
Droits de douane: pourquoi Donald Trump envisage de réduire les taxes sur l’acier et l’aluminium
Aujourd'hui l'économie
Selon le Financial Times, Donald Trump envisagerait de réduire une partie des droits de douane imposés sur l’acier et l’aluminium. Une inflexion surprenante pour un président qui a fait du protectionnisme un marqueur central de sa politique économique. Mais derrière ce possible revirement se cachent des enjeux majeurs : inflation persistante, pression sur le pouvoir d’achat, difficultés croissantes des entreprises américaines et, surtout, échéances électorales cruciales.
Depuis l’été dernier, Donald Trump a fortement durci sa politique commerciale. Le président américain a relevé jusqu’à 50% les droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium, avant d’étendre ces surtaxes à des centaines de produits dérivés, comme les pièces automobiles, l’électroménager ou encore certains équipements industriels. L’objectif affiché reste le même : protéger l’industrie américaine et lutter contre la surcapacité chinoise, accusée d’inonder les marchés mondiaux avec des produits à bas prix. Une stratégie assumée, mais dont les effets économiques se révèlent rapidement problématiques.
Car l’acier et l’aluminium sont omniprésents dans le quotidien des ménages. Des canettes aux boîtes de conserve, des voitures aux réfrigérateurs, une large partie de l’économie est concernée. Résultat, ces droits de douane ont directement alimenté l’inflation aux États-Unis, renchérissant de nombreux biens de consommation courante. Selon le Bureau du budget du Congrès américain, près de 95% du coût des droits de douane est finalement supporté par les consommateurs et les entreprises du pays. Autrement dit, ce sont les ménages américains qui paient l’essentiel de la facture.
Une pression politique croissante à l’approche des électionsCette flambée des prix tombe particulièrement mal sur le plan politique. L’inflation reste la première préoccupation des électeurs américains, dans un contexte où le pouvoir d’achat est devenu un enjeu central du débat public. Or, dans quelques mois se tiendront les élections de mi-mandat, un scrutin crucial pour l’équilibre du Congrès. Le mécontentement croissant des consommateurs face à la cherté de la vie constitue un risque électoral majeur pour Donald Trump et son camp. L’impopularité de certaines mesures économiques pourrait se traduire dans les urnes.
Dans ce contexte, l’éventualité d’un assouplissement ciblé des droits de douane apparaît comme une tentative de désamorcer la contestation sociale et de rassurer un électorat inquiet. Un ajustement tactique plus qu’un changement de cap idéologique.
Les entreprises américaines en première ligneMais la pression ne vient pas seulement des ménages. Les entreprises américaines, grandes consommatrices d’acier et d’aluminium, subissent elles aussi de plein fouet les effets de cette politique tarifaire. Les groupes industriels voient leur facture exploser. Le constructeur automobile Ford a par exemple annoncé une charge douanière de 2 milliards de dollars pour l’an passé, soit le double de 2024. Produire aux États-Unis coûte désormais bien plus cher, contraignant les industriels à absorber eux-mêmes les surcoûts liés aux matières premières.
À cela s’ajoute la complexité administrative du dispositif. Les droits de douane ne s’appliquent pas uniquement aux métaux bruts, mais aussi à des milliers de produits dérivés, calculés en fonction de leur teneur précise en acier ou en aluminium et de l’origine du métal. Un véritable casse-tête bureaucratique, qui oblige les entreprises à recruter du personnel dédié à la conformité douanière, alourdissant encore leurs coûts. C'est pourquoi le lobbying industriel s’intensifie. De nombreuses entreprises réclament un allègement des surtaxes, soulignant leurs effets contre-productifs sur la compétitivité et l’emploi. Une pression économique qui rejoint désormais les préoccupations politiques.
En envisageant un allègement ciblé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, Donald Trump cherche à préserver son image de défenseur de l’industrie nationale tout en allégeant la facture pour les ménages et les entreprises. Sans renier sa doctrine protectionniste, il tente de corriger ses excès les plus coûteux. Plus qu’un virage stratégique, cette inflexion potentielle ressemble à un ajustement pragmatique, dicté par la réalité économique et la contrainte politique, à l’approche d’échéances électorales décisives.
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