Afrique économie

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Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de l'Économie africaine sur RFI. 

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12 May 2022

Mining Indaba confirme le boom du lithium africain

RFI
Les batteries sont l’avenir de l’énergie électrique et la RDC entend bien en faire partie, notamment via sa production de lithium dont le pays détiendrait la plus grande réserve au monde de roche dure. La RDC mise sur une filière intégrée, où le lithium ne serait pas seulement extrait sur place, mais transformé pour profiter de la valeur ajoutée. Le Premier ministre congolais, la ministre des Mines et le ministre de l’Industrie étaient présents en Afrique du Sud au salon Mining Indaba, le plus gros rassemblement africain des professionnels du secteur minier. Ils étaient venus afficher leurs ambitions. De notre correspondant au Cap, Construire des batteries puis pourquoi pas des voitures électriques made in République démocratique du Congo... Le pays peut tirer son épingle du jeu, estime Jean-Michel Sama Lukonde, Premier ministre congolais. « Nous pensons que nous avons l’un des gisements les plus importants au monde en termes de lithium », explique-t-il. « C’est pour cela que nous voulons nous positionner dans la fabrication des batteries, et plus loin, des voitures électriques. Nous avons toute la compétitivité, la main-d’œuvre qui peut être abordable, nous avons des distances qui peuvent être rapprochées pour ces minerais qui doivent entrer dans la fabrication des batteries », ajoute-t-il. Un centre de recherche et de formation sur les batteries électriques a été inauguré à Lubumbashi fin avril. Quelques jours plus tard, la République démocratique du Congo signait un accord avec la Zambie pour travailler ensemble à la production de batteries électriques. Faire partie intégrante de l'industrie des voitures électriques et les innovations vertes Les deux pays détiennent 80 % des minerais essentiels à leur construction. L’Afrique ne veut plus seulement être une zone d'extraction, a développé le président zambien, Hakainde Hichilema. « Ensemble, nous allons mettre fin à l’idée reçue que l’Afrique est seulement le fournisseur de produits bruts », assure-t-il. « Nous ferons de nos pays, des acteurs clés dans l’ère qui s’ouvre des véhicules électriques. Nous voulons faire partie intégrante de cette nouvelle industrie : les voitures électriques et les innovations vertes. Nous ne voulons pas rester en marge, mais être au centre », plaide Hakainde Hichilema. Malgré la concurrence internationale, la République démocratique du Congo a raison de miser sur sa filière lithium, estime Éric Allard, PDG de Tantalex Lithium Ressources. Il va manquer de lithium, prenons-le de partout où on peut. On ne fournira jamais assez. On ne peut pas fournir assez de lithium d’ici 2030, c’est juste impossible avec les projets qui sont en cours. Il n’y a pas de raison pour que le Manono pour le lithium soit équivalent de ce que la ceinture de cuivre se retrouve à être aujourd’hui. Il y a 25 ans, on n’aurait pas dit qu’il y aurait autant de raffineries à Lubumbashi, à Kolwezi ou à Likasi. Aujourd’hui pourquoi on ne pourrait pas dire que d’ici 10, 15 ans, on ait autant de raffineries dans la région de Manono pour le lithium ? Europe, États-Unis, Canada : des usines de batteries de lithium sont en construction pour concurrencer le leader chinois. Mais la RDC a un avantage : le coût d’installation d’une telle usine coûterait entre 2 et 3 fois moins.
11 May 2022

