C'est dans ta nature

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C'est dans ta nature, le rendez-vous hebdomadaire de RFI avec la biodiversité. Reportages et infos sur les végétaux et les animaux, leurs comportements, leurs secrets, leurs rôles dans les écosystèmes et dans la mondialisation. Tout ce dont on parle ici, C'est dans ta nature !

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21 May 2022

Très chères espèces exotiques envahissantes

RFI
Les espèces exotiques envahissantes sont des plantes et des animaux devenus nuisibles pour les écosystèmes où ils se sont établis. Nuisibles à la biodiversité, la santé et l’économie. Leur coût a été chiffré : 1 300 milliards de dollars en 50 ans. Ce sont le plus souvent des passagers clandestins. Le frelon asiatique est arrivé en France dans une cargaison de poteries chinoises, avant de coloniser la quasi-totalité du pays en quelques années, pour le plus grand malheur des abeilles que cette espèce exotique envahissante (EEE) attaque. Le moustique tigre, lui, porteur de maladies tropicales comme la dengue ou le chikungunya, est arrivé en Europe en débarquant dans un port italien au fond d’un pneu. Il ne s'agit là que de deux des 880 espèces exotiques envahissantes recensées dans le monde. Des espèces animales ou végétales introduites volontairement ou involontairement dans un territoire et dont la diffusion et l'impact s'avère problématique. L'essor des EEE a accompagné celui de la mondialisation. Ces plantes, ces animaux et même ces champignons ont profité de la multiplication des échanges commerciaux et des infrastructures construites par les humains.  Le serpent disjoncteur C'est le cas, remarquable, des rats noirs et des souris domestiques, adeptes des cargaisons de denrées alimentaires. « Dans certains pays africains ou asiatiques, il y a une augmentation progressive au cours du XXe siècle des routes goudronnées », explique Christophe Diagne, chargé de recherche à l'IRD, l'Institut pour la recherche et le développement, à Montpellier, dans le sud de la France. « Les rongeurs grimpent dans les camions à la recherche de nourriture, puis sont largués de manière le plus souvent involontaire tout au long du trajet, pour établir d’année en année des populations stables qui vont favoriser l’invasion à l’intérieur des terres. » Face à ces EEE, les îles se révèlent particulièrement vulnérables. Ce fut le cas de l'île de Guam, territoire américain dans l'océan Pacifique envahi au siècle dernier par le serpent brun arboricole, sur l’île de Guam, dans le Pacifique. « Il n’avait pas de prédateur naturel dans cette île et sa population a pu tranquillement se développer, jusqu’à ce qu’elle explose », raconte Christophe Diagne. « Il a alors éradiqué une très grande partie des espèces natives d’oiseaux. Et comme il est dans un environnement nouveau et qu’il ne retrouve pas les arbres habituels dans lesquels il grimpait dans son habitat d’origine, il a commencé à grimper sur les poteaux électriques, provoquant souvent leur chute, avec d’énormes coupures de courant de plusieurs heures à plusieurs jours occasionnées par ces serpents-là. » Les envahisseurs coûtent cher Les espèces exotiques envahissantes sont définies selon leur impact sur la biodiversité, mais aussi la santé humaine, l'agriculture ou les infrastructures. Et la facture est salée, selon une étude française de l'IRD, du CNRS et du Museum national d'Histoire naturelle, publiée l'an dernier dans la revue Nature. Entre 1970 et 2017, les EEE ont coûté 1 288 milliards de dollars. Un chiffre dont les auteurs soulignent qu'il est sous-évalué en raison de l'absence de données précises dans certains territoires et pour certaines espèces. Près de 1 300 milliards de dollars en un demi-siècle, ce qui représente une moyenne de 27 milliards par an. Mais pour la seule année 2017, la dernière disponible, la facture atteint plus de 162 milliards, davantage que le PIB de 50 pays africains. Les maux sont connus : destruction de récoltes ou de câbles électriques, diffusion de parasites ou de maladies, les impacts des EEE sont multiples. « Ce sont des espèces réservoir d’agents pathogènes, précise Christophe Diagne, le premier auteur de l'étude. Lorsqu’elles arrivent dans un environnement où le pathogène n’existait pas, les populations aussi bien animales qu’humaines, qui sont naïves pour cette espèce de pathogène-là, peuvent s’en trouver affectées. » Cancer vert À l'inverse, les EEE peuvent dire merci aux humains, le plus souvent responsables directement ou indirectement de leur prolifération. À Tahiti, on a cru bien faire en plantant dans un jardin un bel arbre venu d'Amérique latine, Miconia calvescens. Il a fait de beaux dégâts. Les Tahitiens l’ont appelé « Cancer vert ». « Plus de la moitié de l’île a été envahie par cet arbre-là », raconte Christophe Diagne. « Et comme c’est un grand arbre qui recouvre les autres plantes présentes autour de lui, il a empêché la lumière d’arriver sur ces plantes. On est parti d’une simple volonté d’introduire une très belle plante ornementale, pour aboutir à une conséquence dramatique puisque certaines espèces locales de Tahiti n’existent simplement plus. » Partout la biodiversité s’effondre, et il serait plus rentable de lutter contre les invasions que contre leurs effets. Christophe Diagne plaide aussi pour des législations plus contraignantes alors que le mal empire chaque année. On aurait d’ailleurs pu parler de la première espèce envahissante au monde. L’espèce humaine, qui a colonisé la planète pour la détruire à petit feu.  
15 May 2022

