
Portrait d’une artiste malienne hors norme. Artiste car, bien que styliste, Awa Meité fait référence dans sa manière de sublimer le coton de son pays : le Mali… Ses robes, ses parures, les accessoires qu’elle conçoit et expose sont de véritables œuvres d'art… À telle enseigne que certains la qualifient de « sculptrice du coton ».
« Awa travaille le coton comme jamais personne ne le travaille. Awa, c'est une sculptrice de coton ! ».
La styliste et designer malienne Awa Meité, ce pourrait être un autre designer : l'Ivoirien Jean Servais Somian, qui en parle le mieux : « Je suis toujours épaté parce qu'Awa a ramené le coton malien dans l'excellence. Elle a un travail sur le coton, sur l'indigo, sur cette teinture… Un travail qui est assez unique. C'est vraiment de la sculpture parce qu’elle a une écriture très particulière. Comme je lui ai dit, je suis toujours émerveillé de voir ce que tu proposes et c'est vraiment quelqu'un qui aime, qui a beaucoup d'idées. C'est une brillante designer qui est dans le partage parce que ça, c'est très important ! Et elle est dans cette démarche-là et elle arrive vraiment aujourd'hui à nous ramener le coton malien dans l'excellence. Elle nous le ramène vraiment, vraiment dans l'excellence. »
Le coton malien dans l'excellenceAwa Meité, designer textile du Mali de 55 ans est créatrice de vêtements, de parures de très haute qualité à base de coton et de pigments. Elle a patiemment construit son art et son savoir-faire en voyant défiler dans la demeure familiale de Bamako des grands noms de la culture et de la couture africaine : « J'ai commencé par la peinture au départ avec Abdoulaye Konaté, Ismaël Diabaté. De fil en aiguille, les toiles que j'utilisais étaient déjà de la cotonnade parce qu'on avait du mal à trouver des toiles classiques comme support pour la peinture. Donc, c'était vraiment ce mélange, cette curiosité, des matières, des formes qui m'interpellaient. Mais moi, j'avais envie de faire un retour aux sources parce que c'est dans cela que j'ai baigné. C'est un retour aux sources mais avec une vision moderne de notre société. C'est comme ça que j'ai commencé vraiment à m'intéresser au tissage. Mais après, il fallait appréhender, il fallait pouvoir transformer cela, faire évoluer et montrer une Afrique qui bouge aussi. C'était ça le défi. Une Afrique qui réfléchit, une Afrique qui s’assume parce que ça a toujours été le combat de ma famille de ne pas laisser raconter son histoire par d'autres. »
Une démarche qui trouve écho chez Anna-Alix Koffi, directrice de création qui a exposé les créations d’Awa dans des showrooms abidjanais.
Ne pas laisser raconter son histoire par d'autres« Les vêtements d'Awa sont un peu à son image, assez majestueux, avec un beau tissu. On porte un peu, entre guillemets, vraiment gros guillemets, de l’artisanat qui est plus du métier d'art. Voilà ! C’est du métier d'art et on a conscience de ça quand on porte ces pièces. C'est vraiment cette recherche de la fabrication et du patrimoine local qu'on a envie de mettre en avant. Et les femmes qui peuvent se le permettre le portent avec d'autant plus de plaisir parce que – c’est là où le génie est – c'est que les coupes sont plutôt occidentalisées ou basiques mais, en revanche, le tissu, le travail est dans l'étoffe, et c'est très moderne, tout en revendiquant quelque chose, c'est un acte politique… ! »
Porter un tissu indigo, un bogolan, comme on porte un message, c'est ce qui participe de la philosophie créatrice d'Awa Meité qui s’en explique : « C'est la préservation et la transmission aussi. Au-delà des textiles, c'est vraiment notre identité, notre culture. C'est dans tous les domaines, c'est dans le domaine de la musique, dans le domaine de l'artisanat, dans le domaine des textiles. Et aussi, le Mali est un important producteur de coton et on transforme à peine 2% de ce coton-là. Donc ce sont des défis, je pense, des temps modernes, parce que pour pouvoir faire partie du débat, pour exister, il faut apporter aussi une contribution concrète. Il faut que les personnes qu'on représente se reconnaissent dans ce que nous faisons. Je pense que ça, c'est vraiment important. Quand on regarde le Mali aujourd'hui, le bogolan est très demandé. On symbolise le bogolan aujourd'hui et je pense que c'est la première étape. C'est de savoir la richesse que nous avons, d'en être fiers et de se l'approprier. Donc il s’agit bien sûr de préservation, mais de transmission aussi et d'évolution. »