
Vol au-dessus de la canopée, le radeau des cimes de Francis Hallé
C'est dans ta nature
Le biologiste français Francis Hallé est décédé le 31 décembre 2025 à l'âge de 87 ans. Amoureux et défenseur des arbres, il avait imaginé un engin pour explorer le sommet des forêts tropicales, milieu le plus vivant au monde.
C'est un radeau qui flotte non pas en mer mais dans l'air, au-dessus d'un océan vert, au-dessus des forêts tropicales. Un radeau imaginé par Francis Hallé, mort à 87 ans le 31 décembre. Le célèbre biologiste français voulait observer, sur un filet suspendu à un dirigeable, une biodiversité d'une richesse incroyable, comme l'avait montré peu avant le biologiste américain Teddy Erwin, aux méthodes peu orthodoxes. « Lui-même n'était pas monté, parce qu'à l'époque il n'y avait pas de système commode. Il a mis sur le sol un canon à gaz toxique qui tuait les bestioles qui étaient là-haut et qu'il recueillait au sol sur des draps blancs. Ce n'est pas très élégant, mais à l'époque on ne pouvait pas faire mieux. Grâce aux travaux de Terry Erwin, la biodiversité mondiale est passée de 3 millions à 30 millions [d'espèces] », racontait, en 2022, Francis Hallé au micro de Caroline Lachowsky dans l'émission Autour de la question.
Plus forte biodiversité sur la planèteAlors Francis Hallé décida d'aller voir au plus près, là-haut, tout là-haut, à 30 ou 50 mètres du sol, grâce au Radeau des cimes, respectueux de la biodiversité. « En bas, il y a 0,1% de l'éclairement total. Il y a très peu de lumière. Il faut que l'œil s'habitue, mais cela reste malgré tout très sombre, et on y trouve donc très peu de plantes et d'animaux. Tandis que lorsque vous êtes là-haut, il ne faut pas perdre de vue que c'est l'endroit où la biodiversité est la plus forte au niveau mondial. C'est le milieu le plus vivant du monde », précisait Francis Hallé.
Trente ans d'expéditions ont ainsi été menées au-dessus de la canopée des forêts tropicales d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud. Quatre cents scientifiques y ont participé pour découvrir, au Cameroun, au Gabon, au Laos ou encore au Brésil, des milliers d'espèces nouvelles. « Les journalistes nous demandaient souvent si on en avait trouvées. Ça nous faisait rigoler parce que la difficulté là-haut est de trouver une espèce qui soit déjà connue », souriait Francis Hallé.
La beauté des forêts primairesDes lézards, des grenouilles, des cigales, quantité d'insectes, des mammifères et bien sûr des oiseaux. D'autres plantes que les arbres aussi, qui ne touchent jamais terre : des orchidées ou des fougères qui vivent accrochées aux branches. Francis Hallé a aussi vu que la canopée était une vraie machine climatique : l'évapotranspiration des feuilles engendre des nuages – oui, les arbres peuvent faire pleuvoir.
Dans son Radeau des cimes, au-dessus des forêts tropicales, Francis Hallé a révélé un autre monde, suspendu, ignoré quand on est au sol. Il a rencontré la beauté. « Entre une forêt primaire et une forêt secondaire, ce qui apparait immédiatement, c'est la beauté. Si je vous parle de biodiversité, il va falloir faire des inventaires pendant des années. Tandis que la beauté, elle apparait immédiatement. C'est ça que j'aime bien », racontait encore le biologiste.
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