Le secret des plantes du désert d'Atacama au Chili

RFI
Une étude scientifique prometteuse a été publiée quelques semaines avant la Cop 15 d'Abidjan consacrée à la lutte contre la désertification. Une équipe franco-chilienne a isolé les molécules responsables de la résistance à la sécheresse d'une vingtaine de plantes du désert d'Atacama, la région la plus aride au monde. Les paysages sont martiens, frappés par un soleil de plomb, où la Nasa teste des appareils. Ici la terre est ocre, « triste comme du cuivre », écrivait le poète français Louis Aragon. Elle abrite la moitié des réserves mondiales de lithium. Pas une âme humaine, pas d'arbre, pas d'oiseau sur des centaines de kilomètres entre le Pacifique et la Cordillère des Andes. Entre 2 000 et 4 500 mètres d'altitude. La nature est forcément hostile. Pas une goutte d'eau ou presque. 0,1 millimètre de pluie par an en moyenne. Il pleut 250 fois plus au Sahara. Le plus inhospitalier des déserts  C'est l'endroit le plus aride au monde (si on excepte les « vallées sèches » de l'Antarctique où il n'y a pas eu de précipitations depuis 2 millions d'années !) Et pourtant, quelques plantes vivent dans le désert d'Atacama, qui pourraient être utiles à l'avenir de l'humanité, comme vient de le montrer une étude réalisée par l'Université pontificale catholique du Chili et l'université de Bordeaux, et publiée quelques semaines avant la Cop-15 d'Abidjan, le sommet mondial consacrée à la lutte contre la désertification qui s'achève ce vendredi 20 mai. « Le désert d'Atacama est un environnement particulièrement intéressant pour les scientifiques, décrit Pierre Pétriacq, enseignant-chercheur à l'université de Bordeaux et à l'Inrae, l'institut national de la recherche agro-alimentaire et environnementale. Il présente des facteurs de stress extrême : une forte teneur en sel dans les sols, un ensoleillement très élevé, une quantité d'eau dans le sol très pauvre - 50 fois plus sec que la Vallée de la mort en Californie. C'est le plus inhospitalier des déserts. » Des plantes résilientes Mais, dans ce désert d'apocalypse, il suffit parfois d’un miracle : un peu de pluie, et des graines en berne depuis des années se mettent à germer. Le désert se couvre de fleurs - mais c’est exceptionnel. La pluie peut d'ailleurs être mortelle, comme l'avait constaté des chercheurs américains après une forte averse, très inhabituelle, qui avait provoqué l'extinction massive des espèces microbiennes présentes dans le désert. Les plantes, elles, ont besoin d'eau. Mais quand l'eau manque, comment s'adaptent-elles ? Malgré tout, et malgré des températures négatives la nuit, quelques espèces végétales s'accommodent de cet environnement extrême. Les scientifiques franco-chiliens ont ainsi étudié 24 plantes d'Atacama, pour en isoler, grâce à un programme d'intelligence artificielle, les molécules responsables de leur résilience. Boîte à outil métabolique  « C'est l'intérêt de notre étude : on a pu mettre en évidence un certain nombre de marqueurs qui sont communs à toutes les espèces de plantes qu'on a pu étudier dans le désert, explique Pierre Pétriacq. Chose encore plus surprenante : ces marqueurs sont également présents dans des plantes cultivées en France, comme du blé, du maïs, de la tomate, etc. Cela signifie que les végétaux possèdent une boîte à outil métabolique qui leur permet de s'adapter à des conditions extrêmes. » Et c’est cette boite à outil qui devrait permettre à l'Inrae, d’ici quelques années, après un travail de sélection, de mettre au point des tomates ou des céréales davantage résistantes à la sécheresse.
07 May 2022

