
Dans un contexte de tensions géo-économiques accrues (qu'adviendra-t-il des droits de douane imposés par Donald Trump et retoqués par la Cour suprême américaine), un vocabulaire domine désormais les débats internationaux : compétition, concurrence, déclassement, compétitivité.
Longtemps réservée aux entreprises, la rivalité s’étend aujourd’hui aux États, aux blocs régionaux et aux grandes puissances économiques — Union européenne, Chine, États-Unis et pays émergents — engagés dans une course permanente à l’influence industrielle et technologique.
NOS INVITÉS👉 Marie Krpata, chercheuse au Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri (Institut français des relations internationales, spécialiste des relations économiques internationales, de la Chine et de la politique industrielle européenne.
👉 Pieter Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB).
Une Europe en situation d’urgence économique ?
Lors d’un récent sommet sur la compétitivité, le président français Emmanuel Macron a lancé un appel clair : « Place à l’action ».
Face à la désindustrialisation, à la concurrence américaine et chinoise et à la fragmentation du marché intérieur, l’Europe cherche à redéfinir sa stratégie.
Parmi les questions clés abordées dans l’émission :
La politique industrielle européenne est-elle cohérente ou réactive ?
Quels secteurs sont les plus exposés ?
Pourquoi la relocalisation industrielle progresse-t-elle moins vite que prévu ?
L’autonomie stratégique est-elle compatible avec le libre-échange ?
À Bruxelles, nous avons recueilli l’analyse de Pieter Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique.
Les entreprises dénoncent notamment :
coûts énergétiques élevés
pression réglementaire
fragmentation du marché européen
lenteur décisionnelle.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, propose notamment :
un statut juridique commun « EU Inc. » pour simplifier la création d’entreprise dans toute l’Europe
l’approfondissement de l’Union de l’épargne et de l’investissement
l’intégration accrue des marchés de capitaux
Objectif : réduire la fragmentation et renforcer la compétitivité globale.
Protéger sans devenir protectionniste ?L’Europe cherche un équilibre délicat.
Le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni défendent une position commune : lutter contre les pratiques commerciales déloyales sans basculer dans le protectionnisme.
Mais plusieurs tensions demeurent :
concurrence mondiale subventionnée
dépendance technologique
transition énergétique coûteuse
désaccords sur l’endettement européen.
Faut-il mutualiser les investissements industriels ?
Le débat oppose les partisans d’une dette européenne commune aux défenseurs de la rigueur budgétaire nationale.
Une divergence qui reflète les lignes de fracture économiques du continent.
Gouvernance, financement, souveraineté : les grandes contradictions européennesAu cœur de l’analyse de Marie Krpata :
fragmentation des stratégies nationales
règles de concurrence limitant les « champions européens »
dépendances persistantes dans les chaînes de valeur stratégiques
tensions entre transition écologique et compétitivité
risque de course aux subventions entre États membres.
Ces enjeux ne concernent pas uniquement l’Europe. Ils traversent aussi le continent africain, engagé dans ses propres stratégies industrielles et partenariales. Dans un entretien vidéo disponible sur la chaîne YouTube de RFI, le banquier d’affaires Khaled Igué — cofondateur de la French-African Foundation - exprime sa vision des alliances nécessaires pour le continent.