
Caroline Bouvier, ancienne athlète et autodidacte dans la mode, mêle passion, art, sport et engagement social pour donner vie à sa maison de couture. Elle offre un accompagnement personnalisé, aux femmes comme aux hommes, pour un vestiaire adapté à chaque besoin et à chaque morphologie. Un moment privilégié où chacun peut donner vie à ses rêves vestimentaires, pour un mariage comme pour le quotidien.
Caroline Bouvier croit en la force de l'artisanat, de la transmission et de la mode responsable. Installée à Montpellier, dans le sud de la France, nous l'avons rencontrée lors de la dernière édition de la semaine de la mode, le YAS FIMO, à Lomé au Togo.
« C'est ma vie. Je suis créative pour la mode, mais j'adore créer des événements aussi. En plus, j'étais dans le monde de la gymnastique chorégraphe, je créais des chorégraphies pour mes gymnastes. Je crée des liens pour faire avancer, que ce soit l'économie ou le monde des femmes, explique la fondatrice de la maison de couture éponyme. Cela fait partie de moi. J'ai créé une association de métiers d'art où je suis en lien avec plein d'amis artistes. Je crée des moments de rencontres, des événements. »
Née à Calais, d'un père dentelier et d'une mère professeur de gymnastique, Caroline Bouvier a eu une première vie dans le sport de haut niveau, en tant qu'athlète, entraîneur et juge international en gymnastique rythmique. Après avoir participé aux Jeux olympiques d'été d'Atlanta, en 1996, de Sydney, en 2000 et d'Athènes, en 2004, Caroline Bouvier conçoit des justaucorps, intégrant de la dentelle dans des vêtements techniques, une innovation qui lui vaut rapidement une renommée dans le monde artistique et sportif :
« Je pense que j'ai été l'une des premières couturières non professionnelles à flirter avec la matière synthétique que l'on appelle communément le lycra. Pour ma part, j'ai commencé par cette matière, qui était pour moi une véritable seconde peau. J'ai donc conçu mes patrons en fonction de mes besoins et de ceux des gymnastes, ce qui m'a permis de tout revisiter. C'est d'ailleurs ce qui a contribué à faire connaître mon nom dans le milieu de la gymnastique.
J'ai débuté par la gymnastique rythmique, mais au fil des ans, j'ai travaillé dans divers domaines artistiques. J'ai également habillé de nombreux athlètes de haut niveau dans des disciplines telles que le patinage, la natation synchronisée, la voltige équestre et le fitness. J'ai vraiment collaboré avec toutes les fédérations, ce qui reflétait déjà ma propre expérience en tant qu'athlète. Je comprenais les besoins techniques des matières qui doivent rester immobiles, ainsi que des tenues qui doivent être très près du corps et ne pas se déplacer pendant les exercices. Tout cela m'a été d'une grande aide en tant que néophyte, véritable autodidacte, pour me lancer et réaliser des créations qui n'existaient pas encore. »
Une vision unique de la modeÀ 40 ans, après une carrière internationale dans le sport puis la création de vêtements techniques, Caroline Bouvier décide de se lancer dans la mode. Autodidacte, elle crée sa maison de couture à Montpellier, en 2015. Elle se rappelle : « En 2008, une crise économique a émergé, entraînant une concurrence accrue et une évolution dans le monde de l'habillement qui ne me convenait pas forcément. Mon style est plutôt sobre et élégant, ce qui reflète vraiment mon état d'esprit. C'est ainsi que je me suis progressivement tourné vers la mode.
Les gymnastes que j'habillais sont devenues des femmes et ont commencé à se marier, ce qui m'a amenée à recevoir des demandes pour leurs robes de mariage. C'est à ce moment-là que j'ai rencontré Chantal, ma première assistante d'atelier, qui avait une solide formation technique. J'ai compris qu'avec elle, je pouvais explorer le monde de la mode tout en conservant mes méthodes de travail.
