Chronique des matières premières

Chronique des matières premières

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Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.

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26 May 2022

Malaise des producteurs de lait en France

RFI
Les producteurs de lait en France tirent la sonnette d’alarme. Confrontés à une hausse du coût de production en raison notamment de la guerre en Ukraine, ils demandent une revalorisation du prix du lait.  Alimentation animale, engrais, emballages, énergies : les prix de ces matières premières flambent, ce qui fait fortement augmenter le coût de production chez les éleveurs laitiers. Malgré une légère augmentation des prix du lait, celle-ci est loin de pouvoir compenser la forte hausse des charges. Les éleveurs demandent donc une revalorisation immédiate du prix du lait vendu à l’industrie laitière pour pouvoir continuer leur métier. « La situation est critique », s’inquiète Sophie Lenaerts, éleveuse laitière et responsable de la section laitière de la coordination rurale. Elle estime « que le litre de lait conventionnel doit être payé aux producteurs au minimum 50 centimes d’euros pour pouvoir couvrir le coût de production, ce qui n’est pas le cas aujourd'hui ». Charges élevées, rémunération très faible et pénibilité d’un métier où l'on travaille sept jours sur sept sont trois facteurs qui poussent les agriculteurs à mettre la clé sous la porte et qui incitent les jeunes à ne pas reprendre les exploitations familiales. Pénurie de lait en perspective ? L’élevage laitier a en effet perdu un quart de ses exploitations en dix ans et la situation va empirer d’ici 2030. À cela s’ajoute la tentation des éleveurs de délaisser la production de lait pour d’autres cultures plus rentables comme les céréales dont les prix s’envolent en ce moment. Les transformateurs de lait sont eux aussi confrontés au même problème. Face à la hausse drastique des coûts des matières premières, ils demandent au secteur de la distribution une augmentation des prix de vente dans les rayons de l’ordre de 20%. La problématique touche également d’autres grands producteurs de lait en Europe, comme l'Allemagne, les Pays-Bas, ou encore l’Italie, alerte l’EMB, l’Association des producteurs de lait en Europe. Elle s’inquiète notamment d'un risque de baisse de la production au niveau européen. Surtout que dans un contexte de crise provoquée par la guerre en Ukraine, le lait est important pour la sécurité alimentaire en Europe.
25 May 2022

Algérie: l’alternative au gaz russe?

RFI
Le président algérien Tebboune est à Rome, en Italie, pour parler des questions gazières. L’Algérie n’a jamais été aussi courtisée en ces temps de sanctions contre la Russie. Le gaz algérien comme substitut au gaz russe sur les marchés ? Totalement, personne ne l’envisage, mais partiellement, certains pays font tout pour que cela devienne une réalité. C’est le cas de l’Italie qui importait jusque-là 45% de son gaz de Russie et qui est le premier acheteur européen de gaz algérien via le gazoduc Transmed. Le pays a multiplié les rencontres avec les autorités algériennes et a réussi en avril à conclure un accord pour des livraisons accrues de gaz. Mais au-delà de leur volonté d’aider ou non l’Europe, les Algériens ont-ils les capacités d’accroître rapidement leur production pour répondre à toutes les demandes à venir ? À court terme, la demande sera difficile à satisfaire D’ici quelques années, l’Algérie pourrait mettre à disposition quelques dizaines de milliards de m3 supplémentaires sur le marché, selon les déclarations d’Ali Hached, l’ancien vice-président de la Sonatrach, géant algérien du gaz et du pétrole, en février dernier. « Mais dans l’immédiat, les marges de négociations sont réduites au vu des faibles quantités additionnelles disponibles rapidement », confirme un expert algérien. Notre interlocuteur pointe un choix stratégique que le pays doit faire : une fraction du gaz algérien sert à maintenir la pression des gisements de pétrole. Puiser dans ces quantités disponibles, c’est courir le risque de réduire les capacités de production du pays en or noir demain. Sachant qu’aucun appel d’offre n’a par ailleurs été lancé ces dernières années et qu’entre une découverte et une mise en production, il faut compter en moyenne cinq ans, l’Algérie aura effectivement du mal à augmenter de manière significative ses capacités de production à très court terme. L’Algérie possède moins de 2% des réserves mondiales de gaz conventionnel L’autre question est celle des réserves de gaz qui permettraient au pays d’assurer une durabilité d’approvisionnement. Le chiffre est a priori technique, mais en réalité très politique. Les données officielles sont rares sur le sujet. Selon l’édition 2021 du BP Statistical Review, rapport de référence dans le domaine de l’énergie, l’Algérie possédait, en 2020, 1,2% des réserves mondiales connues de gaz naturel – soit 2 300 milliards de m3. La tendance est à une baisse graduelle de ces réserves. Il n’y a en effet pas eu de découverte majeure depuis des années, et en revanche la consommation interne ne fait qu’augmenter. L’Algérie possède cependant un autre atout : elle abrite les troisièmes réserves mondiales de gaz de schiste. Mais celles-ci ne sont pour l’heure pas du tout exploitées et demanderaient de gros moyens techniques et financiers pour l’être. Après une tentative d’exploration avortée dans le sud du pays, le président Tebboune a promis un débat national sur le sujet.
24 May 2022