Même les cactus vont avoir trop chaud

RFI
À la veille de l'ouverture à Abidjan de la COP15, le sommet mondial contre la désertification, gros plan sur les rois du désert : les cactus. Même ces plantes qui ne craignent pas la sécheresse sont menacées par le réchauffement climatique.  C'est un décor de western, quand le soleil est de plomb. Seule ombre dans un paysage de pierre et de poussière, quand toute forme de vie semble avoir disparu, le cactus reste debout. C'est une plante d'Amérique, qui traversa l'Atlantique grâce aux oiseaux migrateurs. On recense dans le monde plus de 1 500 espèces de cactus, et c'est au Brésil et au Mexique qu'il y en a le plus. Des plantes aux mille formes si fascinantes qu'on voudrait les toucher.  Mais qui s'y frotte s'y pique. Les épines des cactus repoussent les prédateurs. Et pour que ça fasse encore plus mal si on veut l'enlever, l'aiguille est recouverte d'écailles microscopiques et tranchantes orientées dans le sens inverse de la pointe.  Les épines, capteurs d’humidité  Mais ces épines ont d'autres vertus. Elles permettent à la plante de capter l'humidité la nuit. L’eau dans l’air se condense sur la pointe, forme une goutte, qui finit par s’écouler. Des ingénieurs spécialisés en biomimétisme essaient de s’en inspirer au profit des humains.   Pour les cactus, c'est la nuit que tout se passe, quand le soleil agressif s'est couché. Les stomates, ces petits trous qui permettent aux plantes de respirer, fermées le jour pour éviter l'évapotranspiration, s’ouvrent à la tombée de la nuit, pour capter alors le CO2.  90% des cactus menacés  Le soleil, voilà l'ennemi, et surtout l'absence de pluies. Les cactus sont les rois du désert, et pour y vivre, ils ont dû s'adapter, devenir xérophyte, comme les succulentes, les plantes grasses, capables de survivre des semaines et même des mois sans une goutte d'eau, en stockant la pluie quand elle tombe. Seulement voilà, les cactus eux-mêmes ne sont pas épargnés par le réchauffement climatique.  Spontanément, on pourrait penser qu'ils allaient prospérer avec la hausse des températures. Mais même les cactus vont avoir trop chaud, et beaucoup pourrait disparaître, selon une récente étude publiée par l’université d’Arizona aux États-Unis : 60% des espèces de cactus sont menacées, et le chiffre monte jusqu'à 90% en 2070 si on ajoute l'agriculture et l'urbanisation. Le réchauffement climatique, ça pique.  ► À écouter aussi : Quels enjeux pour la COP 15 désertification? ► À lire aussi : La désertification gagne du terrain mais des solutions existent
30 April 2022

