Tunisie : entreprendre, innover, verdir l’économie
27 March 2026

Tunisie : entreprendre, innover, verdir l’économie

Éco d'ici éco d'ailleurs

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De Sousse à Bizerte, de Sfax à Tunis, ce numéro d’« Éco d’ici, Éco d’ailleurs » vous emmène en Tunisie à la rencontre de celles et ceux qui transforment l’économie réelle : entrepreneures rurales, start-upers de la tech et de la « green tech », chercheurs et accompagnateurs de projets. Une immersion au plus près des initiatives qui misent sur l’agriculture durable, la transition écologique et l’innovation numérique pour créer des emplois et ouvrir de nouveaux marchés.

👉 Son de Blé, la biscuiterie artisanale qui fait bouger la filière healthy

À Sousse, la biscuiterie « Son de Blé » propose des biscuits 100% naturels, riches en fibres, sans additifs ni conservateurs, pensés pour la santé des consommateurs – sportifs, personnes diabétiques ou en recherche d’une alimentation plus équilibrée. Derrière cette petite usine à taille humaine, une fondatrice passée de l’informatique à la gastronomie, entourée d’une équipe majoritairement féminine.

🎤 Wissal Fehmi, fondatrice de Son de Blé : « Je rêve d’un peu de stabilité pour que les petites entreprises puissent fixer des prix justes et se développer sans craindre chaque hausse brutale des matières premières. »

👉 Femmes rurales, climat et autonomie économique

À Bizerte, un consortium d’associations, de centres de recherche tunisiens et français travaille sur l’impact du changement climatique sur les femmes rurales, très exposées à la sécheresse, à la pénurie d’eau et à la précarité de l’emploi agricole. L’objectif : co-construire avec elles des solutions concrètes pour renforcer leurs droits, leur pouvoir de négociation et leur accès aux marchés.

🎤 Najoua Bouraoui, présidente de l’Association pour la protection de l’environnement et le développement durable de Bizerte (APEDDUB) : « Ces femmes vivent dans des sociétés plutôt masculines. C’est l’homme qui commande, qui autorise, qui ordonne… Nous les aidons à surmonter cela, petit à petit, sans entrer en conflit avec leur contexte social. »

🎤 Anissa Hanafi, enseignante-chercheure à l'INAT (Institut national agronomique de Tunisie) : « L'ouvrière agricole fait face à différents problèmes - mauvaises conditions de travail, de transport, faible rémunération, etc... »

🎤 Mazhoud Houda, chercheure à l'INRAT (Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie) : « Les femmes représentent 70% de la main-d’œuvre agricole en Tunisie, mais leur statut d’ouvrière agricole n’est même pas reconnu officiellement. »

🎤 Nicolas Faysse, socio-économiste au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) : « Notre travail avec les associations, c’est de produire des connaissances avec les femmes rurales elles‑mêmes, puis de transformer ces connaissances en propositions très concrètes de politiques publiques. »

👉 Agro Sahteen, l’hydroponie au service de l’agriculture africaine

La société Agro Sahteen, fondée par Mohamed Dahmani, développe des systèmes de culture hors-sol en hydroponie, dans des serres où l’environnement est entièrement contrôlé (eau, nutriments, lumière, hygrométrie). L’objectif : produire des cultures « intelligentes », résilientes à la sécheresse et exportables dans d’autres régions du monde confrontées à la rareté de l’eau.

🎤 Mohamed Dahmani, fondateur d’Agro Sahteen« L’hydroponie permet d’économiser jusqu’à 95% d’eau. Pour produire un kilo de quinoa, j’utiliserai 95% d’eau en moins que dans un champ classique. »

Pour soutenir l’export de cette technologie, Agro Sahteen a été accompagnée par le cabinet Stecia International dans le cadre du programme Qawafel, financé par l’AFD et mis en œuvre par Expertise France. Une mission de prospection au Sénégal a permis de confronter les solutions tunisiennes aux besoins d’agriculteurs sénégalais et d’institutions publiques.

