Ça devient chaud pour la biodiversité marine
16 August 2025

Ça devient chaud pour la biodiversité marine

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La mer Méditerranée est en surchauffe. La canicule qui touche la quasi-totalité de la France en cet été 2025 entraîne une canicule marine. Un phénomène de plus en plus récurrent, partout sur la planète. Ce qui n'est pas sans conséquence pour les plantes et les animaux marins, en particulier les coraux. (Rediffusion du 11 juin 2023

« Elle est bonne ? » Oui, et même un peu trop. La température de la mer Méditerranée pourrait atteindre ce week-end les 30 degrés, alors qu'une canicule frappe la quasi-totalité de la France depuis une semaine. Le record de 2003 pourrait ainsi être dépassé. Une eau plus chaude, c’est peut-être un rêve d’humains, mais ça peut tourner au cauchemar pour la biodiversité marine.

Une première conséquence pour les animaux qui peuplent les mers et les océans a déjà été observée depuis plusieurs années, dans l’hémisphère nord comme dans l’hémisphère sud : des formes de migrations climatiques. Des espèces marines montent vers le nord ou descendent vers le sud pour y trouver une eau plus fraîche. À l’inverse, en Méditerranée, on a assisté « via le canal de Suez, à l’arrivée d’espèces vivant initialement dans la mer Rouge, relève Serge Planes, directeur de recherche au CNRS. Il y a donc forcément une compétition : les espèces autochtones de Méditerranée se retrouvent à devoir partager de la ressource avec ces nouvelles espèces ».

Un réchauffement de taille

Le réchauffement climatique, et donc le réchauffement de l’eau des mers et des océans, peut même influer sur la taille de certains poissons. Selon une étude de l’Ifremer, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, les sardines ont perdu en moyenne 4 centimètres en 10 ans, parce que la quantité disponible de microalgues, leur nourriture, est en baisse.

Mais les premières victimes des canicules marines sont les récifs coralliens, une espèce « structurante » : un tiers des espèces marines de la planète en dépendent. L’eau y est peu profonde et se réchauffe encore plus vite. Les coraux blanchissent, et risquent la mort, avec la disparition de la zooxanthelle. « Cette petite algue unicellulaire en symbiose avec le corail fournit au corail ce qu’on appelle les chaînes carbonées : en gros le sucre, l’énergie dont le corail a besoin », explique Serge Planes, spécialiste des récifs coralliens en Polynésie française. Le réchauffement de l’eau entraîne la disparition de la zooxanthelle « et le corail va se retrouver presque sans aucun partenaire pour lui produire de l’énergie. Vous allez alors avoir un corail affamé, qui va, entre guillemets, "mourir de faim", tout simplement par manque de sucre, ce qui entraîne des morts cellulaires et la mort de la colonie ».

De l’espoir pour les coraux

Quand les canicules marines se prolongent, le taux de mortalité des coraux dépasse les 50 %, « jusqu’à 70 % », selon, Serge Planes, par ailleurs directeur scientifique de la mission Tara dans le Pacifique, pour qui tout n’est pas perdu.

« On ne va changer drastiquement les émissions de CO2, et on ne va donc pas changer drastiquement le réchauffement qu’on observe. En revanche, dans les dix ans à venir, on peut changer certains comportements qui sont tous les autres stress que subissent les coraux : les stress liés aux pollutions, les stress liés à la transformation des bassins versants et l’apport de sédiments... Je pense que c’est sur cela qu’il faut jouer pour, finalement, ne laisser les récifs coralliens devant qu’un seul stress, le stress climatique. Et on pourrait là faire gagner en résilience ces récifs coralliens et leur permettre de passer finalement les caps à venir de canicules marines ».

L’espèce humaine a encore les moyens de limiter les dégâts qu’elle a provoqués - tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie !