États-Unis: comment les droits de douane de Donald Trump peuvent faire baisser l'inflation
08 January 2026

États-Unis: comment les droits de douane de Donald Trump peuvent faire baisser l'inflation

Aujourd'hui l'économie

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Alors que de nombreux économistes prédisaient une flambée des prix, les droits de douane imposés par Donald Trump semblent, contre toute attente, avoir freiné l’inflation aux États-Unis. Un paradoxe économique mis en lumière par plusieurs études récentes, qui s’explique davantage par un ralentissement de l’activité que par une véritable victoire contre la hausse des prix.

En théorie, le raisonnement économique est bien connu. Lorsqu’un pays impose des droits de douane élevés sur les importations, les biens venus de l’étranger deviennent plus chers. Ces hausses de coûts sont généralement répercutées sur les consommateurs, ce qui entraîne une augmentation des prix et, mécaniquement, une inflation plus forte.

C’est précisément ce scénario qui était largement anticipé au printemps dernier, lorsque Donald Trump a annoncé de nouvelles surtaxes sur les importations. Pourtant, les faits ont déjoué les prévisions. L’inflation américaine n’a pas explosé. Elle reste certes élevée - autour de 3 % - mais elle n’a pas connu l’emballement redouté par de nombreux analystes.

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Quand l’histoire économique raconte une autre réalité

Face à ce constat, la Réserve fédérale de San Francisco a décidé de prendre du recul et d’analyser les données historiques. Sur près de 150 ans d’observations, aux États-Unis comme en Europe, les résultats sont clairs, bien que contre-intuitifs : les hausses de droits de douane sont souvent associées à une baisse de l’inflation. Cela ne signifie pas que les surtaxes font baisser les prix directement. En réalité, elles déclenchent d’autres mécanismes économiques. L’annonce de droits de douane élevés crée de l’incertitude : les entreprises hésitent à investir, les chaînes d’approvisionnement sont perturbées et les consommateurs deviennent plus prudents. La demande ralentit.

Pour les entreprises, cela se traduit par moins d’embauches et une hausse du chômage. Les indicateurs économiques passent alors au rouge. Dans ce contexte, pour continuer à vendre, les entreprises limitent les hausses de prix, voire n’en appliquent pas du tout. Résultat : l’économie ralentit, et une économie qui ralentit est une économie où les prix augmentent moins vite. C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui aux États-Unis.

Un effet temporaire et des limites à long terme

Faut-il pour autant conclure que les droits de douane sont un outil efficace contre l’inflation ? Pas si vite. Des travaux de l’Université Northwestern montrent que les droits de douane peuvent bien provoquer une légère hausse de l’inflation au départ, mais que cet effet reste temporaire. Dans l’immédiat, de nombreuses entreprises américaines ont choisi de réduire leurs marges afin d’absorber le coût des surtaxes et d’éviter de le répercuter sur les consommateurs. Le choc inflationnniste s’est donc révélé moins fort que prévu.

À plus long terme, en revanche, les incertitudes demeurent. Lorsque des mesures similaires ont été appliquées dans les années 1930, le contexte économique était très différent. Aujourd’hui, le secteur manufacturier américain dépend fortement de composants importés et de chaînes de production mondialisées. Sur la durée, les entreprises finissent généralement par répercuter ces surcoûts dans leurs prix de vente.

En définitive, si les droits de douane peuvent temporairement limiter la hausse des prix, ils le font au prix d’un ralentissement économique. Ils ne constituent donc pas une arme durable contre l’inflation, mais plutôt un remède aux effets secondaires lourds pour l’activité et l’emploi.