🎤 Walid Gaddas, directeur général de Stecia International (sélection de start-up tunisiennes, étude de marché, mise en relation avec des partenaires, institutions et bailleurs de fonds) : « Contrairement à ce que beaucoup pensent, il y a énormément de points communs entre la Tunisie et le Sénégal : manque d’eau, petits agriculteurs, difficultés d’accès à la technologie… Avec quelques ajustements, les mêmes solutions peuvent fonctionner. »

👉 Sfax : un écosystème entrepreneurial en mouvement

Le Centre d’affaires de Sfax accompagne depuis 2005 les TPE, PME et start-up de la région, dans un contexte de transition de l’entrepreneuriat « classique » vers l’entrepreneuriat innovant et l’économie verte. Malgré les crises politiques et la pandémie de Covid-19, la ville conserve un fort esprit entrepreneurial, notamment chez les jeunes.

🎤 Abir Hosni, directrice du Centre d’affaires de Sfax : « À Sfax, l’esprit entrepreneurial est très élevé chez les jeunes. Nous avons créé le premier réseau de business angels de la région, Syphax Angels, pour les aider à lever des fonds. »

Artiste multidisciplinaire, Yassine Sellami a créé avec ses associés une entreprise de création de vidéos, bandes dessinées et figurines, accompagnée par le Centre d’affaires de Sfax. Formations à la gestion, à la propriété intellectuelle et aux études de financement lui ont permis de structurer son projet et de clarifier ses objectifs :

🎤 « Créer une start-up en Tunisie, c’est possible, mais ce n’est pas facile. Nous visons d’abord la reconnaissance à l’international, puis nous reviendrons ici pour donner la même chance à d’autres talents. »

👉 ProVerdy, l’IA au service du climat

À Tunis, la start-up ProVerdy utilise l’intelligence artificielle pour aider les entreprises à calculer, réduire et reporter leurs émissions de gaz à effet de serre. Elle s’adresse en priorité aux entreprises d’Afrique et du Moyen-Orient, souvent sous-représentées dans les outils de reporting internationaux.

🎤 Souha Bejaoui, fondatrice et CEO de ProVerdy : « Avec ProVerdy, nous voulons démocratiser le bilan carbone en Afrique : une plateforme simple, accessible, qui transforme les données en actions concrètes pour le climat. »

👉 PigmentOCO, teindre sans eau et sans rejets chimiques

La start-up PigmentOCO développe un procédé de teinture « sèche » pour l’industrie textile, sans utilisation d’eau et sans rejets chimiques dans l’environnement. L’ambition : réduire fortement les ressources utilisées dans la teinture des fibres naturelles, tout en coupant les coûts opérationnels pour les industriels.

🎤 Amal Chebbi, cofondatrice de PigmentOCO : « Nous offrons un procédé de teinture qui n’utilise pas d’eau, sans rejets chimiques, et qui réduit les coûts opérationnels de 50%. »

👉 Savoirs éco, Qawafel, Greenov'i, des programmes pour changer d’échelle

➡️ Savoirs Éco, financé par l’UE (4,5 M€ sur 3 ans) et mis en œuvre par Expertise France, renforce les structures productrices de savoirs économiques tunisiennes (think tanks, universités) via formations, mentorat et production de policy briefs sur développement durable et économie verte.

➡️ Qawafel, soutenu par l’AFD via Expertise France, cible l’internationalisation des startups/PME tunisiennes (agritech, healthtech, climatetech) avec subventions jusqu’à 120 000 € pour conquérir l’Afrique (Sénégal, RDC, Kenya…) – comme Agro Sahteen au Sénégal.

➡️ Greenov’i (12 M€, 2023-2028), également UE/Expertise France avec CITET, débloque subventions et vouchers verts pour éco-entreprises et clusters artisanaux, avec 1,3 M€ déjà accordés à 4 projets phares (Lead4Green).

💻 Réalisation : Guillaume Munier.

🎵 Choix musicaux : 

Ghali - Bayna

Sabry Mosbah - Mansit