
Une soirée avec le plus barré des producteurs de musique : Francis Falceto
Musiques du monde
Depuis 1996, le producteur français Francis Falceto a ouvert au monde les musiques éthiopiennes avec la collection Éthiopiques (Buda Musqiue).
Qui n'a pas été surpris en entendant la musique de Mulatu Astatqé dans un film de Jim Jarmush ? L'éclosion de groupes entre folk et rock expérimental, chanter en amharique. Le seul responsable : Francis Falceto ! Une soixantaine de voyages en Éthiopie plus trad, Éthiopiques affiche 2 volumes de musique !
À l'occasion de la sortie des volumes 31 et 32 de la collection Éthiopiques, Francis Falceto est notre invité.
Francis Falceto programme différentes musiques du monde au Confort Moderne de Poitiers lorsqu'il fait la découverte en 1984 des 33 tours de Mahmoud Ahmed grâce à Bernard Gallodé. Il entreprend alors en 1985 un voyage en Éthiopie (via Moscou en raison du régime du Derg) pour rencontrer Mahmoud Ahmed, puis, en 1986, réédite sur le label bruxellois Crammed Discs l'album d'éthio-jazz Erè Mèla Mèla (1975) du chanteur et musicien éthiopien. Après le succès en Europe et aux États-Unis du disque, il décide de créer en 1996 la collection « Éthiopiques » avec l'éditeur Buda Musique afin d'exhumer et faire redécouvrir l'ensemble des succès des artistes de la musique éthiopienne de la période 1950-1975, la plupart produits par Amha Eshèté pour le label Amha Records et Ali Abdella Kaifa pour Kaifa Records.
Éthiopiques 31- Muluken
C’est Muluken qui a inauguré les éthiopiques, voilà vingt ans et plus, avec Hédètch alu, face B de son premier 45 tours (AE 440, publié par Amha Eshèté en février 1972). Trahissant l’extrême jeunesse du chanteur (il n’avait alors pas 18 ans), sa voix séraphique a trompé plus d’un auditeur qui pensait avoir affaire à des accents féminins. Il n’a pas 22 ans lorsqu’il publie en 1976 son dernier vinyle sur Kaifa Records (KF 39LP), et l’un des derniers publiés en Éthiopie avant que la cassette ne devienne le médium roi de la diffusion musicale.
Éthiopie 1976. Depuis un an déjà, les cassettes laminent inexorablement le marché des disques vinyles. L’album 33 tours de Muluken Mellesse [ሙሉቀን፡መለሰ፡ Muluqèn Mèllèssè / Muluqän Mälläsä], KF 39, qu’Ali Abdella Kaifa – Ali Tango ! – produit cette année-là sur son label Kaifa Records est historique à plus d’un titre. Il est l’un des derniers vinyles publié en Éthiopie, mais surtout le chef-d’œuvre absolu de l’Ethiopian Groove – et son chant du cygne. Il laisse à la postérité une idée claire du niveau de sophistication et de maîtrise qu’avait atteint la musique moderne éthiopienne avant qu’elle ne soit écrabouillée sous la botte militaro-stalinienne du Derg – le sigle qui résume la sanglante révolution en cours depuis 1974.
► Album Éthiopiques 31 - Muluken (Éthiopiques / Buda Musique 2025).
Éthiopiques 32 – NALBANDIAN l’Éthiopien - Either / Orchestra feat. Ethiopian Guests
L’Éthiopie est ici au milieu des années 1950, au début des années 1960, à la veille de l’éclosion, ou plutôt de l’explosion du Swinging Addis. Rock’n Roll, Rhythm and Blues, Soul et Twist n’ont pas encore fait irruption et l’on baigne dans l’atmosphère big band d’après-guerre dont In the mood de Glenn Miller figura durablement l’hymne planétaire, à parité avec la vogue latine à la même époque. Mais la joie de vivre d’après-guerre est déjà là, avec la paix retrouvée après la terrible invasion italo-fasciste (1935-1941). Le redéploiement de la musique moderne fait pleinement partie de la reconstruction. C’est d’abord la génération des jeunes parents des baby boomers qui savoure cette résurrection, avant que ces derniers ne prennent le relais en électrisant définitivement la bande son de la fin de règne impérial.
Ce sont des apatrides d’origine arménienne, Kevork Nalbandian, et surtout son neveu Nersès, qui vont contribuer à révolutionner la musique éthiopienne moderne. Il faut le souligner avec force, le grand parrain historique de cette musique est un émigrant arménien, profondément éthiopianisé, Nersès Nalbandian – Moussié Nersès –, Nalbandian l’Éthiopien.
Orgie de cuivres, discipline bien comprise, innovations sans relâche et pédagogie révolutionnaire feront le reste, dès 1955. Ces étrangers qui composeront deux hymnes nationaux éthiopiens et un hymne continental (rien moins que l’hymne de l’O.U.A – Organisation de l’Unité Africaine), sont aussi et surtout la véritable origine de ce qui deviendra le Swinging Addis des années 1960. Nersès se verra conférer la nationalité éthiopienne en 1957 pour services rendus aux musiques d’Éthiopie.
Avec le concours primordial des Bostoniens de l’Either / Orchestra, cet enregistrement représente le chaînon moderniste initial qui manquait jusqu’à présent dans les éthiopiques.
► Album Éthiopiques 32 – NALBANDIAN l’Éthiopien (Ethiopiques / Buda Musique 2025).
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Catalogue Ethiopiques Buda Musique.