Les reptiles, mal aimés et trop aimés

RFI
Un reptile sur cinq est menacé de disparition, selon une étude inédite de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Les serpents, lézards, tortues et autres alligators subissent partout sur la planète la chasse et surtout la destruction de leur habitat. Adieu serpents, tortues, crocodiles... Les reptiles n'échappent pas à la sixième extinction de masse et la disparition déjà annoncée de milliers d'espèces d'oiseaux, d'insectes, de poissons ou de mammifères. Et c'est l'humain le responsable, lui qui détruit les forêts tropicales, où vit la majorité des espèces de reptiles (6 000 en tout sur la planète, 96% sont des serpents), selon l’étude de l'Union internationale pour la conservation de la nature, publiée le 27 avril. Il s’agit de la première étude d’ampleur sur l’état de leurs populations dans le monde, les reptiles ne bénéficiant pas souvent d’une très grande sympathie, comme le soulignent les auteurs… Une mauvaise réputation infondée Mais qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? Le sifflement est produit par l'air qu'expulse le serpent, et il impressionne, il fait peur. Aux humains notamment. Les reptiles ont mauvaise presse, pour de bonnes et surtout de mauvaises raisons. Une étude controversée, réalisée en 2006, voulait démontrer pourquoi. « Au cours de l’évolution des primates, sur 50 millions d’années, les serpents auraient été tellement méchants avec les primates, qu’ils ont laissé une peur gravée dans notre cerveau, résume Xavier Bonnet, du Centre d’études biologique du CNRS à Chizé. Mais nous ne sommes pas très convaincus, parce que les principaux prédateurs et dangers pour les primates sont évidemment les mammifères carnivores, bien plus que les serpents. Quant aux serpents venimeux, qui causent effectivement pas mal de morts dans les régions agricoles, ils envoient tout un tas de signaux pour éviter la confrontation. Il n’y a donc pas vraiment de relation entre la peur des serpents et le danger qu’ils représentent. Les charmeurs de serpents se trouvent dans les endroits où il y a les serpents les plus dangereux. Et les gens ont peur des serpents dans les endroits où il n’y a aucun serpent. » En dépit de leur rôle majeur dans l'équilibre des écosystèmes, des reptiles disparaissent parce qu'ils font trop peur. Mal aimés, ou trop aimés. Pour leur peau, ou pour leur goût. La prédation humaine fait des ravages. « Au Cambodge, le lac Tonlé Sap foisonnait de serpents. Les gens, qui les mangeaient par millions, ont fini par entraîner leur disparition, raconte Xavier Bonnet. En Chine, la consommation de toutes sortes d’animaux, des tortues en particulier, a mis des espèces au bord de l’extinction. Voire jusqu’à l’extinction. » Quand l'habitat des reptiles disparaît Mais la principale cause de la disparition des reptiles, c'est la destruction de leur habitat. Et en Europe occidentale, l'agriculture intensive leur fait beaucoup de mal. Une étude publiée dans les prochains jours, réalisée par le CNRS, sous la direction de Gaëtan Guillet, dans une commune de l'ouest de la France sur 20 ans, montre ainsi que 75% de la population de lézard vert a disparu. 90% même pour la vipère péliade. « Le problème vient de l’intensification des pratiques agricoles qui sont associées à la destruction des haies, souligne Olivier Lourdais, chargé de recherche au CNRS et l’un des auteurs de l’étude. Sur les populations suivies, l’une se trouvait sur des grandes cultures, et on voit très bien que le nombre de serpents est négativement corrélé à la surface des parcelles. Dès qu’il y a la conversion à des cultures intensives, dans ce cas-là, il s’agit de maïs intensif, on a l’effondrement de la population. » Partout dans le monde, les reptiles sont vulnérables. Et le réchauffement climatique n'arrange rien. « Une population prospère est capable de s’adapter, résume Xavier Bonnet. Pour une population fragilisée, parce que son habitat a disparu, le moindre effet supplémentaire la met à genou complètement. J’appelle ça le coup de grâce. » ► Aller plus loin : l'étude de l'UICN parue ce 27 avril dans la revue Nature [Article en anglais] ► À lire aussi : «Liste rouge» de l'UICN, près de 28% des espèces étudiées sont menacées
24 April 2022

