
À Minneapolis, le réveil d’une peur et d’une douleur familières
Journal d'Haïti et des Amériques
L’indignation règne dans la capitale du Minnesota après la mort de Renee Good, tuée mercredi 7 janvier au volant de son véhicule par un agent du service d’immigration et des douanes (ICE).
Sur la vidéo, plusieurs agents d’ICE s’approchent d’une voiture et demandent à sa conductrice de descendre. Celle-ci semble manœuvrer pour partir et frôle les policiers. C’est à ce moment-là que l’un d’eux lui tire dessus sous les cris des passants.
Le drame a aussitôt provoqué une vague d’émotion à Minneapolis, rapporte notre correspondant à Washington, Vincent Souriau. Une marche de soutien spontanée s’est tenue dans la soirée et le maire de la ville, le démocrate Jacob Frey, s’est tout de suite rangé du côté de la victime sans mâcher ses mots. « Ils essaient déjà de faire passer ça pour de la légitime défense, a-t-il dénoncé. Ayant de mes yeux vu la vidéo, je veux le dire à tout le monde : ce sont des conneries. Il s’agit d’un agent qui a utilisé la force de manière inconsidérée, et il en a résulté que quelqu’un est mort, a été tué. »
Dans le camp d’en face, la version des autorités est déjà connue, résumée en quelques mots par Kristi Noem, la ministre chargée de la Sécurité intérieure : « Les gens doivent cesser d’utiliser leurs voitures comme des armes. Ce genre d’acte de terrorisme qui consiste à utiliser votre véhicule pour tuer des agents assermentés doit disparaître. » L’agent d’ICE qui a tiré, dit-elle, n’a fait qu’appliquer sa formation pour sauver sa vie et celle de ses collègues.
Le souvenir de George FloydLa mort de Renee Good réveille une peur et une douleur familières à Minneapolis. Car c'est dans cette même ville qu'un agent de police avait tué un homme en l'étouffant sous son genou. C'était le 25 mai 2020. L'homme s'appelait George Floyd et son meurtre avait déclenché une vague de protestation et d'émeutes dans le pays.
« Il y a cinq ans et demi, se souvient le Minnesota Star Tribune, le quotidien local, des manifestants se sont rassemblés et les forces de l'ordre ont riposté avec des balles en caoutchouc. Pendant des jours, la violence s'est intensifiée jusqu'à ce que toute la ville sente la fumée, les gaz lacrymogènes et le chagrin. » Les années ont passé, la ville s'est reconstruite, essayant d'aller de l'avant. Jusqu'à ce qu'un président se mette à traiter les immigrés somaliens du Minnesota d'« ordures » - c'était le 2 décembre dernier - et que son administration place Minneapolis dans son viseur.
Hier soir, les habitants ont de nouveau défilé. Mais cette fois, veut croire le quotidien, la ville est plus sage. Elle sait que la violence est exactement ce que cherche cette administration. Et le journal de citer le gouverneur de l'État Tim Walz : « Ils veulent un spectacle. Nous ne pouvons pas leur donner. Nous ne pouvons pas. »
Donald Trump a lui-même commenté ce drame lors d'une interview accordée au New York Times. Un entretien de près de deux heures où il a été aussi question du Groenland sur lequel le président veut faire main-basse, de sa santé et des travaux de rénovation de la Maison Blanche. Mais surtout du Venezuela, que Donald Trump promet de reconstruire de manière très rentable en exploitant son pétrole et que les États-Unis comptent diriger jusqu'à nouvel ordre. Trois mois ? Six mois ? Un an ? « Beaucoup plus longtemps », a répondu le président.
Mais pour Tal Cual, ces velléités sont inacceptables. « Les États-Unis n'ont aucun droit de tutelle sur le pays, écrit le quotidien vénézuélien. Et encore moins celui d'imposer aux compagnies pétrolières américaines de remplacer et de moderniser les infrastructures pétrolières vénézuéliennes. » Pour Tal Cual, ces propositions sont si grossières qu’elles peuvent difficilement être acceptées par les dirigeants vénézuéliens actuels, quand bien même Donald Trump menacerait le pays d'une nouvelle intervention beaucoup plus sanglante.
Tournant en Colombie, prudence au CanadaSi le ton de l'administration Trump envers le Venezuela reste martial, il s'est en revanche adouci à l'égard de la Colombie. Fini les accusations de narcotrafic, les invitations à surveiller ses arrières. Le président états-unien est aujourd'hui prêt à recevoir son homologue colombien à la Maison Blanche. Les deux hommes se sont téléphoné hier. « Un honneur », a même dit Donald Trump. Sur leurs sites, El Tiempo et El Espectador révèlent les coulisses de cette reprise du dialogue réclamée depuis des mois par Bogota. Un tournant diplomatique, dont s'est félicité un président colombien jusque-là menacé lui aussi d'une intervention militaire américaine, comme le raconte notre correspondante sur place, Marie-Eve Detoeuf.
Lui aussi régulièrement dans le viseur de Donald Trump et victime des taxes douanières du président américain, le Canada semble pour sa part assez embarrassé par les événements des derniers jours. Le Premier ministre Mark Carney joue la prudence face aux États-Unis. Peut-être un peu trop au goût de certains Canadiens, comme le constate notre correspondante à Montréal, Nafi Alibert.
Optimisme en HaïtiEn Haïti, le rédacteur en chef du Nouvelliste Frantz Duval parle des opérations qui se multiplient contre les gangs pour reprendre le contrôle du centre-ville de Port-au-Prince. Les forces de sécurité s'attaquent aussi à la source, avec deux saisies d'armes dans le nord, à Cap-Haïtien et Quartier Morin. Ce qui amène le secrétaire d'État à la Sécurité publique à formuler des déclarations optimistes. Il promet la réouverture des routes menant vers le sud et le nord le mois prochain.