Le melon charentais de Méditerranée en crise

RFI
La tendance est générale chez les rois du melon charentais de Méditerranée, celui qui est rond à la peau brodée et à la chair orange : partout les surfaces de culture diminuent. Le problème n'est pas une histoire de goût, mais de prix, devenu trop bas. Au Maroc, la baisse est légère, mais marquée dans la région de Marrakech qui a subi un enchaînement de sécheresse précoce et de pluie. En France, la diminution des surfaces est plus conséquente, puisque c'est 10 % de terres qui ont disparu. Un constat qui confirme une tendance qui remonte à plusieurs années : l'Hexagone a perdu en 10 ans un tiers de ses champs de melon. En Espagne, le constat est encore plus alarmant : le pays connaît une baisse historique de ses plantations de charentais. Un melon plus cher à produire en 2022 Les raisons de ce désamour pour le melon sont multiples : cette année, le climat défavorable n'a pas permis une bonne mise en culture. La mauvaise année 2021 qui a pesé sur les rendements n'a pas convaincu les agriculteurs d'étendre leur surface. Il y a eu des problèmes logistiques, qui ont affecté le transport entre le Maroc et l’Espagne, or ce type de melon est très fragile et se conserve mal. Il y a évidemment aussi le coût des intrants qui avait déjà augmenté de 30 % avant la guerre en Ukraine : le melon va coûter plus cher à produire en 2022 qu’en 2021, confirme l'Association interprofessionnelle melon (AIM). Les producteurs sont plus que jamais pris en étau entre leurs coûts de production et un prix de vente trop bas dans la grande distribution. Plusieurs opérateurs se sont détournés du melon Le melon charentais, connu pour sa chair orangée, ne rapporte plus assez et c'est peut-être la raison principale de la baisse des surfaces. Plusieurs grands opérateurs – qui commercialisent et font transiter le melon – ont délaissé le marché ces dernières années. Le dernier en date, le groupe Soldive, vient d'arrêter sa production au Maroc et au Sénégal – une des productions les plus précoces de l’année – et s'est recentré en France sur une seule région. Dans ce contexte de guerre des prix, l'avenir s'annonce très incertain. Difficile de savoir quelle va être la stratégie des agriculteurs demain face à la tentation de cultiver des céréales dont les cours ne font que grimper et dont les prix ont aussi l'avantage d'être fixés à l'avance, contrairement à ceux du melon.
23 May 2022