Nids d'oiseaux bien au chaud

RFI
La qualité d'un nid est essentielle au développement des futurs oisillons. Du tisserin gendarme, qui drague avec son nid, aux oiseaux préhistoriques, petit tour d'horizon de quelques maternités aviaires. Écartons d'emblée une idée parfois reçue : non, les oiseaux ne dorment pas dans un nid ; le nid sert à couver les œufs et à élever les oisillons. Et des nids, sur la planète, il en existe presque autant qu'il y a des espèces, près de 11 000. Chacune a sa technique, ses besoins particuliers. L'ornithologue Jean-Marc Pons nous a donné rendez-vous dans les jardins du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) à Paris pour nous en présenter quelques-uns. Commençons par l'un des plus sophistiqués, spectaculaire. En forme de chaussette tissée non pas de laine mais de végétaux, ce nid est l'œuvre, comme son nom l'indique, du tisserin gendarme, un passereau jaune et noir qu'on rencontre dans toute l'Afrique sub-saharienne et à Maurice et La Réunion. Un nid d'amour  Chez les tisserins, c'est le mâle qui tisse, qui construit le nid. Parce que le nid sert à attirer la femelle. Alors il y met toute son ardeur et tout son talent. Et parce qu'il est polygame, il en construit chaque saison « entre dix et vingt, précise Jean-Marc Pons. Des nids d'une complexité assez grande qui repose sur du tissage. Ce n'est pas du tout un amas informe, c'est structuré. L'oiseau va découper des bandes végétales. Ce peut être des feuilles de palme ou des herbes. Ensuite, il va les entrelacer selon un plan bien établi.» Pour donner un nid d'une vingtaine de centimètres de haut, protégé des intempéries, qu'on croirait fabriqué par des mains d'humain, suspendu à la branche d'un arbre, l'entrée se faisant par dessous et débouchant sur la chambre. Le nid du tisserin est un objet de désir. Une fois son œuvre achevée, le mâle parade pour attirer la femelle. Elle pénètre dans le nid, l'inspecte, et s'il lui convient, le couple va se former. Mais si le nid est rejeté, le mâle n'essaiera pas de le refourguer à une autre ; il ira jusqu'à le détruire. « On pense que la qualité du nid, la façon dont il est construit et s'il est bien agencé, est un indice pour la femelle de la qualité du mâle en question », explique Jean-Marc Pons. A quoi ça tient l’amour ? A la beauté d’un nid… Un nid douillet  Mais la plupart du temps, chez les oiseaux, c’est la femelle qui construit son nid. C'est elle qui y passera quelques jours à quelques semaines (selon les espèces), le temps de couver les œufs et d'élever ses progénitures avant qu'elles ne prennent leur envol. Alors il faut de la chaleur pour la maturation des embryons d'abord, ensuite pour protéger des oisillons nés le plus souvent avec un très léger duvet. Un nid, c’est forcément douillet, comme celui que fabrique en Europe le chardonneret, garni de soie d’araignées pour assurer l’isolation. L'hirondelle, elle, utilise des plumes comme matelas, alors qu'on est un peu moins confort chez le tangara à bec d’argent qui garnit son nid de simple crin d'animal. Habitant les zones tropicales d'Amérique du Sud, il n'a pas à craindre la fraîcheur du printemps européen. Un nid d'avant  Il faut de la chaleur pour que les œufs éclosent, et les premiers oiseaux sur Terre, descendants des dinosaures, ne couvaient pas les leurs, parce qu'ils étaient alors hétérothermes ; ce qu'on appelle faussement les animaux à sang froid, dont la température du corps varie selon la température ambiante.  Les nids de ces oiseaux préhistoriques (il y a quelques 100 millions d'années) étaient de véritables couveuses. « Puisque la femelle ne pouvait pas couver ses œufs et apporter sa propre chaleur corporelle pour permettre le développement de l'embryon, ces oiseaux faisaient des amas de végétaux dans lesquels la femelle pondait ses œufs, et c'était la chaleur apportée par la fermentation qui permettait aux embryons de se développer », explique Jean-Marc Pons, qui travaille notamment sur l'histoire évolutive des oiseaux au sein de l'Institut de systémique, évolution, biodiversité du Musém national d'histoire naturelle. Un nid durable  Les nids, en général, sont à usage unique.  Sauf, par exemple, les nids d’hirondelles, construits pour durer. Des maisons de maçons fabriquées avec des boulettes de boue, qui grossiront avec les années. Les pics, eux, sont des alliés de la biodiversité. Célèbres pour leur coup de bec dans le tronc des arbres, les pics creusent leur nid dans le bois, qui seront ensuite squattés les saisons suivantes par d'autres espèces d'oiseaux et même un mammifère, l'écureuil. Un altruisme qui bénéficie parfois du soutien involontaire d'un champignon. « Les pics peuvent creuser assez profondément, jusqu'à plusieurs dizaines de centimètres, et ils accélèrent quelques fois le processus  en inoculant ce champignon dans l'arbre, de façon à ce que le bois soit plus facilement travaillé. » Voilà qui tombe à pic. LA QUESTION DE LA SEMAINE « Les oiseaux nichent-ils tous dans des arbres ? » Non, les rapaces, par exemple, nichent dans des cavités rocheuses. Et certains oiseaux, qui ne savant pas voler, sont bien obligés de nicher au sol. C’est le cas du kakapo, un perroquet vert de Nouvelle-Zélande. Sans prédateur, le kakapo a perdu l’usage de ses ailes. Sans prédateur jusqu’à l‘arrivée des Européens, avec leurs chiens, leurs chats, et des rats (car avant la colonisation, on ne comptait aucun mammifère, à part les chauves-souris). Depuis, la population des kakopos s’est effondrée… Il n’en reste aujourd’hui qu’un peu plus de 200.
16 April 2022

Autant en emporte le vent

RFI
Capable de transporter des tonnes de sable d’Afrique en Amérique, de féconder des milliers d’espèces de plantes, ou d’accompagner les oiseaux migrateurs, le vent est un allié de la nature.  C’est le coup du Sirocco. Pour la deuxième fois en un mois, le vent du Sahara, la région au monde la plus touchée par l’érosion éolienne, pousse vers la France des nuages de sable. La neige des Pyrénées prend une couleur ocre. C’est un peu d’Afrique en Europe,   Mais pas qu’en Europe. Chaque année, ce sont 27 millions de tonnes de sable - oui, autant en emporte le vent -, des milliards de grains de sable qui traversent l’Atlantique et retombent en Amérique du Sud, notamment en Amazonie. Dans ce sable, il y a du phosphore issu des poissons qui vivaient dans l’immense lac présent au Sahara il y a 10 000 ans. Et le phosphore, les plantes adorent ça ; c’est de l’engrais. Ainsi, à des milliers de kilomètres de distance, le désert du Sahara fertilise la forêt d’Amazonie et, au passage, le phytoplancton de l’océan Atlantique.  Le vent pour se reproduire Quel bon vent les amène ? Les plantes disent : merci le vent. Celles qui sont anémophiles, qui aiment le vent : les graminées, les chênes, les pins, les pissenlits qui sèment à tout vent… Parce que c’est grâce au vent que des milliers d’espèces de plantes peuvent se reproduire. Il transporte le pollen, les gamètes mâles, vers les gamètes femelles. Une reproduction très aléatoire, beaucoup plus que les plantes entomophiles, fécondées par les insectes. Pour le noisetier, par exemple, un grain de pollen a une chance sur 4 millions d’atteindre sa cible. C’est pour multiplier leurs chances que les plantes anémophiles produisent autant de pollen.  Avec le vent, va, tout s’en va… Le vent est parfois l’ennemi des arbres, quand il devient tempête. Mais dans les zones venteuses, les plantes se sont adaptées, plus trapues, aux racines étendues à l’horizontale pour être moins vulnérables.  Le vent pour communiquer Le vent est un allié des animaux. En particulier des oiseaux migrateurs qui sont portés par leurs ailes et le vent sur des milliers de kilomètres. Sur terre, le prédateur sera face au vent, pour éviter que la proie ne l’entende ou ne le sente. Et quand un troupeau d’antilopes approchent d’acacias, c’est un vent de panique. Les arbres préviennent leurs congénères du danger, grâce à de l’éthylène porté par le vent. Et comme pour dire aux prédateurs : allez, du vent !
09 April 2022