L’or, bouée de sauvetage des gouvernements africains

RFI
L’industrie minière est réunie au Cap, en Afrique du Sud, depuis lundi 9 mai, à l'heure où le cours de l'or se porte à merveille, pour le plus grand bonheur des miniers et des pays producteurs comme le Mali ou le Burkina Faso. Imperturbable, ce secteur est florissant malgré l’instabilité politique et sécuritaire de la région ou pendant la pandémie de Covid-19. De notre correspondant au Cap Dans une salle réservée pour l’occasion, le Mali s’offre plus d’une heure de promotion devant les professionnels du secteur. Lamine Seydou Traoré, ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Eau, est venu rappeler qu’au Mali, l’or est un bon filon. « Le secteur minier a continué à remplir son rôle de pourvoyeur de fonds, pour une contribution du secteur au budget national de plus de 450 milliards de francs CFA, en 2021. » La production aurifère est épargnée par les maux qui frappent le Mali. La fermeture des frontières terrestres imposée par la Cédéao suite aux putschs est contournée par une exportation aérienne de l’or. Sur le plan sécuritaire, les mines sont loin des zones affectées par les attaques terroristes. Côté politique, le nouveau pouvoir ne pose pas de problème, selon Clive Johnson, PDG de B2 Gold. Tout semble aller pour le mieux. « Tout ce que l’on entend de négatif au sujet du Mali est éloigné de la réalité. C’est un très bon pays pour l’industrie de l’or. Le gouvernement nous soutient, on peut travailler en étroite collaboration et être utile pour les communautés locales, assure Clive Johnson. On a découvert un nouveau gisement à 20 km au nord de Fekola. On devrait pouvoir l’exploiter prochainement et y construire un nouveau broyeur pour augmenter considérablement notre production. » La production d’or devrait également augmenter au Burkina Faso, avec environ 70 de tonnes prévues dans les prochaines années contre 66 en 2021. L’or est le premier produit d’exportation burkinabè depuis 2009. Il soulage les finances du pays, selon Moïse Ouedraogo, secrétaire général du ministère des Mines et des Carrières du Burkina Faso. « L’or représente aujourd’hui environ 400 milliards de recettes fiscales par an. C’est très important. On a constaté que durant la crise sanitaire, c’est le secteur qui a été le plus résilient, car les revenus de ces sociétés minières ont été réguliers, elles ont innové et l’exploitation minière a continué. Le cours élevé de l’or a permis au budget de l’État de se maintenir, pendant cette période de pandémie. » La plupart des mines d’or ouest-africaines sont devenues les plus productives du continent. En quête d’investisseurs, les pays se démarqueront en proposant un environnement d’affaires satisfaisant.
10 May 2022

La cybersécurité, un marché porteur en Afrique de l'Ouest

RFI
Abidjan vient d’accueillir la 2e édition du Cyber Africa Forum (CAF). Cet événement de référence a été l’occasion pour de nombreux acteurs de la protection des données de rencontrer les acteurs économiques de l’Afrique particulièrement soucieux de renforcer leurs politiques de lutte et de prévention contre les risques de cyberattaques. Dans les allées de l’hôtel Radisson Blu d’Abidjan, en Côte d'Ivoire, se bousculent entrepreneurs, banquiers et experts des outils numériques. Avec des cyberattaques de plus en plus sophistiquées, la défense digitale devient désormais incontournable. Premier problème : les organisateurs du forum estiment à seulement 20% les pays africains ayant adopté un cadre légal pour déjouer cette cybercriminalité. Pour Fabrice Zapfack, directeur technique de data354, cabinet de conseil en gestion de données, la sensibilisation sur la question doit s’accélérer. « La plupart des entreprises et organisations voient la protection des données sous l’angle de la conformité. Pour eux, c’est plus une contrainte qu’autre chose. La protection des données peut être un accélérateur, car elle amène les organisations à se poser les bonnes questions. » L’expert reste optimiste au vu des entreprises en pleine transformation digitale, pouvant tirer vers le haut le marché de la protection cyber. Comme Orange, très présente sur le territoire. Le directeur général d’Orange Bank Africa, Jean-Louis Menann-Kouamé, insiste sur trois piliers : la prévention, la rapidité de réaction et le contrôle régulier. « Il y a quelques pays qui font l’effort d’avoir des institutions spécialisées dans la formation. C’est le cas de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Congo ou encore du Gabon. C’est bien que ces pays aient des écoles de cybersécurité, mais il serait mieux qu’elles soient régionales, voire continentales et que les meilleures pratiques y soient enseignées. » La prise de conscience se répand, mais lentement. Moins d’1 % du PIB africain est alloué à la défense numérique, selon Yakhya Diop, directeur technique de l’entreprise sénégalaise de cybersécurité CCDOC. Pour lui, l’Afrique n’est pas à niveau, mais n’est pas en retard pour autant : « On n’est pas en retard, car on a plus d’intellectuels, on a plus de jeunes. On va profiter pour les former très jeunes, leur faire comprendre que c’est le futur. On va leur parler de blockchain, de bitcoins, d’intelligence artificielle. Toutes ces données doivent être étudiées en cybersécurité pour qu’elles soient mieux protégées. » Une cybersécurité dont le marché s’élevait à 2 milliards de dollars en 2020.
09 May 2022