Cobalt: la demande pour les véhicules électriques explose

RFI
La demande en cobalt connaît une hausse sans précédent : +22 % en un an. Une demande tirée par les besoins croissants des constructeurs de voitures électriques. Le sort du cobalt est désormais hautement lié à celui de l'industrie automobile. Les ventes de voitures électriques ont explosé dans le monde l'année dernière – 6,6 millions, soit 10 % des ventes de voitures neuves, selon le dernier rapport annuel de l'Agence internationale de l'énergie sur l'électrification du parc automobile – et pour la première fois, plus de cobalt a été intégré dans les véhicules propres que dans les batteries des ordinateurs, tablettes et téléphones portables. D'ici à 5 ans, les besoins du secteur automobile devraient doubler, selon les estimations de l'Institut du cobalt. Les constructeurs américains, européens et chinois ont en effet de plus en plus recours à des technologies de batteries basées sur le cobalt. Des prix en hausse depuis un an Face à la demande qui explose, les prix du cobalt ont doublé en un an et se maintiennent à plus de 74 000 dollars la tonne. Ils ont contribué à une augmentation de la production artisanale en République démocratique du Congo, pays qui domine largement le marché avec 74 % de la production en 2021. Les tensions logistiques ont cependant fait fluctuer les cours ces dernières semaines : il y a d'abord eu les difficultés à Durban, principal port de sortie du cobalt congolais. Les inondations dans cette région d'Afrique du Sud ont conduit le négociant Glencore à retarder des livraisons, pour cas de force majeure. Au bout de la chaîne, c'est la fermeture de Shanghai qui a affecté la demande. Plusieurs fabricants automobiles chinois ont suspendu ou réduit leurs activités. En amont, le raffinage de cobalt a aussi ralenti. Des perturbations qui ont très vite des répercussions sur les prix : la moitié des véhicules électriques produits dans le monde l'ont été en Chine. Le pays est aussi le premier à raffiner l'or bleu. À l’horizon 2024/2026, l’offre ne sera plus suffisante Au rythme actuel de la demande, à partir de 2024, le marché pourrait être déficitaire, selon l'Institut du cobalt qui prévoit dès l'horizon 2026 une demande 12 % par an contre une production en hausse de 8 %. De quoi inquiéter les constructeurs automobiles. Elon Musk, le patron de Tesla qui ambitionne de produire 20 millions de véhicules électriques d'ici à la fin de la décennie, n'a d'ailleurs pas exclu ces derniers jours d'acheter une mine si cela devait être, selon ses mots « le seul moyen d'assurer ses approvisionnements ».
22 May 2022

Le thé, une boisson bas carbone demain ?

RFI
Boire un thé neutre en carbone ? Ce sera peut-être le cas un jour. La décarbonisation touche tous les secteurs, pour un monde de demain moins polluant. Quel pourrait être l’impact pour le marché du thé ? Produire du thé à faible émission de carbone, c’est réfléchir à un processus qui va de la culture au transport du thé, en passant par le séchage. Il faut en effet beaucoup d’énergie pour flétrir les feuilles de thé, pour les faire voyager au bout du monde, ou encore pour chauffer l’eau nécessaire à la boisson.  Depuis 2017, dans le cadre d’un projet pilote lancé par de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Académie chinoise des sciences agricoles, plusieurs pistes sont à l’étude comme une réduction des engrais ou une meilleure utilisation des énergies renouvelables. La Chine est le premier consommateur au monde, mais aussi le premier producteur avec 47 % du volume mondial, et donc particulièrement concerné. Le Kenya, premier pays exportateur qui assure un quart du commerce mondial, l’est tout autant. L’objectif en bout de chaîne serait d’arriver à une certification qui garantisse un thé sobre en carbone. Décarboner le thé pour des prix meilleurs En travaillant sur la chaîne des émissions carbone, les experts cherchent aussi à sélectionner des variétés de thé plus résistantes au manque d’eau. Le thé est en effet une plante particulièrement affectée par les changements climatiques. La multiplication des épisodes de sécheresse et d’inondation affecte les rendements. Le constat a été fait au Kenya. ► À lire aussi : Le thé kényan à l’épreuve des changements climatiques Selon une enquête du Programme alimentaire mondial, les aléas climatiques touchent déjà la qualité du thé et donc ses prix. Des prix qui sont au cœur des préoccupations des petits producteurs. D’où l’intérêt pour la FAO d’œuvrer pour des plantations plus résistantes et pour un label bas-carbone qui devrait contribuer à des prix plus fermes.   Consommation en hausse dans les pays émergents L’enjeu est important, car si le marché européen du thé est arrivé à saturation, la consommation dans les pays émergents est en pleine augmentation, selon la FAO, notamment en Chine et en Inde. La production mondiale est aussi en constante hausse, notamment celle de thé vert qui devrait presque doubler d'ici à 2030 en Chine.
19 May 2022

