
Intelligence artificielle, cybersécurité, données : les technologies sont désormais au cœur des conflits contemporains. De l’Ukraine au Moyen-Orient en passant par Pékin et la Silicon Valley, une nouvelle guerre se joue, invisible mais stratégique. La tech devient à la fois un outil militaire, un levier économique et un enjeu de souveraineté. Décryptage avec nos invités réunis au Printemps de l’économie à Paris.
Retrouvez ici toutes les conférences du 14ème Printemps de l'économie.
NOS INVITÉS🎤 Damien Douani, responsable de l'innovation à l'école Narratiiv, fondateur de Topos, cocréateur du podcast "Les Éclaireurs du Numérique"
🎤 Julien Pillot, économiste, enseignant à Inseec grande école (groupe OMNES Education)
🎤 Yrieix Denis, consultant en cybersécurité & business intelligence au sein du cabinet Alyghieri
🎤 Nicolas Arpagian, directeur de la stratégie de Jizô AI.
Une guerre technologique déjà bien réelle
Pour Damien Douani, expert du numérique, la transformation est déjà visible sur le terrain. Mais au-delà du matériel, la guerre se déplace vers des dimensions immatérielles :
« Il y a des guerres qu’on pourrait qualifier de cognitives, de vol de données ».
Cette mutation marque une rupture : l’information, l’opinion et les systèmes numériques deviennent des cibles stratégiques.
Des marchés colossaux et une économie de la guerreL’essor de ces conflits technologiques génère une économie massive. L’économiste Julien Pillot explique que « les montants sont tellement colossaux qu’ils sont impossibles à mesurer ».
La cybersécurité et la cyberdéfense sont devenues des secteurs-clé, allant de la protection des entreprises jusqu’aux opérations de renseignement et de déstabilisation.
Cybersécurité : un pilier stratégiquePour Yrieix Denis, spécialiste en cyberdéfense, les enjeux sont aussi organisationnels que technologiques. Il rappelle que la cybersécurité repose sur trois piliers : gouvernance, outils, usages.
Et les investissements peuvent être massifs, notamment dans les secteurs sensibles : « il y a une domination énorme du secteur par les États-Unis et Israël ».
Silicon Valley et armée : une alliance assuméeJusque-là parfois réticentes, les entreprises technologiques américaines collaborent désormais ouvertement avec le secteur militaire. Damien Douani résume ce basculement : « il y avait des réflexions éthiques […], le fait que Donald Trump dynamite les lignes a décomplexé certains acteurs ». Les logiques économiques et géopolitiques prennent souvent le dessus sur les considérations morales.
Une guerre globale entre puissancesLa rivalité entre les États-Unis et la Chine structure largement cette nouvelle guerre technologique. Yrieix Denis rappelle l’ampleur du rattrapage chinois : « Pékin a réussi le plus grand transfert technologique de l’histoire […] grâce à l’espionnage informatique ».
La cyberguerre, arme totalePour Nicolas Arpagian, la cyberguerre est devenue incontournable : « toutes les dimensions sont activées dans le cadre de la cyberguerre ». Elle permet de cibler les infrastructures critiques, paralyser des économies, influencer les opinions publiques. Il insiste sur un point-clé : « les équipements numériques sont des cibles à part entière ».
Une vulnérabilité humaine persistanteMalgré les technologies avancées, le facteur humain reste le maillon faible. Julien Pillot le résume ainsi : « Beaucoup de cybermenaces passent par la capacité à se faire remettre les clés ». Damien Douani ajoute : « On dit souvent entre geeks que le chaînon manquant en informatique, il est entre le fauteuil et le clavier ».
🎼 Choix musical : Moonchild - Fear (Hey Friend) ft. PJ Morton.
🖥️ Réalisation : Guillaume Munier.