
Sénégal: l'abondance de légumes fait chuter les prix et fragilise les maraîchers
Afrique économie
Chaque année, entre mars et mai, les marchés sénégalais sont envahis de légumes, et les prix s'effondrent. Et les maraîchers se retrouvent contraints de vendre à perte, victimes d'un calendrier de récoltes concentré sur quelques semaines, de l'absence de structures de stockage, et de la concurrence des grands groupes agro-industriels.
Dans sa pépinière en banlieue de Dakar, Amy Ka surveille ses plants de légumes. Tout pousse bien… Trop bien, même. Les marchés de la capitale du Sénégal sont saturés, et les prix ont chuté. « Nous avons des soucis pour vendre nos produits à de bons prix. Tout le monde amène les légumes à Dakar. Le marché est inondé, même s'il y a beaucoup de consommateurs. Le cageot de tomates peut coûter jusqu'à 3 000 francs CFA alors que dans les bonnes périodes il peut monter jusqu'à 29 000 francs CFA », explique-t-elle.
Le contrecoup touche aussi son activité de pépiniériste : quand les maraîchers vendent à perte, ils n'achètent plus de plants. « Les agriculteurs ont peur d'investir. Les aubergines, la tomate, presque tout a chuté », se désole-t-elle.
Une production concentrée et une concurrence accrueLa cause est structurelle. Au Sénégal, les semis se font massivement après les pluies, si bien qu'environ 80% des récoltes arrivent sur les marchés en même temps. À cette saturation s'ajoute la concurrence de groupes industriels comme l'indien Swati Agri, aux capacités de stockage et aux rendements bien supérieurs à ceux des petits exploitants. L'Agence de régulation des marchés dit avoir pris des mesures. « Le ministre du Commerce a pris une circulaire pour demander à tous les agro-business de suspendre leur mise en marché, explique son directeur général, Babacar Sembène. Cela a été fait pour éviter la concurrence entre les exploitations familiales et l'agro-business, qui va mettre toute sa production dans des chambres froides jusqu'à l'épuisement des stocks chez les petites exploitations. »
Autre mesure : la suspension des importations de certains produits, et un appel à étaler les semis sur l'année pour lisser les arrivages. « La planification nécessite des semences adaptées. Soit des semences qui sont précoces et permettront aux producteurs de récolter tôt, au mois de janvier ou février. Ou bien des semences tardives », détaille Babacar Sembène.
Transformer et mieux structurer la filièrePour l'économiste Amath Ndiaye, de l'université Cheikh Anta Diop, il faut aller plus loin afin de mieux connecter la production à la transformation locale. Des agropoles sont ainsi en projet dans plusieurs régions. « Il faut des débouchés industriels d'abord, insiste-t-il. C'est-à-dire qu'il faut que les produits maraîchers puissent être transformés de manière industrielle ou artisanale. Pour les solutions à long terme, il faut mettre en place des infrastructures de stockage intégrées. »
Il préconise aussi de structurer la filière en coopératives, et de s'ouvrir davantage à l'export. Le Sénégal produit 450 000 tonnes d'oignons par an, pour des besoins de 350 000 tonnes. L'an dernier, 5 000 tonnes ont été exportées vers l'Espagne. Des discussions sont en cours avec la Côte d'Ivoire et le Cap-Vert.
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