RDC: création d'un centre de recherche et de formation spécialisé dans les batteries électriques

RFI
La RDC et la Zambie ont signé à la fin du mois d’avril un accord bilatéral pour la valorisation du secteur des batteries électriques et des énergies renouvelables. Pour les deux pays, la première étape consiste à se doter des compétences nécessaires. Ils ont donc lancé à Lubumbashi en RDC, un centre de formation baptisé Centre Africain d’excellence pour les batteries électriques. Plusieurs dizaines d’experts universitaires africains – des Camerounais, des Sud-Africains, des Zambiens – ainsi que des Européens ont contribué à la création de ce centre qui ouvrira ses portes dès la rentrée académique prochaine. Il prévoit une formation de niveau « Master » ouvert aux jeunes d’Afrique centrale. Placé sous la gestion de l’université de Lubumbashi, ce centre aura pour mission la formation et la recherche pour la fabrication des batteries électriques. Des échanges inter-universitaires sont prévus. « On essaie de se mettre ensemble, pour renforcer les capacités qui existent. On essaie aussi d’explorer les voies pour innover afin que nous puissions assurer l’employabilité de nos jeunes dans l’industrie de la batterie, explique Jean Mastaki, directeur sous régional de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique centrale. Et au-delà de la formation des ingénieurs, nous voulons révolutionner nos écoles de formation technique et professionnelle. » Valorisation des minéraux des batteries électriques La RDC et la Zambie détiennent à elles seules près des 70% des réserves mondiales de cuivre et de cobalt. Le professeur Nyumbe de l’université nationale zambienne affirme qu’il est temps d’apporter une valeur ajoutée à leurs minéraux : « J'aimerais voir les batteries pour les voitures électriques produites ici. Et qu’elles soient utilisées dans le monde entier. Nous soutenons l’initiative de nos deux États. » Pour l’heure, le budget pour le fonctionnement du centre n’est pas encore défini. Toutefois, Julien Paluku, ministre congolais de l'Industrie, compte sur les investissements publics et privés : « Le premier acteur, c’est le gouvernement lui-même, il doit comprendre qu’il peut investir dans le secteur des batteries. Le deuxième acteur, c’est le secteur bancaire parce que les actifs en banque se chiffrent à 14 milliards de dollars contre 10 milliards, il y a une année. Le troisième acteur, ce sont les institutions comme la société d'assurance SONAS, le Fond pour la promotion de l’industrie FPI, la Caisse nationale de sécurité sociale CNSS, le Fond national pour l’entretien routier Foner. Elles ont des moyens qui sont thésaurisés. » Quelques hommes d’affaires congolais sont déjà prêts à investir dans la formation sur les batteries électriques. « Nous avons demandé aux universités de nous donner le budget. Et volontairement, les opérateurs économiques congolais ont déjà commencé à financer sans attendre la contrepartie tout de suite », indique Eric Monga, vice-président du patronat Congolais. Lors d’un forum d’affaires en novembre dernier, la RDC a affirmé être la destination la plus compétitive pour produire des batteries électriques. Le coût d’installation d’une usine y serait deux à trois fois moins cher qu’aux États-Unis, en Chine ou en Pologne.
08 May 2022