Un blé anti-sécheresse pour répondre à l'urgence céréalière et climatique

RFI
À l'heure où les blés ukrainiens et indiens manquent sur le marché, le blé OGM anti-sécheresse mis au point par l'Argentine intéresse de nouveaux pays. Le blé HB4 n'en est qu'à ses balbutiements mais sa renommée dépasse déjà les frontières de l'Argentine, où il est né. Fruit de recherches menée par Trigall Genetics issue de la collaboration de deux groupes français et argentin – Bioceres et Florimond Desprez –, ce premier blé OGM de l'histoire doit son intérêt à un gène tiré du tournesol et censé lui permettre de mieux résister à la sècheresse. Dans les régions arides où le blé ordinaire ne supporte pas la chaleur, ce cousin transgénique pourrait – c'est l'objectif – sauver des cultures. Le Brésil a dit oui à la farine issue du blé HB4 L'Argentine a déjà fait des tests grandeur nature. Le rendement n'est pas encore spectaculaire, mais assez prometteur pour que le pays envisage de planter la céréale à plus grande échelle. D'autant que le Brésil a donné son feu vert fin 2021 à une utilisation commerciale, via l'importation de farine issue de ce blé, le Brésil n'étant pas encore prêt à cultiver lui-même l'OGM, explique Olivier Antoine, spécialiste des systèmes agricoles sud-américains. Début mai, l'Australie, qui vit des sècheresses à répétition, et la Nouvelle-Zélande ont rejoint à leur tour les deux géants d'Amérique latine en homologuant le blé modifié. Dans le contexte de changement climatique actuel et de course vers plus d'autonomie alimentaire, les pays du Maghreb et du Moyen-Orient sont des clients potentiels pour ce blé nouvelle génération. Notamment le Maroc qui a particulièrement souffert de la sècheresse cette année. Un blé qui doit faire encore ses preuves La Chine n'a pas encore ouvert de brèche en direction du blé HB4. Mais elle a fait un premier pas en disant oui au soja HB4 élaboré lui aussi pour résister aux températures élevées. Il est encore trop tôt pour dire si ce blé sera une réussite et comment il sera accueilli par les marchés, selon un analyste d’Intercourtage. Mais si l'objectif est atteint, l'OGM pourrait permettre d'augmenter la production mondiale et de faire baisser les cours. « La meilleure qualité du blé a toujours été son prix », rappelle un expert. Une qualité perdue depuis plusieurs mois.
18 May 2022

Cacao: la question des prix à nouveau sur la table

RFI
Le Ghana et la Côte d’ivoire annoncent une opération transparence sur le prix du cacao, pour provoquer un sursaut du côté des multinationales. L’ambition n’a pas suffi. C’est le constat des représentants des filières cacao ivoiriennes et ghanéennes. La volonté initiale était de payer mieux les producteurs et de compenser la fluctuation permanente des prix sur le marché, par une participation des multinationales qui broient et vendent les fèves aux chocolatiers. Cela s’est concrétisé par l’instauration de ce qu’on appelle Différentiel de revenu décent, (DRD), plus connu sur le nom de LID, en anglais : une prime de 400 euros la tonne versée par les broyeurs de cacao et censée s’ajouter au prix mondial du marché. Mais trois ans après la mise en place de ce mécanisme, le bilan n’est pas bon. « Ce qui a été donné d’une main a été repris de l’autre », résume un acteur de la filière. Depuis que les multinationales ont accepté de payer les 400 dollars, la prime pays, qui est une autre composante du prix, s’est, elle, effondrée. Les fèves de cette origine ont perdu entre 500 et 600 dollars depuis le lancement du DRD, comme si les cacaos ivoiriens et ghanéens avaient vu leur réputation se ternir. Le double discours des industriels Résultat, les 400 dollars censés soutenir les cacaoculteurs ont été en quelque sorte « neutralisés ». « On ne peut pas prétendre vouloir soutenir le revenu du planteur et contribuer à une telle baisse de la prime pays », pointe Alex Assanvo, secrétaire exécutif de l’Initiative Cacao Ghana Côte d'Ivoire. En réaction, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont décidé de publier chaque mois le montant de la prime pays affectée aux cacaos ivoiriens et ghanéens, qui représentent 60 % de la production mondiale. Une façon de rappeler à chacun la réalité des prix, d’écorner aussi, sans le dire, la communication des industriels qui n’ont de cesse de mettre en avant leurs actions en faveur d’une filière plus durable. Les autorités posent les jalons des futures négociations C’est également un moyen pour les pays producteurs de se mettre en ordre de bataille à une période clé : c’est entre juillet et septembre que se négocient les contrats entre producteurs et industriels justement, pour la prochaine campagne cacao qui débute en octobre. Des producteurs qui espèrent que les prix en légère hausse se raffermiront encore. Même si, comme le rappelle Michel Arrion, le directeur exécutif de l’ICCO, l’organisation internationale du cacao, « les prix ont peu de chance d’augmenter tant que la filière cacao sera structurellement excédentaire. »
17 May 2022

