Jean-Frédéric Schaub : l’histoire exige rigueur et modestie
01 March 2026

Jean-Frédéric Schaub : l’histoire exige rigueur et modestie

Idées

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Dans Idées cette semaine, Pierre-Édouard Deldique vous propose une réflexion sur la place de l’histoire dans notre monde contemporain, avec son invité l’historien Jean‑Frédéric Schaub, auteur d’un essai pertinent intitulé : « Le passé ne s’invente pas » (Albin Michel). Au fil des pages, ce spécialiste de l’histoire des mondes ibériques s’arrête sur la manière dont les sociétés produisent et manipulent le passé.

Dans un contexte saturé de récits identitaires, de réécritures politiques et de « vérités alternatives », il interroge la fragilité de la vérité historique et la responsabilité des historiens face aux usages publics de l’histoire à l’heure de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et des « vérités alternatives ».

Il dénonce « le temps qui s’est laissé envahir par l’empire du faux et des faussaires ».

Dans son livre, et dans l’émission, Jean-Frédéric Schaub souligne à ceux qui l’auraient oublié, que l’histoire n’est pas un récit parmi d’autres, mais une discipline fondée sur des méthodes de vérification, de critique et de confrontation des sources. C’est une science.

L’historien n’est pas un romancier, mais un enquêteur même s’il se fait l’avocat de la littérature. Mais histoire et littérature ne se confondent pas même s’il existe une « littérature du réel » ou « littérature de non-fiction ». Il fustige également la tentation qu’ont certains historiens de se raconter eux-mêmes. Il n’a aucune attirance pour « l’ego histoire ».

Notre invité insiste sur la dimension épistémologique du travail historique : la vérité historique n’est jamais absolue, mais elle est le résultat d’un protocole rigoureux. Selon lui, c’est cette rigueur qui distingue l’histoire de la propagande, de la mémoire ou du « roman national ».

Jean-Frédéric Schaub ne nie pas l’importance de la « mémoire collective » entretenue par un État (le Panthéon en France) mais il rappelle que la mémoire n’est pas l’histoire. La première est sélective, affective, orientée ; la seconde est critique, argumentative, ouverte à la révision.

Jean‑Frédéric Schaub signe ici un livre combatif. « Le passé ne s’invente pas » rappelle que l’histoire n’est pas un réservoir de mythes mobilisables à volonté, mais une discipline exigeante qui repose sur la critique, la preuve, la confrontation des interprétations, et la maîtrise des langues pour aller au plus profond des archives et de la compréhension des peuples colonisés notamment.

Dans un moment où les récits identitaires prolifèrent, où la désinformation brouille les repères, où la mémoire supplante parfois la connaissance, l’invité d’IDÉES ce dimanche propose une boussole intellectuelle : défendre la vérité historique comme bien commun. Sur la bandeau rouge qui entoure la couverture de cet ouvrage, on lit : « Contre les réécritures de l’histoire ».

Au fond, défendre l’histoire, c’est défendre la démocratie.

 

Programmation musicale :

- ‎Jamiroquai - Virtual Insanity

- ‎Mehldau Brad / Blade Brian / McBride Christian / Redman Joshua - Past In The Present

- ‎Duke Ellington / John Coltrane - In a Sentimental Mood.