Les animaux squatteurs

RFI
Oiseaux, insectes, crustacés… Petit tour d’horizon de ces animaux qui préfèrent parfois vivre chez les autres, adeptes en particulier du parasitisme de couvée.  Leur chant annonce le printemps. Arrivés en France il y a peu, après un hiver africain, les coucous sont aujourd'hui en pleine saison des amours, reconnaissables à leur fameux « coucou ». Et dans un mois, les femelles pondront leurs œufs, une dizaine, mais chez les autres : pas question de perdre son temps à fabriquer un nid ni d’assumer les joies de la maternité. Le coucou repère ainsi le nid d’une autre espèce, et pendant que Monsieur fait parfois diversion, Madame, vite fait bien fait, en moins d’une minute, pond un œuf qui prend la couleur des œufs déjà dans le nid. L’un d’entre eux est même subtilisé. On n’y voit que du feu. Coucou c’est moi C’est ainsi qu’un petit coucou naîtra, nourri et logé par des parents involontaires, qui perdront leur propre descendance, parce que le petit parasite se débarrasse de ses frères et sœurs de couvée. Le coucou ne partage pas le nid des autres. Mais le parasitisme ne paie pas toujours : le coucou ne se nourrit que d’insectes, et si sa famille d’accueil ne mange que des graines, il mourra de faim. Une centaine d’espèces d’oiseaux se livrent ainsi à ce qu’on appelle le parasitisme de couvée. C’est le cas aussi chez des poissons, des insectes, des guêpes en particulier qui pondent leurs larves dans des araignées, des cafards ou des chenilles. Une découverte qui choqua tellement Darwin que le biologiste britannique arrêta de croire en Dieu ! Blaireau hospitalier Dans la famille squatteur, voici Bernard l’hermite. Un crustacé qui vit seul au fond de sa coquille – et même pour faire l'amour, il n’en sort pas, grâce à un pénis à la taille remarquable. À sa naissance, le bernard-l’hermite n’a pas de coquille, alors pour protéger son abdomen fragile, il récupère une coquille vide ramassée sur la plage au coucher du soleil. Et s’il n’y en a pas ? Il tuera un mollusque pour lui voler sa coquille. Mais tout n’est pas que ruse et prédation dans la nature. Le blaireau a le sens de l’hospitalité, et accueille sans rien dire dans son terrier des renards, ou des lapins. En Australie, pendant les grands incendies de 2019-2020, les wonbats ont recueilli dans leur terrier sophistiqué des milliers d’animaux, lézards ou lapins, ainsi sauvés des flammes. La question de la semaine 
02 April 2022

Ecoutez les oiseaux chanter (Rediffusion)