COP15 contre la désertification: la problématique du foncier

RFI
Ce lundi débute la COP 15 contre la désertification à Abidjan en Côte d'Ivoire. Objectif : stopper l'avancée de la désertification qui menace 40% des terres émergées. Parmi les solutions avancées : réhabiliter les terres. Mais la mise en place de projets de réhabilitation d'aires encore intactes concentre en son sein la question du foncier. Militants écologistes et chercheurs ne sont pas tous d'accord sur la façon d'agir.  « Je ne suis pas pour la mise sous cloche de tout un continent au détriment des activités des populations, au détriment de l’économie. » Marc Ona est à la tête de l’ONG environnementale Brain Forest, au Gabon. Il regrette que les politiques de conservation actuelles conduisent souvent à l’éviction des populations locales de leur terre. « On pense le projet dans les bureaux. On l’impose aux populations. Ces projets n’ont pas d’avenir, parce qu'une fois que la population s’oppose, il y a deux alternatives : ou on exproprie, ou on ouvre un conflit permanent avec ces populations qui n’acceptent pas qu’on s’impose sur leurs terres », explique-t-il. Ces grands projets de conservation changent également la valeur des terres, créent des conflits d’usage. Alors que la notion même de foncier n’est pas appréciée partout de la même manière. « Les terres qui appartiennent aujourd’hui aux communautés locales ou aux peuples autochtones, c’est une histoire ancestrale, explique Franck Chardin Aubin Tchibinda, directeur de l’Observatoire congolais des droits de l’homme. Quand on vous déloge de votre espace, vous ne pouvez pas aller ailleurs tout simplement parce qu'ailleurs, c’est déjà aussi occupé par une famille. Toute la surface est déjà répartie entre les familles ». La conservation conduit également dans certaines régions à des conflits fonciers inattendus, notamment autour des parcs. « L’établissement de ces parcs fait que des animaux, notamment des éléphants, dévastent des plantations des populations riveraines. Et l’État qui est censé régler ces problèmes est défaillant. Et donc les populations se retrouvent abandonnées parce qu’il y a eu un éléphant qui est protégé, mais qui a saccagé la plantation », ajoute Franck Chardin Aubin Tchibinda. Par ailleurs, « les défaillances de la gouvernance foncière sont des facteurs centraux de dégradation des terres », souligne le Pôle de recherche sur le foncier rural dans les pays du Sud. Pour le militant Marc Ona, c’est la gouvernance en général qui doit être prise en compte. « Est-ce qu’on a fait le bilan de ces aires protégées ? Est-ce qu’on les crée pour les bien-être des populations ou bien on les crée pour aller capter de l’argent pour un développement qui est toujours attendu. Aujourd’hui l’enjeu ce n’est même pas la conservation, l’enjeu, c’est l’accaparement des terres. C’est le foncier qui est en jeu. Sous couvert de projets de conservation dans une stratégie de partenariat privé-public, on fait venir des grands groupes. Vous avez par exemple les grands pollueurs, les compagnies pétrolières, les compagnies minières qui font dans le green washing qui vont venir occuper des terres énormes en Afrique pour soi-disant faire le marché du carbone. Mais à qui profite ce marché du carbone ?  D’où le combat que nous menons. Un combat de gouvernance et de démocratie. » Ces projets environnementaux reposent souvent sur des protocoles standardisés, difficilement adaptables aux contextes. Leurs financements, souvent à court termes, sont difficilement compatibles avec le temps long de la terre, souligne encore le Pôle foncier. 
05 May 2022

Guinée: les apprentis des «school bus»

RFI
Ce sont les petites mains du transport longue distance en Guinée. Ils ont à peine la vingtaine : les apprentis chauffeurs traversent tout le pays à bord de leur school bus. Dans ces véhicules importés d’Amérique du Nord et modifiés pour résister aux routes guinéennes, ils passent tout leur temps. Jamais, au grand jamais, ils ne doivent quitter leur poste de travail. De notre correspondant à Conakry, Visage juvénile, fatigué, Aboubacar Camara se réveille à peine de sa sieste, après un long voyage qui a duré plus de vingt heures. « On est arrivé ce matin à 7 heures. On venait de Kérouané », explique-t-il. Kérouané, c’est une ville du sud-est de la Guinée, située à 800 kilomètres de la capitale. « Il y a deux chauffeurs et trois apprentis. L’apprenti, il doit surveiller les bagages des passagers qui sont dans le véhicule », poursuit Aboubacar Camara. Depuis 2 ans, il voyage partout, arpente le pays dans toutes les directions. Il ne fait pas ça pour l’argent – il est payé seulement 15-20 euros par voyage –, ce qu’il veut, c’est pouvoir un jour conduire un bus lui-même. L’un de ces school bus importés d’Amérique et qui sont, ce jour-là, alignés les uns à côté des autres sur le parking boueux de la gare routière de Conakry. ► À écouter aussi : Guinée: pas de retraite pour les bus scolaires américains Interdiction de quitter le véhicule « On préfère utiliser les bus américains parce qu’ils sont très résistants. On met deux personnes par banquette. » Il y a 44 places et un moteur rugissant. Barry Béavogui s’est installé au volant. Ce forestier de 22 ans connaît ces bus par cœur. « C’est très résistant comme bus. Il peut durer des années. Le moteur est protégé, le radiateur aussi. Ce n’est pas d’origine, c’est nous qui modifions le véhicule dans notre garage de Matoto », souligne Barry Béavogui. Dans ce quartier de Conakry, des mécaniciens ajoutent des barres d’acier, des plaques pour permettre au véhicule de résister aux routes déglinguées de la Guinée. Les apprentis ont l’interdiction de quitter le véhicule. « C’est ici qu’on passe la nuit, car je ne peux pas laisser le bus et rentrer à la maison. Il y a la batterie, des pièces que je ne peux pas laisser comme ça sans surveillance. » Encore quelques jours de calme et d’ennui pour les apprentis chauffeurs avant un nouveau départ. Tôt le matin, les jeunes hommes seront sur le pont, le véhicule s’ébranlera en direction de l’intérieur du pays.
04 May 2022

