
Les jeux de paris en ligne sont de plus en plus prisés sur le continent africain – notamment le pari sportif. Cette tendance est tirée par le développement de la téléphonie mobile, des populations jeunes et de l’usage très important du mobile money. La valeur de ce marché est évaluée à 1,85 milliard de dollars en 2024, selon une étude du cabinet de conseil dans le secteur des jeux d'argent SCCG. Elle pourrait atteindre 2,36 milliards de dollars d’ici 2028. De nombreux États sujets à des problématiques budgétaires y voient une manne financière et tentent donc de réglementer et mieux taxer ce secteur.
« Nous assistons actuellement à une certaine fièvre fiscale. De nombreux pays africains sont agressifs dans leur recherche de revenus pour combler les déficits budgétaires », constate Stephen Crystal, à la tête de SCCG Management, cabinet de conseil qui revendique avoir piloté plus de 3 milliards de dollars de projets dans le domaine des jeux d'argent. Il donne quelques exemples : « À partir du 1ᵉʳ janvier 2026, le Zimbabwe a officiellement augmenté sa taxe d'exploitation sur le revenu brut des jeux de 3% à 20%, tandis que la Gambie a mis en place une taxe stupéfiante de 50% sur les gains, la plus élevée du continent. »
Le Gabon a également lancé une réforme du secteur. « La réforme qui a été prise sur les paris sportifs, c’est d’avoir un positionnement plus structurant où nous avons plus de contrôle sur ce qui effectivement transite par ces plateformes-là pour une juste fiscalité », explique Mark-Alexandre Doumba, le ministre de l’Économie numérique.
À écouter dans Éco d'ici, éco d'ailleursMark-Alexandre Doumba, ministre gabonais de l'Économie numérique, grand invité de l'économie RFI / JA
« Taxer sur une base exhaustive et juste »Pour un meilleur contrôle des États sur ce secteur en ligne, des opérateurs privés proposent des solutions. C’est le cas d’Afitech, déjà présent au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. L'entreprise propose une plateforme qui sert d’intermédiaire entre les autorités et les opérateurs en ligne. « On est vraiment sur des ordres de grandeur de doublement, triplement des commissions et des taxes. Cela s'explique non pas par des actions marketing menées autour de la plateforme [mais par] l'exhaustivité que nous assurons. Nous pouvons permettre aux États de taxer sur une base exhaustive et juste, et permettre également d'appliquer les taux de commissions sur des bases également justes et exhaustives », promeut Abdoulaziz Ndao, le directeur technique d'Afitech.
Attention cependant à ne pas asphyxier la poule aux œufs d’or, prévient Stephen Crystal : « Le principal défi ne réside pas seulement dans le taux d'imposition, mais aussi dans la fragmentation réglementaire et les pièges de la double imposition. Une fiscalité élevée, associée à un cadre réglementaire non simplifié, entraîne une fuite vers la clandestinité. Il en résulte un manque à gagner pour l'État et les joueurs se retrouvent privés de toute protection des consommateurs. » Une formalisation d’un secteur qui n’est par ailleurs pas du goût de tous les acteurs. Plusieurs acteurs témoignent des pressions subies.
À lire aussiEn marge de la guerre au Moyen-Orient, la dérive des paris en ligne