Après le feu (1/2): la nature renaît de ses cendres
19 September 2021

Après le feu (1/2): la nature renaît de ses cendres

RFI

« C'est dans ta nature » consacre deux épisodes aux conséquences du plus grand incendie qui a frappé la France cet été 2021, sur la Côte d'Azur. Une catastrophe écologique pour la plaine des Maures, l'une des plus riches réserves de biodiversité du pays. Mais la nature est résiliente.  « Le massif ressemblait à un volcan, tellement les flammes étaient hautes et bondissantes. » Concha Agero, la directrice adjointe de l’Office français de la biodiversité (OFB) en Provence-Alpes-Côte d'Azur, est encore émue quand elle raconte le terrible incendie qui a brûlé plus de 7 000 hectares cet été, au cœur de la Réserve naturelle nationale de la plaine des Maures (et au-delà), l'une des plus riches de France, dans le Var. Près de 90 espèces de plantes patrimoniales et plus de 180 espèces d'animaux protégées, dont la tortue d'Hermann, l'unique tortue terrestre vivant en France métropolitaine, une espèce déjà menacée avant l'incendie. « Quand on connait ce milieu, cette richesse, la beauté de ces paysages, et quand on sait que ces paysages sont perdus, c’est encore plus dur. Le premier jour, se souvient Concha Agero, il n’y avait aucun son, aucun bruit, aucun signe d'êtres vivants. C’était d’ailleurs assez effroyable. Même pas le chant d’une cigale. » un petit coup de chaud  Une nature morte ? Pas tout à fait, malgré ce nouveau paysage de cendres, d'arbres calcinés, de feuilles roussies. La plaine a parfois des allures lunaires. Mais ici la nature a appris à vivre avec le feu. « Certaines plantes ont besoin de la chaleur, explique la directrice adjointe régionale de l'OFB. Leurs graines ne peuvent éclore que si elles subissent un petit coup de chaud, comme on dit. Soit avec des températures extrêmes, une canicule, par exemple. Soit avec le passage du feu. Et c’est le cas notamment de certains cystes, des arbustes qui repoussent très très bien après le passage du feu. » De l'eau, et ça repart  En quelques années seulement, plus aucune trace de l’incendie ne sera visible,  mais il faudra des décennies pour retrouver ces paysages exceptionnels que dessinent les chênes-lièges et les pins parasol. « Les espèces pionnières, celles qui vont repousser les premières, sont bien souvent et malheureusement les espèces exotiques invasives, poursuit Concha Agero Il faudra être vigilant pour surveiller ce qui va ressortir en premier et éviter qu’elles ne colonisent trop les milieux qui étaient plutôt dédiés à des espèces endémiques et locales. Ça va très vite. Dès qu’il y a de l’eau, la nature repart. » Il a plu il y a quelques jours, et deux semaines après la fin de l'incendie déjà apparaissent déjà des brins d'herbe verte sur une terre noire. Déjà une plante a refleuri. On aperçoit des fourmis faire leurs provisions, des traces de sangliers, une mésange bleue, une libellule… Pronostic vital au printemps  Pendant ces journées et ses nuits infernales du mois d'août, les flammes progressaient si vite, avec des sautes de feu de plusieurs centaines de mètres, que des poches de végétation ont été épargnées, ici et là, des refuges pour la faune, des réserves de graines aussi. Tout n'est donc pas mort, et la nature est résiliente. On s'arrête devant un bosquet de chênes-lièges. Ce liège qui entoure le tronc des arbres, une enveloppe protectrice bienvenue face aux incendies si le feu ne reste pas trop longtemps. « En théorie ils repartent, précise Concha Agero. Celui-là, il a quelques branches qui sont encore vertes. On verra au printemps ce qui repart ou pas. Pour le moment, difficile de s’engager sur un pronostic vital. On a tendance à dire qu'il faut couper tous les arbres morts. Sauf que parfois les arbres  ne sont pas véritablement morts. Mais s'ils sont morts, il faut voir s’il y une utilité écologique à la garder sur pied. » Parce qu'un arbre mort peut abriter de la vie, colonisé par des insectes. Un cadeau tombé du ciel On entend soudain des cigales : non, tout n'est pas noir, et oui, la vie reprend ses droits, même s'il faudra attendre le printemps pour tirer un premier bilan global. Enfin, un cadeau tombe du ciel. Il s'est mis à pleuvoir. Concha Agero sourit. « On espère que la pluie sera tendre avec la nature.»