Guinée: pas de retraite pour les bus scolaires américains

RFI
Après avoir raccompagné chez eux, pendant des années, les élèves des États-Unis et du Canada, les cars jaunes traversent l’Atlantique pour commencer une nouvelle vie en Guinée. Réputés pour la puissance et la robustesse de leur moteur, ils sont prisés des transporteurs pour les longues distances.  De notre correspondant à Conakry, Vision irréelle. Garé le long de l’autoroute Fidel Castro, en plein cœur du chaos conakryka, un bus jaune. De ceux qui, normalement, transportent les écoliers des banlieues vertes nord-américaines. Mamoudou Condé cherche un acquéreur. « Je suis le vendeur de ce véhicule », dit-il. Il fait ça depuis les années 1990. Il prend une commission de 10, 20 euros par transaction. Les rentrées d’argent sont très irrégulières, confie-t-il. « On a des amis qui sont là-bas, des frères qui achètent les bus et les envoient ici. » De Baltimore à Conakry en passant par Dakar Ce marché de bus d’occasion existe grâce à la diaspora guinéenne en Amérique du Nord. La traversée par bateau coûte cher, plus cher que le véhicule parfois. Ce bus est arrivé il y a trois mois peut-être, Mamoudou n’est plus très sûr. Une étiquette collée sur la vitre côté conducteur indique le port de départ : Baltimore, aux États-Unis. Il a transité par Dakar avant d’arriver au port de Conakry. « Un bus comme ça, quand un client vient, je lui propose à 250 000 millions de francs guinéens. » 27 000 euros pour débuter la négociation. « Ce genre de modèle est très apprécié. Son moteur est reconnu pour sa qualité », assure Mamoudou Condé. À la recherche d’un véhicule résistant La résistance, c’est ce que recherche les transporteurs qui vont détourner le school bus de son usage initial. L’améliorer, le modifier. Renforcer sa structure par des armatures en acier, ajouter des vis pour fixer les sièges plus solidement. « Ceux qui cherchent ça particulièrement, ce sont les transporteurs qui vont en forêt (Guinée forestière, NDLR), ceux qui roulent sur toutes les routes du pays », explique Mamoudou Condé. Nous demandons à Mamoudou Condé de démarrer son bus. À l’intérieur, il fait plus de 40 degrés. L’air est lourd, chargé d’une odeur de plastique qui fait tourner la tête. Ça fait un mois qu’il n’a pas vu un client. La batterie risque d’être à plat, prévient Mamoudou Condé. Il insère la clé et tourne. Roulements de tambour… Un frisson parcourt le tableau de bord. Les aiguilles s’agitent, les voyants s’allument un peu partout. Le mastodonte ne s’est pas réveillé, ce sera pour la prochaine fois.
03 May 2022

Électrification du continent africain: le «deep learning» au service de la recherche

