
Dans La Petite Histoire des lettres, le mathématicien Étienne Ghys explore cinq siècles d’évolution typographique, entre art, mathématiques et algorithmes. Une invitation à redécouvrir l’alphabet comme un objet scientifique autant qu’esthétique.
On les lit sans y penser, mais chaque lettre obéit à une géométrie, une hauteur d’x, une ligne de base, des courbes bien dessinées ou délibérément brisées. Dans son livre, l'auteur, nous incite à regarder les lettres, individuellement.
Une fascination pour les lettresDès son plus jeune âge, Etienne Ghys, est fasciné par les lettres : et pour cause son père était imprimeur. Il regarde les lettres en tant qu'objet géométrique. Etienne Ghys aime les lettres car selon lui « elles incarnent la pensée ».
Il nous apprend, par exemple, que les polices varient en fonction de ce qu'on est en train de lire : les empattement ralentissent la lecture mais permettent qu'elle soit plus approfondie quand les panneaux d'autoroute sont eux lisibleS au premier coup d'oeil.
L'imprimeur, c'est l'architecte du langage.
La police, une histoire de style !L'histoire des polices commence avec Gutenberg et l'imprimerie. À l'époque, les Bibles sont écrites et recopiées à la main par des scribes et coûtent cher. L'idée lui vient alors de créer des caractères mobiles en plomb, calqués sur les caractères des scribes pour imprimer et vendre des Bibles à grande échelle et à prix abordable.
Une géométrisation des caractèresVient alors l'époque des humanistes et des belles choses ! On va observer les caractères romains gravés dans de vieilles pierres de l'époque romaine avec des lettres travaillées. Des artistes tels que Léonard de Vinci commence à géométriser les lettres comme il le fait dans le livre de mathématiques La Divine proportion de Luca Pacioli dans lequel il illustre les écrits de l'auteur.
Puis, vient la série de polices grecques cursives avec des caractères romains, inventés par Claude Garamond qui ont inspiré de nombreuses polices qui portent son nom.
Les choses se sont un peu plus figées un peu plus tard lorsque Colbert demande à l'Académie des Sciences de dessiner une police à la gloire du roi Louis XIV: c'est le "romain du Roi", utilisée par l'imprimerie royale.
Derrière chaque police, une manière de penséeDepuis, les choses évoluent. Chaque pays, impose une écriture de celle du pays, chaque police a une histoire politique. La typographie "Marianne" est une police de caractères dessinée en 2020, à l'usage unique de l'État français.
Certains graphistes inventent des alphabets et fusionnent les lettres, pour rendre l'écriture inclusive. Cette typographie repose sur différents procédés graphiques comme l'entrelacement de lettres
Invité : Etienne Ghys, mathématicien, spécialisé en géométrie. Directeur de recherche émérite au CNRS, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences. Il vient de publier La petite histoire des lettres chez Odile Jacob.
Et comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup s'amuse à décortiquer pour nous, les expressions de la langue française. Cette semaine c'est l'expression « C'est carré » qu'elle passe à la moulinette. Avec Géraldine Moinard des éditions Le Robert.
Programmation musicale :
L'artiste Jyeuhair avec le titre çA crÉpiTe.