Je reçois mes clientes comme je recevais mes gymnastes. Elles expriment leurs besoins et leurs envies, et je leur propose des matières et des dessins. Chaque modèle est donc vraiment unique, car je ne fais aucune série. Tout est conçu en fonction de leurs désirs, de leurs besoins et de leur morphologie, tout comme je le faisais pour les justaucorps. Je travaille beaucoup sur la morphologie.
En parallèle, je crée également des vêtements en fonction de mes inspirations et des énergies qui m'habitent lorsque je découvre un tissu. Pour moi, ce sont les tissus qui parlent, et quand un tissu attire mon attention, l'idée vient immédiatement. À ce moment-là, j'ai un besoin impérieux de créer. »
Son histoire et son parcours sont des sources d'inspiration pour la designer : « Je suis d'origine italienne et j'ai passé toute mon enfance et ma vie en Italie, imprégnée de la culture italienne. La ''dolce vita'' m'inspire énormément. Inconsciemment, le monde de la danse et de la gymnastique, dont je fais partie, influence également ma créativité. J'aime mettre en valeur la silhouette féminine, c'est pourquoi je travaille avec des formes très structurées.
Souvent, on me dit que je ne m'adresse qu'aux femmes minces, mais c'est faux. Ma clientèle est composée de femmes âgées de 30 à 70 ans qui aiment s'habiller et qui recherchent des pièces structurées, que l'on ne trouve pas facilement dans le commerce. J'aime sublimer leurs formes et les aider à s'affirmer. Même celles qui se cachent derrière leurs complexes, je m'efforce de les encourager à les dépasser avec élégance.
Je pense que, notamment dans les années 1950 et dans la mode italienne, nous sommes vraiment en phase avec l'esprit parisien, qui est similaire. J'adore les créations de designers tels que Balenciaga et Elie Saab, ainsi que tous ceux qui ont su travailler les silhouettes. La structure du vêtement m'inspire énormément. »
L'artisanat au cœur de la créationCaroline Bouvier aime détourner les codes, improviser, sortir de sa zone de confort pour créer des vêtements uniques. « Ce qui est intéressant, c'est que lorsque l'on a les yeux rivés sur l'extérieur et que l'on s'ouvre un peu, on réalise que ce monde est assez particulier, marqué par de nombreux égos. Pour ma part, je viens du monde du sport, où l'esprit d'équipe prévaut. Cependant, dans cet univers, j'ai souvent ressenti une grande solitude et un certain isolement.
Je m'investis dans l'organisation d'événements avec des amis artisans d'art, tels que des joailliers, des ébénistes et d'autres professionnels travaillant le métal. Je collabore également avec d'autres couturiers. Ma première assistante, Chantal, était une créatrice qui avait son propre atelier lorsque nous nous sommes rencontrées. Malheureusement, son atelier a périclité. Quand j'ai appris qu'elle avait dû arrêter, je lui ai proposé de venir travailler avec moi. Il était hors de question qu'une personne avec un tel parcours se retrouve à vendre au supermarché.
Ce qui fait notre force, c'est que nous avons décidé de détourner un peu les codes. Nous dévions des normes très couture et sortons de notre zone de confort, ce qui rend notre binôme très efficace. Bien sûr, il arrive que nous ayons des désaccords, surtout lorsque la créatrice a une idée précise et que je souhaite apporter ma vision. Il y a des éléments essentiels, certes, mais ces discussions permettent de donner d'autres volumes et structures à nos créations lorsque nous dévions un peu. »
Caroline Bouvier collabore avec des artisans d'art ou des artistes. Elle saisit toutes les opportunités de créer ensemble : « J'ai rencontré une artiste peintre dont j'ai adoré les œuvres lumineuses, aux influences afro, pleines de gestes, de mouvements et de couleurs. Ces teintes résonnaient avec mes préférences : le rose, le vert, le noir. J'ai été particulièrement touchée par les représentations de mouvements féminins qu'elle captait. Elle a également apprécié mes collections.
