
Comment les mouettes, les goélands et les cormorans ont colonisé la Seine à Paris
C'est dans ta nature
Mouettes, goélands et cormorans ont fait de la Seine leur lieu de villégiature hivernale, avant qu'un certain nombre d'entre eux décide de s'y installer à l'année.
On les voit et on les entend. Des milliers de mouettes, qui piaillent ou qui pleurent en bord de Seine, le long de la voie rapide qui traverse Paris, sont posées sur le sable. Ce n'est pourtant pas Paris-Plage, on est alors en plein hiver, au mois de janvier. Le soleil s'est couché et les mouettes se sont rassemblées sur les barges remplies de sable amarrées au quai, qu'elles transforment chaque soir en immenses dortoirs.
« Les mouettes sont des oiseaux d'eau douce qui vont se reproduire sur les étangs. Entre le 15 février et le 1er mars tout le monde fout le camp ! Donc à partir de cette période, si vous voyez des oiseaux blancs sur la Seine, il y a neuf chances sur dix que ce soit des goélands, qui sont plus gros d'ailleurs », précise Frédéric Malher, ornithologue à la LPO Île-de-France, la Ligue pour la protection des oiseaux. Les Parisiens (et les touristes) prennent souvent des goélands pour des mouettes, « et dans le film Vos gueules les mouettes !, ce qu'on entend, ce sont des goélands, pas des mouettes ! »
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Goélands parisiensEn cet après-midi du mois de mars 2026, Frédéric Malher nous a donné rendez-vous en bord de Seine, face à Notre-Dame à la pointe de l'île de la Cité, où des goélands, reconnaissables à leur bec jaune, se reposent au soleil de cette fin d'hiver. « Ce sont des espèces essentiellement marines qui, en hiver, se répartissent un peu n'importe où, et en particulier remontent les fleuves. Cela faisait très longtemps qu'on en voyait en hiver à Paris. Puis, comme un certain nombre d'espèces, ils se sont aperçus que finalement, la ville, c'était quand même bien sympathique. Il y a à manger toute l'année, en général des poubelles et des fins de marché, et éventuellement des poissons dans l'eau. Et puis, les humains leur foutent la paix. Ils ont beau avoir un paysage touristique que le monde entier nous envie, là, ils n'en ont rien à faire ! »
En contrebas du quai, sur la Seine boueuse, un couple de canards colverts barbote au gré des vaguelettes. Un cormoran, ce grand oiseau marin au plumage noir et au long bec crochu apparaît. « C'est un jeune cormoran qui vient de plonger ! », remarque Frédéric Malher. L'oiseau disparaît une dizaine de secondes avant de ressortir un peu plus loin, un poisson dans le bec. Le grand cormoran est un oiseau migrateur. Il vient d'Europe du Nord et passe l'hiver à Paris, où on compte un millier d'individus. Certains restent même à l'année parce que la pêche est bonne.
« Le cormoran est un grand pêcheur qui a la particularité d'avoir un plumage qui se mouille, à la différence de la plupart des autres oiseaux, explique Frédéric Malher. Quand on fait tomber de l'eau sur le dos d'un oiseau, l'eau ruisselle. Évidemment, il ne faut pas y aller au jet d'eau ! C'est en particulier très utile pour les canards qui flottent, parce qu'en plus, cela leur procure une couche d'air qui les maintient au chaud. Mais ça les empêche de plonger, ils remonteraient comme un bouchon. »
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Plongée sous-marineLe cormoran, lui, n'a pas ce problème et peut plonger « jusqu'à dix ou vingt mètres assez facilement, poursuit Frédéric Malher. Après, il va aller se poser et prendre la posture classique avec laquelle on représente souvent les cormorans, les ailes écartées qu'ils remuent éventuellement.Tiens, ça y est, il s'envole, il en a assez ! », s'interrompt l'ornithologue alors que le son d'un battement d'ailes bien spécifique s'élève de la Seine : celui d'un cormoran qui redouble d'efforts pour faire décoller de l'eau ses quelques trois kilos.
Écarter les ailes au repos, « on a longtemps pensé qu'il faisait ça pour se sécher, ce qui est sûrement vrai au moment où il sort de l'eau. Puis on s'est aperçu que pour avoir cette position-là, les muscles travaillent, donc ils se réchauffent. Cela a donc une double utilité ». Sur la dalle qui leur sert de reposoir, au-dessus du Mémorial des martyrs de la déportation, goélands et cormorans continuent de prendre le soleil. Un héron les a rejoints. La Seine est un paradis.
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