RFI
Utiliser l’intelligence artificielle, pour faire avancer la recherche. C’est ce qu’ont fait notamment Hugo Le Picard et Matthieu Toulemont. Ils ont utilisé la technique dite du « deep learning » afin de mener une étude sur l’usage des panneaux solaires en milieu urbain. Sur les 14 villes du continent, la capacité solaire décentralisée représente près de 10 % selon les conclusions de leurs travaux. Assis à une terrasse, Hugo Le Picard lance un entraînement sur son ordinateur portable. Des lignes défilent sur son écran. Pour mener à bien son projet, Hugo Le Picard, chercheur associé à l’IFRI, a travaillé avec Matthieu Toulemont, ingénieur en machine learning. « Il n’y a pas de jeu de données publiques en ligne comme on peut trouver pour beaucoup d’autres taches qui sont traitées par l’intelligence artificielle et donc il a fallu créer un data set », explique Matthieu Toulemont. « Pour pouvoir utiliser ces images satellites et prédire par pixel si le pixel appartient à un panneau solaire ou non pour à la fin pouvoir calculer l’aire que représente le panneau solaire sur la photo, il nous faut une image satellite qui soit suffisamment précise. » Pallier le manque de données du secteur L’équipe a collecté plus de 2 millions d’images satellites, les a annotées. Puis pour les traiter, l’ingénieur a écrit un algorithme : « Ces algorithmes ne deviennent pas intelligents tout seuls », prévient Matthieu Toulemont. « Pour les rendre intelligents, il faut les entraîner. Alors, nous, on s’est attaché aux algorithmes de classification qu’on dit supervisé et qui demande un jeu de données annotées pour pouvoir apprendre et extraire une logique et ensuite prédire si oui ou non l’image contient des panneaux solaires. » Le processus de travail des algorithmes prend de quelques heures à plusieurs jours selon l’étendue de la base de données. Cette méthode a permis à Hugo Le Picard de passer outre la difficulté du manque de données dans ce secteur. L’intelligence artificielle fait partie de ces moyens détournés qui permettent d’avoir accès à des données qui soient assez fiables et sur lesquelles on puisse travailler et ensuite mener des analyses économiques. Ce sont des données qu’aujourd’hui personne n’a, et que l’on apporte d’une certaine manière à la recherche et notamment à la recherche en économie pour mieux comprendre le développement des systèmes électriques en Afrique subsaharienne.Une nouvelle visibilité sur le marché solaire en pleine émergence Des données qui peuvent ensuite exploiter de différentes manières et croisées par exemple avec des cartes socio-économiques. « En croisant ces deux bases de données ensemble et ensuite en les joignant, on peut comprendre les déterminants socio-économiques du développement du marché solaire décentralisé dans certaines zones d’Afrique subsahariennes et dans certaines zones urbaines plutôt que dans d’autres », dit Hugo Le Picard. Ce travail révèle comment « les consommateurs s’autonomisent vis-à-vis du réseau » central souvent insuffisant. Les panneaux solaires qui étaient initialement utilisés dans les zones rurales sont désormais présents dans les zones urbaines. Cette étude apporte une visibilité sur un nouveau segment du marché solaire en pleine émergence. Des données qui peuvent servir tant aux politiques publiques, qu’aux acteurs du secteur électrique.
02 May 2022

Concession de terres agricoles au Rwanda: le Congo y trouve-t-il son compte?

RFI
Brazzaville et Kigali ont conclu récemment, à l’occasion d’une visite d’État du président Paul Kagamé, une série d’accords, dont un portant sur la concession de 12 000 hectares de terres cultivables pendant 25 ans. Si les maraîchers semblent soutenir cet accord sur l’exploitation des terres, les économistes et autres analystes se montrent sceptiques et le jugent plutôt défavorable au Congo. De l’autre côté du ministère de la Défense, au bord du fleuve Congo, se trouve l’une des plus anciennes ceintures maraîchères de Brazzaville. Léon Mayembo, la soixantaine révolue, est le président de la coopérative qui exploite cet espace. Assis au pied d’un manguier, il explique à une équipe de jeunes maraîchers le bien-fondé de l’accord par lequel Brazzaville va concéder des terres agricoles à Kigali. « C’est une bonne nouvelle. Il y a longtemps que nous sommes là, sans soutien de l’État congolais. Mais, aujourd’hui, il est allé signer les accords avec le Rwanda, c’est une bonne affaire. 12 000 hectares, c'est énorme. Nous y irons travailler sur ces terres avec les Rwandais pour remonter l’économie congolaise. Donc, nous sommes entièrement d’accord », se félicite-t-il. Herman, 21 ans, s’intéresse au travail de la terre. Pour la bonne application de l’accord sur la concession des terres cultivables, il a une suggestion : « L’union ou le partenariat avec le Rwanda est bon. Mais, il faudrait faire la part des choses. Si on doit ramener des Rwandais, il faudrait que leur nombre soit le même que celui des Congolais. En soit, l’accord n’est pas une mauvaise chose parce que l’union fait la force ». ► À lire aussi : En visite à Brazzaville, Paul Kagame signe une série d'accords avec Denis Sassou-Nguesso En revanche, l’analyste économique Alphonse Ndongo se montre sceptique. Il est convaincu que ce partenariat profitera plus au Rwanda qu’au Congo. « À la fin, c'est le Rwanda qui gagne dans le cadre de l’accord de libre-échange. Ce sont justement des économies compétitives qui vont profiter de cette libre circulation des personnes, des biens et des services. Que gagne le Congo à la fin ? Parce que, il y aura le made in Congo, mais les ressources financières vont atterrir dans une banque à Kigali. Que gagnerait donc le Congo lorsqu’il s’agit de promouvoir cette agriculture industrielle et commerciale ? Absolument rien du tout », relève-t-il. Alphonse Ndongo s’interroge sur les vraies raisons de s’ouvrir au Rwanda. « Le Rwanda est à mille lieues de chez nous. Il traverse toute la République démocratique du Congo pour venir prendre nos terres. Ça me parait quand même comme quelque chose qui est mal pensé ». Le Congo dispose de 10 à 12 millions d’hectares de terres arables dont moins de 5% sont exploités pour une agriculture vivrière.
01 May 2022