Nous avons commencé à réfléchir à un projet, car nous devions organiser un événement assez classique. Je lui ai alors expliqué que ce n'était pas envisageable, que nous ne pouvions pas nous contenter d'un événement banal, trop attendu et cliché. Je lui ai dit : "Ce que j'aimerais vraiment, c'est me frotter à la toile de peinture. Peux-tu me créer des métrages de peinture ?" Je lui ai proposé de couper des vêtements en utilisant cinq ou six pièces phares de mes collections, en les associant à ses toiles. Nous avons décidé de créer une exposition ensemble, un projet audacieux.
Elle m'a peint 20 mètres de toile, tandis que je lui présentais mes dessins. J'ai conçu une jupe, une petite cape, un manteau, une traîne, ainsi qu'une jupe courte et une jupe longue, soit au total cinq ou six pièces. Nous avons travaillé en atelier avec cette toile de peinture, ce qui s'est avéré assez complexe. Toutefois, ce défi m'a permis d'associer ces créations à du velours noir et à des couleurs très flashy. Nous avons organisé un grand événement autour de la femme, qui a culminé avec une magnifique exposition et un défilé. »
« La créativité, elle, exige une implication totale ; elle vous prend toute votre vie »Caroline Bouvier doit jongler entre création, gestion, vie de famille, et parfois faire face à la solitude du petit artisan : « Ma vie, c'est mon métier. Cela prend beaucoup de temps et demande énormément d'énergie, notamment en ce qui concerne la créativité. La plus grande difficulté, lorsque l'on est un petit artisan comme moi, c'est que je ne dispose pas d'une grande structure avec du personnel pour gérer la communication, le commercial, la finance, etc. Ainsi, de nombreuses tâches incombent à ma seule personne, ce qui rend difficile l'octroi de temps pour imaginer sereinement des créations. C'est quelque chose qui me manque parfois, et je me sens souvent obligée de m'isoler pour un moment.
J'essaie de trouver cette capacité à m'isoler, à faire comme une sorte de méditation. Je me dis alors : "Allez, j'écoute de la musique, et cela va m'inspirer de nouvelles idées." Le quotidien, avec les factures, les devis et les rencontres, est très chargé. Presque tous les jours, j'ai des rendez-vous avec des clients pour dessiner un modèle ; je vais vers eux pour capter leur énergie, un peu comme un psychologue, et cela demande beaucoup d'énergie.
En plus de cela, il y a les courriels à traiter, les devis à préparer, la comptabilité et les achats, ce qui est lourd à gérer. En conséquence, mes journées s'étendent souvent sur douze à treize heures, ce qui me laisse peu de temps pour moi. Mais la créativité, elle, exige une implication totale ; elle vous prend toute votre vie. »
Cette créatrice capture les émotions et les restitue. « La manière de capter, oui, cela se manifeste à travers les sensations : des sensations au toucher, des sensations de contact. Ensuite, cela englobe aussi des sentiments, comme la tristesse ou la joie. Il y a des moments où l'on est tellement joyeux qu'on a envie de voir des couleurs. Personnellement, bien que je ne sois pas particulièrement attirée par la couleur, lorsque j'ai su que je venais au Togo, j'ai ressenti une envie d'explorer des teintes que j'utilise rarement.
Quand il s'agit de mes créations, je m'adapte toujours aux souhaits de mes clients. Tout cela fait partie du processus. Toutefois, c'est un défi pour un créateur. Je porte souvent du noir, je me fais parfois discrète. Ce n'est pas que je manque d'énergie ; au contraire, j'en déploie énormément à l'extérieur, ce qui nécessite parfois de se protéger. Pour moi, la couleur est quelque chose d'extérieur, elle représente ce que je donne plutôt que ce que je reçois.
Mes vêtements, je les conçois pour qu'ils soient portés par d'autres. Je suis très rarement habillée avec mes propres créations. Je m'améliore, mais j'ai encore du mal à me vêtir de mes propres œuvres. J'ai l'impression de ne pas sortir de mon univers personnel. J'ai besoin de créer pour les autres, de le voir. J'ai envie de donner, de partager. Ainsi, je reste en retrait, vraiment ouverte à tout ce qui se présente devant moi. »
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