Enlèvement de Nicolas Maduro: en Colombie, l’incertitude des exilés vénézuéliens
06 January 2026

Enlèvement de Nicolas Maduro: en Colombie, l’incertitude des exilés vénézuéliens

Journal d'Haïti et des Amériques

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Les Vénézuéliens en exil attendaient depuis des années la chute de Nicolas Maduro. Désormais, beaucoup d’entre eux se demandent s’il faut rester dans leur pays d’accueil ou rentrer.

Les quelque 215 000 Vénézuéliens qui vivent à Cucuta mènent souvent une vie difficile faite de sacrifices et de petits boulots. Mais comparé à leur pays natal, il y a des avantages qu’ils savourent dans cette ville de 1,2 million d’habitants située à la frontière. Lorena Martinez, 46 ans, avocate au Venezuela devenue couturière en Colombie, a ainsi exulté samedi 3 décembre en apprenant l’enlèvement de Nicolas Maduro.

« Au Venezuela, les policiers ont pour ordre d’arrêter les manifestants. C’est pour ça que les rues de Caracas étaient désertes. Mais nous, ici, on a pu faire la fête ! Je n’ai pas dormi de la nuit, raconte-t-elle à notre envoyée spéciale, Marine de La Moissonnière. On a célébré le départ de Maduro toute la journée. J’ai écouté l’hymne national vénézuélien. La seule chose que je n’ai pas faite, c’est de brandir le drapeau du Venezuela parce que je n’en avais pas. Il faut que j’en achète un ! »

Ana Tiamo, elle aussi, apprécie cette liberté. Chaque fois qu’elle retourne au Venezuela, elle fait très attention : « J’efface tout ce que j’ai sur mon téléphone ou alors je ne l’emporte pas. Une fois, j’ai fait le voyage avec un voisin. Les policiers l’ont arrêté et lui ont soutiré de l’argent seulement parce qu’ils avaient une photo d’un jeu vidéo ».  Ana Tiamo a toujours un appartement au Venezuela, mais pas question de quitter la Colombie. Le régime n’est pas près de changer, assure-t-elle.

Lorena Martinez, elle, veut revoir sa maison qu’elle a confiée à des proches. Elle pense retourner dans son pays pour des vacances dans quelques mois, et définitivement d’ici deux ans. « Beaucoup de Vénézuéliens vont rentrer au pays. Mais il faut attendre que les choses se stabilisent. Grâce au président des États-Unis, les investisseurs vont arriver et la situation économique du Venezuela sera très bonne », veut-elle croire.

Doris Cuevas attendra également que le pays sorte de la crise économique pour rentrer. Cette femme de ménage travaille du lundi au samedi et gagne moins de 15 euros par jour. Avec ça, elle fait vivre toute sa famille – ses six enfants et ses parents restés au Venezuela, juste de l’autre côté de la frontière. Doris Cuevas ne les voit que deux dimanches par mois et rêve de les retrouver. « Quand je rentre chez moi, je me sens comme une étrangère, comme si je n’étais que de passage. J’ai un petit garçon de 10 ans et à chaque fois, il pleure quand je repars, confie-t-elle. C’est vraiment très dur. Passer du temps avec mes enfants, c’est tout ce que je veux. Les serrer dans mes bras, encore et encore. »

Près de 8 millions de Vénézuéliens vivent à l’étranger, soit près d’un quart de la population du pays.

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L’Amérique latine face à Donald Trump

Trois jours après l'opération militaire américaine à Caracas pour enlever Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, le Venezuela fait toujours la Une de la presse sur le continent. Avec en Argentine, une image en noir et blanc : celle d'un homme en uniforme militaire, allongé lascivement sur un bureau. Posé sur sa main, un globe terrestre qu'il contemple en souriant.

L’image est celle du Dictateur, de Charlie Chaplin. Mais ici, en Une du site de Pagina 12, l'homme a le visage de Donald Trump. Et c'est le continent américain que le président états-unien regarde d'un air suffisant. Un photomontage évidemment, sous lequel le journal argentin titre : « Le grand envahisseur ». Car, rappelle Pagina 12, Donald Trump n'entend pas s'arrêter là. Après le Venezuela, le président états-unien vise désormais le Groenland, le Mexique, Cuba…

Mais aussi la Colombie, où l’hebdomadaire de droite Semana estime que le pays pourrait connaître le même sort que le Venezuela. Et cela, estime-t-il, « en raison de l'adoption d'un modèle politique qui tolère – quand il ne légitime pas – le narcotrafic et les groupes armés illégaux comme instruments de pouvoir ». Mais pour El Espectador, rien ne justifie les menaces proférées par Donald Trump. Certes, admet le journal, le pays est confronté à des problèmes de sécurité et d'inégalité. Mais il s'agit d'une démocratie stable et qui se renforce. Alors El Espectador prévient : si l'opération que le président états-unien envisage avait lieu, il s'agirait d'un coup d'État.

Quant au Mexique, même si la lutte contre le narcotrafic pourrait encore servir de prétexte à une opération américaine, la situation n'a rien à voir, rappelle Milenio. Les États-Unis, estime-t-il, n'agissent pas par romantisme ou parce qu'ils veulent contrôler l'immigration, mais par appât du gain. En l'occurrence, les ressources en pétrole dont le Venezuela regorge.

Au Venezuela, enfin, le quotidien Tal Cual s'interroge sur l'après-Maduro, avec deux scénarios. Soit une transition négociée, et donc molle. Avec des réformes lentes et l'impunité pour les dirigeants sortants qui conserveraient une partie de leur pouvoir. Soit un effondrement du régime, qui pourrait entraîner une grande volonté réformatrice. Avec un risque tout de même : celui du chaos.

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Colère dans le département de l’Artibonite en Haïti

En Haïti, le département de l'Artibonite est lui aussi victime de la violence des gangs, en particulier du groupe Gran Grif. Un groupe ultra-brutal qui multiplie les attaques sans que les autorités réagissent, du moins pas suffisamment selon les habitants. Pour interpeller les autorités, ceux-ci ont donc bloqué pendant plus de huit jours à plusieurs endroits l’axe routier reliant le Grand Nord à la capitale Port-au-Prince. Les blocages ont depuis été levés, mais la menace et la colère persistent.

« Si, après ce blocage, ils ne répondent pas à nos revendications, la deuxième phase consistera à fermer tous les bureaux du service public dans la région afin d’empêcher toute entrée d’argent dans les institutions publiques. Si, après cette deuxième phase, ils n’ont toujours pas répondu, nous nous en prendrons physiquement aux gangs vêtus de costumes et de cravates, ceux qui ont créé ces petits voyous », prévient René Charles, président du Syndicat des planteurs visionnaires pour le développement de l’Artibonite, au micro de notre correspondant Ronel Paul.

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Soulagement dans le secteur de la crevette hondurien

Au Honduras, le changement de président est scruté de près par les industriels de la crevette. Le secteur est majeur : le Honduras est le plus gros exportateur d'Amérique centrale, mais l'ancienne présidente avait porté un coup aux producteurs en supprimant les exportations vers Taïwan. Un moyen de satisfaire l'allié chinois.

Mais aujourd'hui, le positionnement sur la scène diplomatique est différent avec l'arrivée au pouvoir de Nasry Asfura. Le nouveau président a déjà dit qu'il comptait renouer avec Taïwan pour le plus grand soulagement des premiers intéressés. Un reportage de Marie Griffon, dans le golfe de Fonseca, dans le sud du pays.