La Cosumaf souhaite encadrer plutôt que d’interdire les cryptomonnaies

RFI
C’est le premier pays africain à franchir le pas : depuis le 22 avril, la Centrafrique légalise l’usage de la cryptomonnaie. Cette décision a suscité des inquiétudes dans le pays. Son voisin le Cameroun travaille également à un encadrement. Le point sur la réglementation dans la zone Cémac et des évolutions en cours. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ne dispose pas aujourd’hui d’une législation commune sur les cryptomonnaies, mais elle y travaille, explique Didier Loukakou, le directeur des affaires juridiques et de la réglementation à la Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale (Cosumaf), le régulateur régional. « Il y a actuellement une démarche concertée pour aboutir à ce qui devrait être une supervision conjointe ou concertée au niveau de la zone. » Pour le régulateur, il n’y a pas d’objection à ce que les États se dotent d’une législation nationale en la matière. « Il y aura, au moment venu, des passerelles qui seront jetées entre ce dispositif national que vient de prendre la Centrafrique et le dispositif régional qui va - en principe -  aboutir et s’imposer à tous, cette année. » Pour Didier Loukakou, il faut entendre cet engouement dans la région… « Il ne faut pas non plus se montrer pudibond. Il y a une innovation qui est représentée par ces crypto-actifs. Même s’il y a des risques, il y a aussi une part d’opportunités qui sont offertes. Je pense que tout ce qui constitue une consécration des crypto-actifs va plutôt dans le bon sens. On n’est pas dans une démarche de prohibition, non, on est plutôt dans une démarche d’encadrement. » Craintes et méfiance  En Centrafrique, suite à l’adoption de la loi, des voix de l’opposition ont partagé leurs craintes sur les risques de blanchiment d’argent et de fraude fiscale notamment. Le régulateur ne minimise pas ces problématiques, d’où la nécessité d’encadrer et d’informer le public. « La configuration de ce système peut organiser un anonymat des transactions et des données qui sont contenues dans ce système et qui fait craindre finalement l’utilisation de ce système à des fins criminelles. On sait que dans la zone, dans nos pays, il y a le phénomène de terrorisme et notamment avec le déploiement de Boko Haram et d’autres groupes criminels où il a été démontré qu’ils ont recours à des crypto-actifs pour se financer, précise Didier Loukakou. Il faudrait éviter que ce nouveau système n’héberge des transactions à des fins criminelles. C’est ça la principale source de risque qu’il faut endiguer. » La Cosumaf alerte déjà sur certaines campagnes frauduleuses. Sur le terrain, un texte régional permettra de coordonner l’action, assure Didier Loukakou. « Ça se fait notamment dans la lutte contre le blanchiment d’argent. Chaque superviseur dans sa sphère de compétence intervient, mais sur le territoire d’un État membre de la Cemac on a recours bien sûr aux brigades de la police pour mener des investigations. Donc là, la démarche ne va pas changer. » La semaine dernière, le FMI a alerté sur l’usage des cryptomonnaies. Le Fonds appelle à ne pas y voir « une panacée » contre les défis économiques rencontrés par les États d’Afrique.