Les grands boycotts de l'Histoire: quand George Clooney fait plier le sultanat de Bruneï
28 August 2025

Les grands boycotts de l'Histoire: quand George Clooney fait plier le sultanat de Bruneï

Aujourd'hui l'économie

About

RFI revient pendant l'été boréal sur les grands boycotts de l'Histoire, quand David fait trembler Goliath en usant de l'arme économique. De l'Irlande à Israël en passant par l'Afrique du Sud ou l'Inde, du lait en poudre au pétrole en passant par les bus de Montgomery, le boycott transforme le consommateur en citoyen, un mouvement d'expression et de colère qui fait pression sur les puissants. En 2019, l'acteur américain George Clooney fut à l'initiative d'un boycott qui fit reculer Bruneï sur la peine de mort en cas d'homosexualité ou d'adultère. 

C'est une voix que tout le monde ou presque connait : « What else ? »  En 2019 George Clooney ne met pas sa notoriété qu’au service d'une célèbre marque de café. Sa voix, l’acteur américain l'utilise aussi pour défendre les droits humains. 

Le sultanat de Bruneï, petit État d'Asie du Sud-Est à majorité musulmane, est sur le point d’instaurer la charia. La loi islamique prévoit — entre autres — la peine de mort pour les homosexuels et les personnes coupables d’adultère. 

Le 28 mars, George Clooney appelle dans une tribune à boycotter les intérêts du sultan, en l'occurrence « neuf des hôtels les plus prestigieux du monde » détenus (via l’Agence d’investissement de Bruneï) en partie par le monarque. Il signe une tribune dans le magazine américain Deadline « Cela fait des années que je pratique des régimes meurtriers, j’ai appris que vous ne pouvez pas leur faire honte. Mais vous pouvez faire honte aux banques, aux financiers et aux institutions qui font des affaires avec eux. Soyons clair, chaque fois que nous prenons une chambre ou que nous organisons une réunion que nous dînons dans l’un de ces neuf hôtels, nous mettons de l’argent directement dans la poche d’hommes qui choisissent de lapider et de fouetter à mort leurs concitoyens homosexuels ou accusés d’adultère. » 

À lire aussiBrunei punit l’homosexualité de lapidation, levée internationale de boucliers

Ambiance

La tribune est à la une des journaux télé. Du chanteur britannique Elton John à l’ex-championne de tennis Billie Jean King, les stars relaient l'appel au boycott. De la star de télé Ellen DeGeneres au patron de Virgin Richard Branson. Les États-Unis, l’Union européenne, l’Australie protestent, mais rien n’y fait : comme prévu, la loi entre vigueur le 3 avril 2019. 

Manifestations à Londres

Dans les rues de Londres, quelques centaines de Britanniques se réunissent devant l’hôtel Dorchester lié au sultan. Aux cris de « honte à vous », ils appellent le gouvernement à rompre tout lien diplomatique avec Bruneï. 

Le tollé s'étend aux acteurs économiques. La Deustche Bank interdit à ses employés de séjourner dans les hôtels épinglés. Plusieurs entreprises annulent leurs événements dans les établissements liés au Sultan.  

Le 6 mai, l'appel est entendu du côté de Brunei

À l’occasion du début du ramadan le sultan Hassanal Bolkiah s’adresse à son peuple : « Nous pratiquons depuis plus de vingt ans un moratoire de facto sur la peine de mort qui relève la loi héritée de l'empire britannique. (la common law). Ce moratoire s'appliquera également aux affaires qui relèvent de la charia ».

En d'autres mots, le monarque recule sans pour autant vraiment céder puisque, si les châtiments prévus contre les homosexuels et les personnes reconnues coupables d'adultère ne seront pas appliqués, la loi islamique, elle, reste en vigueur. 

En juin dernier, l'un des plus fervents activistes du boycott, l'Américain Jake Duke Mason saluait ce moratoire comme « une victoire majeure ». Mais rappelait que le combat continue pour une « abrogation totale de la loi ».