Baisse du prix des métaux industriels: l’ombre de la Chine

RFI
Cuivre, zinc, aluminium... Le prix de plusieurs métaux industriels se détend depuis deux mois. L’effritement de la demande chinoise n’y est pas pour rien. Le cuivre et l’aluminium ont perdu la totalité de leurs gains engrangés depuis le début de l’année. Même tendance du côté du nickel ou encore du zinc qui a chuté de 1 000 dollars en un mois. L’aluminium et l’étain ont perdu quant à eux plus de 1 000 dollars en deux mois. Les niveaux de prix restent historiquement élevés, au-dessus des dix dernières années, mais le « pic d’angoisse » selon la formulation d’un expert début mars après le début de l’offensive russe en Ukraine est derrière. « On assiste à une sorte de respiration », explique notre interlocuteur, « sur fond d’inquiétudes liées à la croissance chinoise ». Par anticipation d’une baisse de la demande, les prix se replient « La croissance chinoise est toujours le premier facteur qui explique les tendances fondamentales du marché, et les anticipations qui s’y expriment » explique Yves Jegourel, professeur du conservatoire national des arts et métiers, titulaire de la chaire « économie des matières premières ». Quand la Chine achète des céréales à tout va, ou quand elle réduit sa consommation de métaux, c’est elle qui guide le marché. Et c’est encore le constat aujourd’hui. En raison d’un rebond de contamination et de mesures sanitaires drastiques, l’activité industrielle chinoise marque le pas. Le marché anticipe une moindre demande en métaux. Et les prix se replient. Mais il n’y a pas d’inversion de tendance pour autant, estime l’économiste qui parle plutôt de « correction » des prix. Les plus gros fournisseurs de la Chine sont aussi les plus vulnérables Cette crainte d’une baisse de la demande concerne en particulier les pays qui exportent majoritairement vers l’Empire du Milieu et qui sont donc très sensibles au ralentissement chinois. C’est le cas notamment de la République démocratique du Congo, dont le cuivre et le cobalt partent essentiellement en Chine, ou de la Guinée qui est le premier fournisseur de la Chine en bauxite, un minerai transformé en alumine puis en aluminium. Pour l'heure, les données douanières de mars ne reflètent pas de baisse des exportations d’or rouge guinéen vers la Chine : le pays a exporté plus en mars 2022 qu’en mars 2021. Mais le pays comme d’autres partenaires de la Chine n’est pas à l’abri d’un contrecoup. « On est certain que la Chine va ralentir, mais on ne sait pas précisément comment cet impact va être reçu au vu de la nervosité des marchés », explique Jean-François Di Meglio, directeur de l’Asia Center. « Une réouverture d’un port chinois, ou l’annonce de mesures en faveur de la croissance chinoise peuvent suffire à faire réagir les marchés. »
16 May 2022