RFI
Pourquoi les oiseaux chantent ? Pourquoi leurs chants sont-ils si mélodieux ? Rencontre avec le naturaliste Stanislas Wroza, spécialiste d’éco-acoustique. Il écoute et enregistre les chants d’oiseaux. On s’est arrêté dans une clairière de la forêt de Fausses-Reposes, à Ville d’Avray, sur les hauteurs qui dominent Paris à l’ouest. Le soleil jouait avec les nuages. Le vent soufflait dans les branches des arbres. Et les oiseaux chantaient. Alors il a sorti un drôle d’objet, une parabole équipée d’un micro niché en son cœur, et relié à un casque qu’il a mis sur ses oreilles. Un dispositif technique complété par un appareil enregistreur. Le « spectacle » sonore allait commencer. Stanislas Wroza écoute les oiseaux. Enregistre leurs chants et leurs cris. Les répertorie et, comme des centaines de bénévoles, participe à enrichir l’INPN, l’Inventaire national du patrimoine naturel. « C’est ce qui nous a permis, les premiers, de montrer qu’il y avait en France un déclin de 25 % des populations d'oiseaux depuis 1989, souligne celui qui dirige l’équipe Évaluation et suivi au sein de PatriNat, une unité d’expertise sur le vivant mis en place par l’Office français de la biodiversité, le Muséum national d’histoire naturelle et le Centre national de la recherche scientifique. Moins 25% d’oiseaux en 30 ans, et même moins 40% en milieu agricole ! La raison pour laquelle on s'intéresse aux chants d'oiseaux, c'est qu'ils sont souvent cachés dans des buissons, dans des feuillages, et c'est vraiment difficile de les voir. » L’éco-acoustique, le fait d’écouter et d’enregistrer les sons de la nature, est le moyen idéal pour recenser les populations d’oiseaux. L’éco-acoustique pour écouter la nature Armé de sa parabole, le casque sur les oreilles, Stanislas Wroza effectue « un 360 », pour 360 degrés, une rotation complète sur lui-même pour capter les oiseaux qui nous entourent. « J’entends un rouge-gorge… j’entends une grive musicienne très loin là-bas (la parabole permet d’isoler parfaitement des sons situés jusqu’à 200 mètres, et même au-delà), un pouillot véloce, que voilà d’ailleurs juste devant nous… Une fauvette à tête noire et son chant très créatif. Ensuite… j’entends le pic épeiche, un deuxième rouge-gorge, et si je termine mon 360, je retombe sur une autre fauvette à tête noire, une mésange charbonnière et une mésange bleue. Donc ça fait une dizaine d’espèce en un tour de parabole. Ce qui permet d’aller assez vite dans la détection ! » Les humains parlent, et les oiseaux chantent. Les uns sont plus harmonieux que les autres, mais tous veulent communiquer. « Les oiseaux chantent d’abord pour marquer leur territoire », détaille Stanislas Wroza, auteur de plusieurs ouvrages sur la question, dont Les Oiseaux par le son : enregistrer, identifier, comprendre (éditions Delachaux et Niestlé). Quand on est arrivé dans la forêt, une buse planait au-dessus des arbres dans un silence paisible. Un peu plus tard, deux autres buses sont arrivées, et le concert a commencé, comme pour dire « ici, c’est chez moi. » Quand le soleil brille, les oiseaux chantent « Les oiseaux chantent aussi pour trouver un partenaire », poursuit le créateur du site soundbirding.org. Les oiseaux chantent, mais crient aussi. « C’est un cri d'alarme, en situation de stress, en présence d’un prédateur ou quand on s'approche du nid. Et puis il y a des répertoires comme les cris de vol. S'il y a des oiseaux en dessous qui appartiennent à mon espèce, ils vont me répondre. » Un gros nuage cachait le soleil au-dessus de la forêt de Fausses-Reposes, et quand il est revenu, les oiseaux se sont remis à chanter. « Il y a un rayon de soleil, le vent s'est arrêté, et d'un seul coup ça repart. Les oiseaux sont sensibles à la météo. On note une activité énorme le matin, et plus tard dans la journée, à chaque fois qu'il y a un rayon de soleil, en général ça recommence à chanter. » Le chant très créatif de la fauvette à tête noire Le chant chez les oiseaux est-il inné ou acquis ? Un peu des deux. « Des expériences ont montré que quand un oiseau est élevé par une autre espèce que la sienne, il va avoir tendance à prendre le chant de l'autre espèce. Ce qui montre qu'il y a quand même une bonne part d'apprentissage. En Australie, une espèce d’oiseau est tellement menacée de disparition que les jeunes individus n’arrivent même plus à apprendre leur propre chant ! » Dans la classe des oiseaux, tout le monde n’est pas égal face au chant. « Il y a des espèces qui ont des chants très simples, qui ressemblent à ceux des sauterelles. En gros c'est une note qu'on répète cent fois d'affilée inlassablement. Et puis il y a certaines espèces qui sont très très créatives avec des chants extrêmement complexes. La fauvette à tête noire, par exemple, peut utiliser 70 à 80 notes facilement dans son chant. Et en plus inclure des imitations des espèces dans son entourage. C'est une façon de montrer que tu as une forme de créativité et d'intelligence, et donc que tu es un bon reproducteur. » Les oiseaux chantent mieux que les humains Le chant extrêmement complexe et mélodieux de la fauvette à tête noire, aucune voix humaine ne peut le reproduire. « Les organes vocaux des oiseaux sont différents de ceux des êtres humains, explique Stanislas Wroza. Nous avons des cordes vocales qui permettent de faire un seul son à la fois. Chez les oiseaux, ça ne se passe pas de la même façon. Ils possèdent un syrinx, composé de deux canaux différents. Ce qui fait qu'ils sont capables de faire deux notes en en même temps. » Quand on a quitté la forêt de Fausses-Reposes, le soleil avait gagné sa partie contre les nuages, et des centaines de notes accompagnaient notre départ. Les oiseaux chanteraient jusqu’au soir.
12 March 2022

Les animaux se font-ils la guerre?

