qu'elles soient revues à la baisse.
Perspectives africainesEn Afrique, les stocks de coton de l'ancienne campagne sont en train d'être vendus, en partie grâce à l'Inde, qui a acheté ces derniers temps des volumes au Togo, au Mali et au Burkina Faso. Donc, le regain de la demande, aussi modéré soit-il, a profité à l'Afrique, même s'il reste du coton à vendre, notamment parce que l'égrenage se poursuit encore dans certains pays comme le Mali.
La grande question maintenant, c'est de savoir à quoi ressemblera la suite, car tous les producteurs ne sont pas totalement couverts. Or, l'engrais doit être acheminé au plus tard fin mai, explique un négociant. Le problème, c'est que ce qui n'a pas été acheté à temps coûte aujourd'hui entre 20 et 40% de plus. « Hors subvention, les cotonculteurs maliens, par exemple, ont déjà payé cette année les engrais autour de 25 000 francs CFA le sac de 50 kilos », précise un acteur local, qui se dit très inquiet pour la prochaine campagne.
C'est dans ce contexte à risque que la Banque ouest africaine de développement (BOAD) a annoncé, la semaine dernière, avoir approuvé un financement de 50 milliards de francs CFA au profit de la filière coton au Burkina Faso, pour faciliter l'achat de 120 000 tonnes d'engrais, comme le rapporte nos confrères de l'agence Ecofin.
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