
L'antimoine du Pakistan, une alternative pour l'approvisionnement des États-Unis
Chronique des matières premières
Le Pakistan ne détient qu'une petite fraction des réserves mondiales d'antimoine, mais c'est suffisant pour susciter l'intérêt des États-Unis, qui n'en produisent quasiment pas et en ont besoin pour fabriquer des retardateurs de flamme, des munitions ou encore des alliages intégrés dans les batteries électriques.
L'intérêt américain pour l'antimoine pakistanais s'est renforcé depuis la décision prise par la Chine d'interdire toute exportation vers les États-Unis à partir de décembre 2024. Ces mesures ont fortement perturbé l'approvisionnement et fait grimper les prix : le trioxyde d'antimoine, une poudre dérivée du métal gris argenté qui est incorporée à divers produits pour les rendre ignifuges, a atteint un pic à 60 000 dollars la tonne mi-2025 et tourne désormais autour de 40 000 dollars, soit près du double de ce qu'il valait il y a un an et demi.
Toute décision commerciale de la Chine a un impact énorme car elle est en position de force : le pays détient un tiers des réserves mondiales, et environ la moitié de la production d'antimoine raffiné, d'antimoine métal et de trioxyde de métal.
Tadjikistan et Pakistan, les alternatives à la ChineBien qu'assouplies fin novembre 2025, les restrictions chinoises ont eu suffisamment d'impact pour pousser les États-Unis à accélérer la diversification de leur approvisionnement. Le pays avait déjà commencé à sécuriser une partie de ses achats hors de Chine, depuis une décennie, au vu du déclin de la production chinoise, rappelle le cabinet d'analyse Project Blue.
Le Tadjikistan, qui représente avec la Russie et la Chine 80 % de la production mondiale, selon le site MineralInfo, est déjà un pays auprès duquel les États-Unis se fournissent. Ils s'intéressent aussi de très près au Pakistan, qui ne contient pourtant que 1 % des réserves mondiales mais où tous les gisements ne sont pas exploités. L'antimoine qui y est produit aujourd'hui provient essentiellement de mines artisanales situées dans une région frontalière avec l'Afghanistan.
Plusieurs accords signésDepuis septembre dernier les annonces se sont multipliées entre des sociétés américaines et pakistanaises. On peut citer les protocoles d'entente signés à Islamabad par l'United States Strategic Metals (USSM) en septembre dernier avec Frontier Works Organization (FWO) le plus grand mineur de minerais critiques au Pakistan. Fin 2025, la société pakistanaise Himalayan a aussi signé un partenariat stratégique avec Nova Minerals, une société cotée aux États-Unis et en Australie. L'entreprise entend produire de l'antimoine de qualité militaire d'ici 2026/2027 et projette d'acheter début 2026 plus de 100 tonnes de concentré d'antimoine pakistanais pour un premier test de raffinage en Alaska, selon le Financial Times.
Les signatures du dernier trimestre 2025 illustrent les intérêts américains pour l'antimoine pakistanais qui était jusque-là essentiellement capté par des acheteurs chinois. Pour Washington, acheter au Pakistan permet aussi d'éviter que les ressources du pays ne tombent dans les mains de la Chine, qui est la première à investir dans les chaines de raffinage, même hors de son territoire.
Signe de ce rapprochement sur fond minier, des représentants américains se seraient vu proposer d'investir dans le développement d'un terminal dédié à l'exportation de minerais critiques, dans le port de Pasni sur la mer d'Arabie. Le projet rapporté par le Financial Times en octobre dernier, mais non confirmé par des voies officielles et manifestement encore embryonnaire, donnerait à Washington un accès privilégié à des ressources minières, aux portes de la Chine, comme le relève le quotidien britannique.
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