RFI
C'est le 18e jour de guerre en Ukraine. Mais les humains ne sont pas les seuls à mener des invasions. Quelques espèces d’animaux font la guerre, pour la conquête de territoires et l’accès à plus de nourriture. « Il n’y a pas de Poutine chez les fourmis ! » Pas de général ou de dictateur pour déclarer la guerre chez l’insecte le plus répandu au monde, et l’un des animaux les plus belliqueux, capable de mener des combats où s’affrontent des milliers et des milliers d’individus sur le champ de bataille. « La reine n’a aucun rôle, il s’agit vraiment de décisions individuelles, poursuit Laurent Keller, professeur de biologie à l’université de Lausanne. Si la colonie manque de nourriture, les fourmis vont essayer d’augmenter la taille de leur territoire. » Le myrmécologue suisse a observé les guerres terribles menées par la fourmi d’Argentine, invasive dans le sud de la France : « Beaucoup d’ouvrières vont attaquer le couvain, manger les bébés. Ce ne sont pas des fourmis qui ont beaucoup de force, alors elles se mettent à plusieurs pour attaquer d’autres individus, et même si elles ont une grande mortalité, elles vont quand même gagner. Beaucoup d’espèces vont attaquer avec leurs mandibules, décrit Laurent Keller. Certaines peuvent piquer avec du venin, d’autres possèdent des glandes qui peuvent produire des substances toxiques capables de paralyser l’ennemi. » Fourmis altruistes On fait même, chez les fourmis, de la médecine de guerre. « Si une fourmi perd une patte, elle va produire des phéromones pour dire aux autres qu’elle est blessée ; ils la ramèneront dans le nid pour la soigner, précise Laurent Keller. Mais si l’individu est trop blessé, par exemple s’il lui manque trois pattes, il ne va pas se signaler. C’est un acte altruiste : il ne va plus être utile à la colonie et donc il restera sur le champ de bataille. » Mort pour la patrie, et pour la nourriture. La prédation, tuer une proie pour se nourrir, n’entre pas dans la guerre animale. La guerre que se livrent des animaux implique une action collective et concertée, pour agrandir son territoire. Seulement des animaux sociaux et territoriaux se font la guerre, et les comportements belliqueux sont finalement l’exception, qui ne concernent que peu d’espèces. Des fourmis, des hyènes, ou des chimpanzés. La guerre de Gombe La primatologue britannique Jane Goodall l’avait observé la première en Tanzanie, dans le parc national de Gombe, dans les années 1970 : quatre ans d’une guerre entre chimpanzés particulièrement cruelle. « Quand un groupe de chimpanzés retrouvait un autre groupe de chimpanzés à la bordure de leur territoire, les individus se tuaient entre eux, ils visaient les petits enfants, raconte Shelly Masi, primatologue pour le Museum national d’histoire naturelle et le Musée de l’Homme, à Paris. Ils déchiraient les corps, les testicules des mâles étaient arrachés… Des actes de violence que Jane Goodall n’avait jamais vus. » Plus récemment, des chercheurs ont même observé au Gabon des chimpanzés attaquer une autre espèce que la leur : des gorilles. « Le gorille à dos argenté fait quand même le double de la taille d’un chimpanzé, souligne Shelly Masi, spécialiste du plus grand primate au monde. Le dos argenté a essayé de se défendre, mais en raison de la coopération entre les chimpanzés, huit individus contre un seul gorille, les chimpanzés ont pu tuer un petit enfant de gorille. » Le bonobo fait l’amour, pas la guerre La guerre est-elle dans les gènes ? La réponse n’est pas évidente, puisque le bonobo, le singe le plus proche de nous, plus encore que le chimpanzé, fait l’amour, pas la guerre. Mais il est moins territorial que son proche cousin chimpanzé. « Les primatologues se sont interrogés sur les origines de la guerre chez l’homme en regardant ce qui se passait chez les chimpanzés, explique Shelly Masi. La territorialité semble être une caractéristique importante pour déclencher ce type de guerre. Aujourd’hui en Ukraine, on voit effectivement une guerre menée pour un territoire. »   LA QUESTION