Anne Hidalgo et le PS, crise des soutiens, crise des idées
18 September 2021

Anne Hidalgo et le PS, crise des soutiens, crise des idées

RFI

Une semaine après la déclaration de candidature à l’élection présidentielle d’Anne Hidalgo, le Parti Socialiste organise son congrès à Villeurbanne ce week-end. L’occasion de travailler sur le projet présidentiel de la candidate qui elle-même phosphore de son côté. Mais qui dit projet, dit intellectuels, experts et membres de la société civile pour l’alimenter. Le problème c’est que les socialistes ont vu leur réseau de cerveaux s’amenuiser ces dernières années. Les intellectuels ont déserté le PS Exemple à Rouen dimanche dernier Anne Hidalgo a évoqué les écrivains Victor Hugo et Corneille, le peintre Claude Monet et même Jeanne d'Arc mais pas un mot d’une inspiration intellectuelle ou artistique un peu plus récente. Et « ce n’est pas très étonnant », selon Thibaut Rioufreyt, spécialiste de l’histoire des idées socialistes, car « les intellectuels ont déserté le PS ». S’engager en politique est moins évident et naturel que par le passé et cela peut coûter cher dans une carrière. Fini donc le compagnonnage, finis aussi les cercles de réflexion qui pendant des décennies ont alimenté la pensée socialiste. Une forme de désamour qui a des explications politiques : départ de Jean Luc Mélenchon et des penseurs hostiles à l’Europe libérale en 2008, rupture en 2017 avec Benoît Hamon et le courant de lutte contre les inégalités alimenté par l’économiste Thomas Piketty, sans compter celles et ceux attirés par les sirènes d'Emmanuel Macron. Mais selon Thibaut Rioufreyt, c’est aussi « l’aboutissement d’une logique technocratique, le recours aux experts, ne penser qu'aux élections plutôt qu'aux idées ». Un logique qui a connu son paroxysme avec le quinquennat de François Hollande, « or un parti sans idées a du mal à attirer les intellectuels. » Anne Hidalgo tente de corriger le tir La maire de Paris veut avant tout éviter d’offrir une image trop élitiste : son équipe de campagne est largement constituée par des maires et des élus locaux avec une obsession : trouver des solutions à hauteur d’homme et de femme. Les soutiens que va peu à peu dévoiler la candidate seront donc des personnalités issues de la société civile, responsables associatifs, chefs d’entreprise, mais aussi quelques intellectuels rencontrés grâce à ses mandats à la tête de Paris. Anne Hidalgo veut ainsi s’éloigner l’image technocratique du PS et garde ses distances avec le parti tout en développant des idées de campagne qu'elle espère séduisantes : république forte, justice sociale et transition écologique. Le problème, selon Thibaut Rioufreyt c’est que cette candidature arrive tard et avec seulement 6 mois de préparation. Résultat, « elle va revenir à de meilleurs sentiments envers le parti » juge un dirigeant du PS, « parce qu’une présidentielle ça ne se construit pas comme une élection municipale ». Éparpillement des candidatures, éparpillement des idées Au moins 7 candidats sont sur la ligne de départ pour la présidentielle du côté de la gauche. Or plus vous avez de candidats, plus les soutiens s’éparpillent. Un parti dominant peut accueillir plusieurs courants de pensée qui en cohabitant parviennent à des solutions consensuelles. Dans la configuration de 2022, chaque chapelle de pensée a son candidat et cela limite le potentiel électoral. Pas facile donc de rassembler mais « si un candidat s’échappe dans les intentions de vote à gauche, il raflera tous les soutiens » estime un membre de l’équipe de campagne d’Anne Hidalgo, qui juge que la candidate « doit rapidement passer la barre des 10% » sous peine de voir ceux qui sont encore tapis dans l’ombre s’envoler pour des horizons plus prometteurs.