Lea Ypi, philosophe et romancière
03 May 2026

Lea Ypi, philosophe et romancière

Idées

About

Une jeune femme exceptionnelle est l’invitée de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro d’Idées. Née en Albanie, professeure de théorie politique à la London School of Economics, Lea Ypi est en effet considérée comme une des figures montantes de la vie intellectuelle en Europe.

Dans le magazine qui interroge celles et ceux qui pensent le monde, cette intellectuelle de haut-vol parle à la fois de son travail de philosophe, de ses cours au Collège de France et de son roman intitulé Indignité, publié chez Calmann-Levy.

Ce roman est à la fois une enquête familiale, une traversée du XXe siècle dans les Balkans, une réflexion sur l’identité, et une méditation sur la dignité humaine face aux régimes politiques.

Le livre s’ouvre sur la diffusion sur les réseaux sociaux, d’une photographie de 1941 montrant la grand‑mère de l’auteure, Léman, souriante en lune de miel dans les Dolomites, alors que l’Albanie subissait l’occupation fasciste.

Cette image, devenue virale, a provoqué un flot d’accusations et de jugements moraux. À tel point que Lea Ypi a entrepris de comprendre qui était réellement cette grand-mère au caractère bien trempé.

Le roman est à la fois une reconstitution de la vie de Léman (où l’imaginaire joue son rôle, souligne-t-elle dans l’émission) née en 1918 à Salonique, issue d’une famille albanaise de l’aristocratie ottomane. Sa vie traverse la chute de l’Empire ottoman, la monarchie du roi Zog, le fascisme, le nazisme, la dictature communiste d’Enver Hoxha, la transition post‑communiste. Quel parcours ! Sa vie reflète pour le moins les profondes transformations politiques qui ont façonné l’Europe du Sud‑Est.

Cette véritable saga s’avère aussi une enquête dans les archives d’État, où Lea Ypi a découvert rapports d’informateurs, dossiers de surveillance et documents incomplets. Ces archives, politisées et parfois trompeuses, révèlent autant qu’elles dissimulent. Elles démontrent en tout cas à quel point la surveillance policière sévissait sous l’ère communiste.

Le roman montre ainsi la difficulté de reconstruire une vérité historique, celle qui est au cœur de la réflexion de Lea Ypi, dans un pays où l’amnésie a longtemps prévalu.

Le titre de cette belle histoire renvoie à un thème central : la dignité humaine comme valeur menacée par les systèmes politiques. Léman est tour à tour considérée comme aristocrate ottomane, suspecte sous le communisme, puis traîtresse supposée dans l’Albanie contemporaine.

 « Elle personnifie la responsabilité morale », dit notre invitée ce dimanche. Selon elle, ce récit romancé évoque la responsabilité morale dans des situations exceptionnelles, où les choix individuels sont en quelque sorte dictés par la violence des faits historiques.

Dans Indignité et au cours de ce numéro d’Idées, notre spécialiste de philosophie politique montre que la vérité historique est fragile. Ne se construit-elle pas entre documents, souvenirs et interprétations ?

De plus, l’auteure s’interroge au micro : « qui a le droit de raconter une vie ? ». Cette question donne au roman une dimension philosophique.

Dans son « autre vie » , Lea Ypi, spécialiste de Kant, mène une réflexion sur « l’idée de socialisme moral ». Elle la détaille dans une série de leçons au Collège de France que je vous recommande.

 

Voici la page de Lea Ypi au Collège de France si vous souhaitez écouter ses leçons dans le cadre de la chaire intitulée : « L’invention de l’Europe par la langue et la culture ».

Programmation musicale :            

- ‎‎Marinella  - Thessaloniki mou  

- ‎‎Eli Fara - Sonat

- ‎‎Gjurmët - Era.