La baisse des prix du sucre pèse sur la production européenne
08 February 2026

La baisse des prix du sucre pèse sur la production européenne

Chronique des matières premières

About

Les prix mondiaux du sucre ont baissé de près de 20% en un an et sont inférieurs au coût de production en Europe. Résultat : les surfaces cultivées sont attendues en baisse pour la prochaine saison et la production européenne pourrait diminuer d'environ 10%.

Ce n'est qu'une estimation à ce stade, car les semis de betteraves n'ont pas encore eu lieu, mais cette estimation est assez solide : elle est liée aux demandes des sucreries, qui passent en quelque sorte commande aux agriculteurs de produire tel ou tel volume. Or, la tendance des coopératives et des industries du secteur est de ralentir leur activité, car les coûts de production sont aujourd'hui supérieurs au prix du sucre sur le marché.

À titre d'exemple, Südzucker, un des transformateurs de betteraves européens, a demandé à ses fournisseurs agriculteurs français et belges de réduire de 25% leurs volumes, donc de semer 25% de betteraves en moins en mars 2026, explique Timothée Masson, secrétaire général de l'Association mondiale des planteurs de betteraves et de cannes à sucre. Résultat : cette année, les surfaces européennes pourraient baisser à leur plus bas niveau depuis une décennie.

À lire aussiLe sucre : comment éviter la surdose ?

Des importations plus compétitives

Il est souvent plus rentable dans ce contexte d'importer que de produire du sucre en Europe. C'est pour cela que ce qu'on appelle « l'appareil productif » s'adapte : environ 20% des usines européennes ont fermé depuis 2017. La dernière annonce date de la semaine dernière et concerne une usine du groupe Nordzucker en Slovaquie, qui annonce une fermeture liée à « une baisse de rentabilité à long terme de la production sur le site, dans un contexte de marché difficile ».

Ce redimensionnement du secteur se traduira cette année par une chute d'environ deux millions de tonnes de sucre sur la prochaine saison. Ce qui manquera sera importé. La difficulté pour les agriculteurs européens sera de trouver des alternatives à la betterave : aucune grande culture n'est en ce moment rémunératrice, que l'on parle de la pomme de terre, du blé ou encore du maïs. 

Une baisse multifactorielle

Les anticipations de bonnes récoltes au Brésil dans deux mois sont un facteur qui expliquent la baisse des cours mondiaux qui pèsent sur les prix européens. Et ce d'autant que la chute du prix de l'essence au Brésil, et donc de l'éthanol, pourrait encourager les producteurs de canne à privilégier la transformation en sucre. C'est en tout cas ce que le marché semble avoir intégré.

Parmi les autres éléments, on peut citer un excédent mondial de 3,5 millions de tonnes de sucre. Ce n'est pas énorme, mais cela suffit à faire pencher la balance. Il y a aussi l'activité des spéculateurs qui, après avoir misé sur le sucre, anticipent maintenant une baisse des cours et revendent en masse leurs contrats, ce qui crée une impression artificielle d'abondance et renforce la baisse des prix : en janvier, ces spéculateurs ont remis dans le circuit 8,8 millions de tonnes, selon Timothée Masson. Avec un tel volume, les prix auraient presque dû chuter encore plus. Ils sont probablement soutenus par des stocks de sucre historiquement bas.

À lire aussiQue se cache-t-il derrière le sucre ? Ce petit plaisir quotidien