À la Une: le verrouillage politique en Guinée
27 August 2025

À la Une: le verrouillage politique en Guinée

Revue de presse Afrique

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Coup de tonnerre dans le ciel politique guinéen vendredi dernier : les autorités de transition suspendent pour trois mois trois des principaux partis d’opposition. À savoir, précise AfricaNews, « le RPG de l’ex-président Alpha Condé, l’UFDG de l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, et le PRP de Rafiou Sow. Le ministère de l’Administration du territoire justifie cette décision par un non-respect des règles prévues par la Charte des partis politiques. Ces formations ne se seraient pas conformées aux exigences administratives en vigueur. Mais pour l’opposition, cette suspension est avant tout politique. Elle intervient alors qu’elle prévoyait de manifester dès le 5 septembre contre la tenue du référendum » sur le projet de nouvelle constitution qui doit avoir lieu le 21 septembre.

Colère de l’opposition

Depuis, les protestations s’enchaînent…

L’UFDG, l’un des partis écartés, exprime toute sa colère sur le site d’information guinéen Aminata : « la junte est déterminée à éliminer à l’avance toutes les forces politiques et sociales opposées à sa volonté de confisquer le pouvoir en octroyant une présidence à vie à Mamadi Doumbouya. (…) Désormais, l’objectif de la junte est clair, poursuit l’UFDG : il s’agit de faire taire toutes les voix dissonantes en instituant un climat de terreur caractérisé notamment par les assassinats ciblés, les disparitions forcées, les enlèvements suivis de sévices corporels, les poursuites et détentions arbitraires, à l’effet de confisquer définitivement le pouvoir au mépris des règles et principes de la démocratie et de l’État de droit ».

Pour sa part, le RPG Arc-en-ciel, sur Ledjely, « dénonce une mesure arbitraire et accuse la junte de poursuivre une stratégie d’exclusion politique. (…) La junte ne respecte pas ses engagements dans le processus de restitution du pouvoir aux civils. C’est l’invention, tous les jours, de slogans vides et de mouvements de propagande inutiles pendant que le pays est à terre ».

Radicalisation ?

Et on revient à Aminata, l’un des rares sites d’information guinéen à commenter cette exclusion : « une suspension de partis politiques qui interroge, s’exclame-t-il. Certains observateurs estiment qu’il s’agit d’une “très mauvaise décision publique“, susceptible d’avoir l’effet inverse de celui recherché. Pour eux, suspendre des partis d’opposition majeurs risque moins de les affaiblir que de renforcer la détermination de leurs militants. L’histoire récente de l’Afrique, pointe Aminata, offre des exemples où des mesures de ce type ont poussé des forces politiques à se radicaliser ou à s’organiser dans la clandestinité. La remarque est d’autant plus pertinente que l’UFDG et le RPG-Arc-en-Ciel représentent une part importante de l’échiquier politique guinéen. Leur mise à l’écart, même temporaire, réduit l’espace du débat démocratique à un moment où la transition peine déjà à convaincre sur son inclusivité ».

Doumbouya président ?

Pour Le Monde Afrique, Mamadi Doumbouya, ancien sous-officier de la Légion étrangère française devenu chef tout-puissant de la junte militaire, veut avoir le champ libre…

« La junte vide le champ politique avant le référendum sur la nouvelle Constitution », constate Le Monde Afrique. « Mamadi Doumbouya semble vouloir revenir sur sa promesse pour, finalement, se présenter à une future présidentielle. L’adoption de la nouvelle Constitution nourrirait ce dessein ».

Pour sa part, « l’opposition ne croit pas en la mue démocratique d’une junte aujourd’hui toute-puissante qui respecterait soudainement les engagements démocratiques contenus dans un projet de Constitution somme toute acceptable. Elle est également persuadée que l’ancien chef des forces spéciales se portera candidat à l’élection présidentielle une fois passé le vote du 21 septembre ».

Alors l’opposition guinéenne, bâillonnée, aura-t-elle « l’audace de défier la junte ? », s’interroge Le Monde Afrique. « Dans une récente déclaration, elle déplorait “la répression sanglante et systématique de toute contestation“. Plusieurs activistes de la société civile et des acteurs politiques ont en effet disparu ces derniers mois après avoir été arrêtés nuitamment, dont Oumar Sylla, dit Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, figures de proue de l’ex-FNDC, ainsi que le journaliste Habib Marouane Camara. Des officiers supérieurs sont morts en détention dans des conditions suspectes et plusieurs avocats renommés ont fait l’objet de menaces de mort et de torture ».