Exportations de blé: le faux bond de l'Inde fait grimper les prix

RFI
Après avoir promis d'exporter plus de blé cette année pour soulager le marché international, l'Inde s'est rétractée ce week-end. Une décision qui a fait bondir les prix. L’Inde est un acteur marginal du commerce de blé, car l’essentiel de sa production – le pays est deuxième producteur mondial – est consommé en interne. Mais les deux dernières bonnes récoltes de 2020 et 2021 ont donné des ailes à New Delhi qui a augmenté ses exportations de manière significative, la moitié étant cependant l’année dernière destinée à un acheteur, le Bangladesh. Pour cette année, avec une récolte initialement prévue de plus de 110 millions de tonnes de blé, le pays a d’abord pensé mettre 7 millions de tonnes sur le marché international, puis 10, pour compenser le manque de blé ukrainien. Mais la sécheresse a eu raison des largesses indiennes. L’Inde a revu ses estimations de production à la baisse – 105 millions – alors que les prix se sont mis à flamber sur le marché local - 20 à 40 % de plus pour le blé et la farine. En conséquence, le pays a fait volte-face et a suspendu ses exportations, une annonce très critiquée par les ministres de l’Agriculture du G7. Et même si cette décision est temporaire et susceptible d’être réexaminée, le marché est si tendu qu’il a immédiatement réagi. Face aux incertitudes, le blé atteint de nouveaux records Le blé a ouvert hier à 435 euros à la Bourse aux matières premières d’Euronext, « un plus haut toutes échéances confondues », selon un expert du cabinet Agritel. En trois mois, le blé a pris 40 %. La décision de l’Inde intervient dans un contexte défavorable : le sud des États-Unis, en particulier les zones de production de blé d’hiver, et l’ouest de l'Europe manquent d’eau. En France, premier exportateur de blé de l’Union européenne, les nappes phréatiques ont été sous-alimentées et une baisse de rendement est déjà envisagée. Du côté du Maghreb, le Maroc s’attend à une des récoltes les plus basses de son histoire en raison là aussi de la sécheresse qui frappe le bassin méditerranéen. La production mondiale pourrait chuter pour la première fois en 4 ans, les stocks mondiaux eux devraient tomber à leur plus bas depuis six ans sur la période 2022/2023, selon le dernier rapport du ministère américain de l’Agriculture. Les exportations russes de blé à surveiller La décision indienne ajoute une couche de complexité sur les marchés céréaliers, résume Sebastien Abis expert en géopolitique agricole et alimentaire. Elle met un peu plus de pression sur les exportations de céréales russes. La production s’annonce plutôt bonne, mais difficile de dire quel volume de blé Moscou réussira à exporter, dans le contexte actuel. En l’absence d’éléments rassurants, l’approvisionnement en blé et son coût vont rester la question de ces prochains mois pour tous les pays qui ont des appels d’offres en cours ou à venir.
15 May 2022

Sarrasin: le manque de visibilité fait monter les prix

RFI
La Russie exporte à elle seule un tiers du sarrasin consommé au monde. Les professionnels et les industriels de la filière du blé noir s'inquiètent de ne pas réussir à s'approvisionner ou alors à des prix exorbitants. Crainte partagée notamment par les crêpiers bretons. La Russie est le premier producteur mondial, mais aussi un acteur majeur du commerce international du blé noir, une plante qui n’est pas une céréale, contrairement à ce que laisse penser son nom, mais dont on peut faire de la farine, et que l’on retrouve aussi bien dans les nouilles soba en Asie, que dans les porridges et les soupes des pays de l’Est ou encore dans les galettes bretonnes en France. En 2021, les exportations de sarrasin russe vers l’Europe ont augmenté de 24 % par rapport à 2020. Mais depuis deux mois, le commerce du sarrasin est entré dans une zone de turbulence. Moscou n’a pas annoncé officiellement de restriction à l’exportation, mais on sait que le sarrasin est la denrée que provisionnent les Russes en période de crise. Les exportations russes dépendront donc cette année plus que jamais du volume de la production. Mais les projections s’annoncent difficiles, les autorités russes ayant décidé de moins communiquer sur leurs exportations agricoles. Le prix du sarrasin français a doublé en deux ans En quantité, le sarrasin est un tout petit marché mondial, un peu plus de 1,8 million tonnes en 2020, selon les chiffres de la FAO, alors le manque de visibilité à ce jour sur la stratégie du premier exportateur – qui s’ajoute à une dernière campagne mauvaise en Europe de l’Est à cause des intempéries –, contribue à faire monter un peu plus les prix. D’autant qu’en raison des coûts du fret maritime, le sarrasin chinois est devenu aussi cher que le blé noir français qui a lui augmenté de 100 % en moins de deux ans, explique Johann Bazin, gérant de la Crêperie de Guerlédan, qui traite 500 tonnes de sarrasin par an. Un professionnel français doit ainsi aujourd’hui débourser entre 1 600 et 1 800 euros la tonne s’il souhaite acheter du sarrasin, en dehors des contrats annuels souscrits. Crainte de voir les agriculteurs se détourner du blé noir Face au déséquilibre entre l’offre et la demande qui risque de s’accentuer, la filière française se mobilise et appelle les agriculteurs à augmenter leur surface de culture. La crainte, c'est qu’ils cèdent à la tentation de produire plus de blé ou de colza, dont les cours atteignent des sommets. Les prix du sarrasin sont traditionnellement beaucoup plus élevés à la tonne, mais le rendement est beaucoup plus faible et la culture plus aléatoire. En revanche, le blé noir pousse sans engrais, un argument qui pourrait jouer au vu des prix actuels des intrants.